Juil 27 2009

La Citation de la semaine

"Vous ne pouvez pas choisir de quelle façon vous mourez. Ni à quelle date. Mais vous pouvez décider de quelle façon vous voulez vivre. Maintenant."

JOAN BAEZ

 

Affectueusement

 

Dominique DUVIVIER


Juil 20 2009

Le rire, encore le rire !

 

Parlons du rire proprement dit… Une scène est drôle quand :

– le personnage (le magicien) est décalé par rapport à ce qu’il fait ou dit

– le spectateur se trompe dans ce qu’il devait faire et tout bascule ailleurs

– l’objet utilisé est ridicule dans le contexte créé

– il y a des quiproquos, quels qu’ils soient

– le texte est prenant mais abracadabrant !

– une erreur manifeste est vendue comme une prouesse ou comme quelque chose de prévu

– un mot, une expression, un geste qu’un spectateur a fabriqué à un moment du spectacle est utilisé. Reprendre à son compte cet état provoque un rire.

– et la liste serait longue si on devait la rendre exhaustive !!!

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Maintenant, un exemple :

Dans un de mes spectacles (« Intimiste ») je parle de « transparence » et montre que j’utilise pour cette raison un coffre transparent. On voit tout ce qu’il y a dedans. Je sors un étui blanc, le pose sur la table en m’adressant à un spectateur précis et lui dis :

« Comme nous parlons de transparence, je vais utiliser un jeu blanc. Transparence / jeu blanc ! Hein monsieur ? »

A ce stade rien n’est drôle. Je viens juste de planter le décor de la situation. Cette réplique dure quelques secondes.

Le spectateur est amené à me dire :

« oui ! »

Il répond oui à la question de la transparence au sens figuré (le blanc = rien transparent = néant). Ces « deux fois rien » (comme dirait Raymond Devos) vont se mélanger et obliger le spectateur à me répondre ce fameux « oui ! ».

Toute cette introduction est pour le conduire à cet état. Quand il m’a répondu, je rétorque alors :

« Bah, non !!! Le blanc et le transparent ça n’a rien à voir !! »

Rires du public, immédiats.

Ce que je trouve intéressant dans cette scène, c’est la façon dont elle est bâtie : elle est assez complexe à construire mais elle fera toujours  » mouche « .

L’apparence est plus que simple mais tout le cheminement pour l’obtenir ne l’est pas.

Je viens de vous le donner ici et je pense (du moins je l’espère !) que vous comprendrez ainsi un peu mieux ma démarche pour construire un rire de situation. Les objets sont importants (boîte transparente, jeu blanc) mais aussi l’interactivité entre ces mêmes objets (le concept de la transparence qui concerne à la fois la boîte et le jeu). C’est de cette erreur que le spectateur commettra de bonne foi, que le rire se créera automatiquement. Ce rire sera de courte durée, mais tout au long du show, je construis des choses analogues qui permettront au spectacle d’être un show drôle et décontracté tout en étant uniquement basé sur la magie. J’aime cette façon de montrer la magie…

Bien à vous tous

Dominique Duvivier

 


Juil 13 2009

Le courage

"Le summum du courage, c’est pour moi, la liberté. La liberté qui nous est donnée lorsqu’on comprend qu’aucune puissance au monde ne peut nous briser ; qu’un esprit solide est la seule chose indispensable à la vie ; qu’en fin de compte, c’est le fait d’avoir le courage de ses convictions qui fait bouger les choses, qui rend possible tous les changements."

 

PAULA GIDDINGS


Juil 06 2009

LE RIRE

J’aime faire rire les gens. Mais je trouve, comme beaucoup de comiques, qu’il est bien plus aisé de faire pleurer que de faire rire, surtout quand on veut obtenir un rire toutes les dix secondes comme je tente de le faire dans la plupart de mes spectacles… Il faut croire que j’aime la difficulté ! Je me suis donc battu pour trouver une forme de méthode, une approche qui m’est particulière… Voici quelques unes des mes réflexions sur le sujet…

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Pour faire rire, il faut se découvrir deux nouveaux talents : celui de scénariste et celui de dialoguiste. Le scénario permettra de constituer la colonne vertébrale du spectacle, et les dialogues d’apporter la crédibilité du moment (selon les époques et les modes dialectiques) nécessaire à créer le climat ambiant à la prestation.

