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LE TRAC ET LE STRESS

Il faut savoir discerner les deux termes. Le trac et le stress sont deux mots qui impliquent des sensations assez parallèles et qui sont pourtant deux notions très différentes.

Le stress est souvent généré par un manque d’expérience en général et un manque de connaissance du tour qu’on présente, en particulier. Plus on connaît le tour qu’on doit présenter et moins le stress nous empoisonne la vie. En d’autres termes, quand on se produit en public, il est déjà essentiel de présenter uniquement des tours parfaitement maîtrisés, tant au niveau du déroulement technique que de la mise en scène. Ensuite il ne faut jamais oublier que la pratique est réellement le seul moyen de combattre le stress ! Ce sont les heures et les heures passées devant un VRAI public qui représentent le seul remède pour faire baisser l’adrénaline et éviter, notamment, les problèmes de tremblement, de transpiration et autres manifestations du genre… Affronter les conditions réelles d’un public n’est naturel pour personne. Mais comme il s’agit du passage obligé pour combattre le stress, il faut assumer cet état de fait et se lancer sans rechigner, encore et encore.

Dominique-DUVIVIERLe trac est une autre affaire. Au contraire du stress, il est important de le conserver toute sa vie d’artiste. C’est un moteur essentiel. Selon moi, la condition même d’une bonne prestation. Il faut apprendre à le gérer bien sûr, mais s’il disparaissait, cela voudrait dire que notre tête commence à enfler… Plaignons les artistes qui n’ont plus le trac depuis bien longtemps ! Contrairement au stress, le trac n’est pas paralysant. C’est une énergie positive. Cela ne veut pas dire que le trac est facile à maîtriser ! Avant d’entrer en scène il nous donne l’impression de ne plus rien savoir, d’avoir oublié notre texte, le modus operandi de la plupart des tours, que sais-je encore ? On ressent l’envie de s’enfuir ! On commence à échafauder des solutions pour ne plus faire tel ou tel effet. Notre gorge se noue, nos mains deviennent moites…. Bref le trac envahit tout notre être et on se demande quelle drôle d’idée nous a pris de nous mettre dans une telle galère ! Dans ces moments, mon remède est de me rappeler les heures et les heures que j’ai passées à travailler mon texte et le déroulement de chacun de mes tours. Je me raisonne en me souvenant que, objectivement, je suis prêt et que le public présent est là pour s’amuser avec moi pendant le temps d’une soirée. Qu’il n’y aura pas mort d’homme si je devais avoir un trou ou rater un de mes trucs… et ainsi le trac se maîtrise petit à petit. Il est toujours là, bien présent en moi, toujours assez vivace, mais je sens aussi que je viens de marquer des points essentiels contre lui. Souvent le trac se renforce les dernières minutes, juste avant la prestation. Alors je m’occupe en parlant en coulisses avec un proche. Je m’aère l’esprit. Et quand c’est le moment de se lancer, le trac me donne la force de donner le meilleur de moi-même. Quelques minutes plus tard je ne m’appartiens plus. Je joue la comédie et je me sens pleinement dans mon élément.

Je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée au début de ma carrière, à l’époque où j’ai été le magicien vedette de l’émission de TV pour enfants « Vitamines » avec Karen Cheryl. J’étais engagé pour une dizaine d’émissions. Ces programmes étaient en direct, la pression était grande. Même si j’avais déjà enregistré plein d’émissions TV avec Guy Lux (le pape des émissions de variétés de l’époque), mon trac était toujours immense. Lors de mon premier passage avec Karen Cheryl, quelques minutes avant le direct, un mal de ventre terrible me prend (une manifestation du trac chez moi). Je cours littéralement aux toilettes, pour la quatrième fois en quinze minutes à peu près. Et aux toilettes se trouve une pendule et un mini haut-parleur pour stresser des gens comme moi, friands de ce genre de lieu à la dernière extrémité. Dans le haut-parleur j’entends :  » Dans une minute et trente secondes le direct commence… » (Ou une phrase du style). Je vois les secondes s’égrener sur la pendule à chiffres et moi je suis dans une position et une action qui ne peuvent me permettre de m’interrompre en si bon chemin, si vous voyez ce que je veux dire ?! A cet instant précis je me suis alors dit : « Qu’est-ce qui se passe là ? Tu as choisi un métier que tu adores, mais tu ne peux pas le faire dans de bonnes conditions. Tu ne peux pas craquer, te laisser faire de cette manière. Ou alors, tu dois arrêter la magie. Si ton organisme ne te permet pas de pouvoir faire ton métier dans de bonnes conditions, tu dois arrêter. » Il me restait 50 secondes avant le direct. J’ai terminé ce que j’avais commencé. Je suis sorti de l’endroit « maudit » avec la ferme intention que si je ne pouvais pas assurer cette émission en direct normalement, j’arrêterais la magie. Définitivement. Mon passage s’est déroulé normalement. Mes maux de ventre intempestifs ont disparu. Alors je vous parle aujourd’hui encore de magie. Je ne dirai pas que je n’ai plus de petits soucis depuis cette date. Mais ils restent gérables. Je crois que le fait de me placer dans un risque encore plus fort que le passage télé m’a vacciné de ce trac qui était insoutenable à cette époque. Grâce à cette émission j’ai pu endiguer ce problème. Aujourd’hui il me reste un mauvais souvenir de cette expérience conflictuelle, mais je suis heureux de cet ennui passager qui m’a permis de me sortir de moi-même.

Maintenant, quand je lance un nouveau spectacle par exemple, le trac vient les derniers jours… surtout les dernières heures. Mais je le gère assez bien. Il est devenu un copain. Le genre de mec qu’on aime bien, mais dont il faut se méfier quand-même ! Il regarde si vous allez craquer, vous gourer… Si cela arrive il sera ennuyé pour vous, mais se souviendra surtout de vos difficultés, pas de votre façon de les avoir transformées en force ! Alors je reste vigilant. Je ne lui fais pas confiance à ce copain. Je vois où il essaie de m’entuber… et il m’amuse. Je crois qu’on devient de plus en plus amis. Comme il voit qu’il ne peut pas trop me déstabiliser, il m’aide plus qu’autre chose. On ne peut et ne doit pas s’en défaire, alors je vis avec et nous faisons bon ménage. Le trac est un phénomène particulier, je pense qu’il est fabriqué par soi et pour soi. Une espèce de gratification qu’on sécrète à la fois pour « flipper » mais aussi pour se recadrer à son insu.

 

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Dominique Duvivier

♣️ Magicien. ♦️ Maître de l’art du #CloseUp. ♥️ Créateur de tours et professeur. ♠️ Fondateur @ledoublefond et directeur de Mayette Magie.

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3 commentaires

  1. Bonjour.
    Merci et bravo.
    C’est exactement ce que je ressent quelques jours et heures avant chaque spectacles.du trac. Maux de ventre. Mais bien sûr j’y vais et après quelque minutes ça va mieux. Et chaque fois je me dis »bon je l’ai fait et donc la prochaine je n’aurais pas le trac  » et bien non ça revient. En vous lisant ça me rassure. Si un magicien comme vous, avec tant d’années d’expériences en avait encore un peu. Je peux continuer et apprécier ce trac.

    Magiquement

  2. c’est vrai que c’est rassurant de trouver cela sous la plume d’un artiste de ta pointure….ça doit être le secret de ceux qui durent… !
    Très bonne année 2017 riche en belles et bonnes choses.
    Amitiés
    Cavaflar

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