Dans un premier temps, le scénario : il est issu des tours qui seront présentés, mais notez au passage que parfois le scénario  » oblige  » à écrire de nouveaux tours.

Puis les dialogues. Cet aspect est spécifique. Si on connaît bien le tour qui va être joué, mais qu’il ne possède pas encore de dialogue, le travail sera de disséquer les moments qui constitueront des scènes dites de  » comique de situation « .

Mais attention, tant qu’on a « la tête dans le guidon », on a beaucoup de mal à percevoir ce qui pourra donner des rires, provoquer des situations « drôles »…

Je veux dire par là qu’il est compliqué de trouver  le « souffle » du tour quand on en est encore à son élaboration. Ce n’est qu’une fois votre première phase de travail sur le tour terminée, que vous pourrez trouver sa raison d’être : son texte de présentation et sa mise en scène générale.

Ceci pour vous dire qu’il faut toujours bien savoir à quel stade de l’élaboration vous en êtes. Quand il devient clair que le tour manque de vie (apportée donc par le texte et la mise en scène), il est temps de commencer le texte qui provoquera des rires (si on cherche des rires) ou d’autres couleurs (selon ce qu’il faut donner comme impression à ce moment là).

C’est souvent dans l’inconscient collectif qu’on peut trouver les déclencheurs dits  » comiques « . Mais attention, les thèmes que nous exploiterons devront être variés pour ne pas habituer le public à quoi que ce soit. Tout doit surgir comme une surprise, c’est ce qui donnera de la profondeur au spectacle vivant.

A la prochaine !

Dominique DUVIVIER


Juil 04 2009

Intimiste I

 par Lolokeken le 8 juillet 2004

J‘avoue qu’au moment où j’écris ces lignes, je n’ai aucune idée précise concernant l’agencement de ce Compte Rendu tellement j’ai de bons souvenirs dans la tête et encore pleins de rêves dans les yeux …

Comment parler du spectacle, de l’endroit magique qu’est le Double Fond, du maître des lieux Dominique Duvivier sans me répéter, pas facile, alors si le coeur vous en dit, faisons ensemble un petit bond en arrière et revenons au Dimanche 04 Juillet 2004, jour de ralliement pour quelques membres de LSP.

 

Après quelques petites présentations, nous décidons tous de nous poser (nous étions une quinzaine) dans un café en attendant l’ouverture du Double Fond afin de faire un peu plus connaissance et, par la même occasion, en profiter pour partager cette passion commune qu’est l’amour de la magie.
Pendant une petite heure, nous avons discuté magie, magie et encore euh … magie !!!

 

15h00 pétantes, le Double Fond ouvre ses portes, et comme je ne veux pas en perdre une miette, je suis au rendez vous, tout le monde est déjà là : Dominique, Alexandra, Adeline, Sophie, Jean Pierre Crispon dit « Le nain » et Philippe de Perthuis.
Les membres de LSP commencent à arriver petit à petit, chacun se présente par son pseudo ce qui est tout de même amusant, le temps de prendre une « kéken » au bar et j’aperçois Alexandra qui commence à faire descendre tout le monde. Bon signe !!

 

Là, je retrouve cette ambiance intimiste (comme quoi le nom du spectacle est bien choisi), dans cet endroit qui respire la magie, là même où nous avions fait la première spéciale LSP avec Dominique Duvivier pour intimiste 2 six mois plus tôt … le pied !!!

Et voilà, nous attendions tous ce moment avec impatience depuis des mois, et nous y sommes. Lumière … c’est parti pour 1 heure 30 de spectacle avec Dominique Duvivier. Tout s’enchaîne crescendo, dans un rythme fou, des routines percutantes avec des effets qui font mal, beaucoup d’humour, bref des années de travail pour un spectacle de toute beauté. Tout est bien pensé, bien orchestré et ça se voit … un triomphe !!!

 

Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques moments forts de cette soirée (il y en a eu beaucoup mais il faut bien faire un choix)…
Tout d’abord Dominique entre en scène, choisi un spectateur, sort une dizaine de mignonnettes d’alcool et lui demande ce qu’il préfère, le spectateur dit la vodka !! Et devinez quoi… Il sort d’un sac : un verre de vodka plein… Le spectateur goutte et il s’agit effectivement de la boisson librement choisie par celui-ci. Fort non ?

Belle entrée en matière, puis nous nous envolons dans le jeu des tricheurs qui englobe toute une séquence de cartes, une sur l’empalmage simple invisible, suivie d’une routine de pièces dans le verre, une routine de carte folle, les anneaux chinois (remplacés pour la circonstance par des épingles à nourrice), une routine de carte folle vraiment dingue, une routine de carte ambitieuse très courte mais qui TUE !!!
Un spectacle 100 % Duvivier (exceptée une routine) où l’on ne s’ennuie pas une minute, on ressort de là sans s’être aperçu que nous venons d’assister à 1h30de magie… C’est dingue !!!
 J’ai recueilli quelques impressions de différents membres LSP sur ce spectacle que je vous livre

 » Une fois de plus Dominique Duvivier nous fait partager un spectacle superbe ou les effets vont crescendo. Un très agréable moment magique. « 
Moukadam


 » Dominique a réussi l’exploit de transformer les minutes en secondes tellement le temps m’a paru court en sa compagnie, j’ai vraiment été bluffé par son talent, sa dextérité, son humour … Bravo Mr Duvivier, vous m’avez fait rêver. « 
Magikart


 » Le week-end du 04 Juillet 2004 a été pour moi ensoleillé quoi qu’en dise météo France. Dominique nous a ouvert les portes de son antre magique. L’équipe du Double Fond nous a accueilli chaleureusement, on se croirait chez soi. Quel bonheur ! Je crois sincèrement que Dominique a découvert ce que signifie le mot Magie et il a généreusement essayé de nous faire découvrir son véritable sens à travers son spectacle Intimiste. Si j’osai je dirai du grand art, allez j’ose !!! Merci Dominique.  » 
Nicolas Bernard

 


 » Je ne vais certainement pas être très original mais je souhaite remercier Dominique et toute l’équipe du Double Fond pour cette journée du 04 Juillet. Non seulement nous avons assisté à un spectacle de haute volée, mais en plus, nous avons eu la possibilité de nous rencontrer  » entre nous « , LSPistes. Comme je l’ai déjà dit, il est vraiment réconfortant de voir qu’une communauté liée par la même passion puisse se rencontrer et échanger en tout quiétude loin des querelles divisantes. Merci pour tout Dominique et merci à tout l’équipe du double Fond.  »
Marquis de Saint Loup


 » Je faisais partie des spectateurs qui avaient eu la chance de voir les premières représentations de ce spectacle en 2001. La journée offerte par Dominique dimanche dernier m’a permis de voir le fruit de nombreuses représentations qui ont contribuées à mûrir le spectacle qui a beaucoup changé et, bien que le premier m’avait déjà laissé un souvenir très positif, celui-ci m’a plu encore bien davantage. Ce premier volet de la série des Intimistes constitue une entrée savoureuse, qui met en appétit pour le second volet, et je n’ai qu’une hâte : assister au dessert, le moins que l’on puisse dire est que ces intimistes ne nous laissent pas sur notre faim. « 
Twins


 » Qui regarde au fond de Paris a le vertige  » (Victor Hugo). Et Paris à son double-fond, alors vous pensez ! Encore une fois tous furent au rendez-vous, réunis avec un même objectif : Rêver. Dans un tourbillon de cartes, de gobelets, de mots et de magie, Dominique et son équipe, nous ont encore enchantés, tant par le talent, que par la gentillesse qui émane du lieu. Pendant une heure et demie la tempête a fait rage, un effet par-ci, un bon mot par-là. Pourtant l’ouragan ne fit aucune victime, mis à part nos esprits embrumés par tant de miracles. Le soir en rentrant chez soi, chacun avait un morceau de soleil dans la tête. Merci !!! Alors permettez-moi d’adapter le grand auteur.  » Qui regarde le double-fond de Paris y trouvera le rêve. « 
Le Girin


Voici quelques commentaires élogieux (désolé il n’y avait aucune personne déçue), je n’ai pas pu tous les mettre malheureusement mais il vous reste toujours le forum de LSP pour donner vos impressions… J’ouvrirai juste une petite parenthèse pour vous dire que j’ai également assisté samedi soir au spectacle ‘seule’ avec Alexandra Duvivier (et oui, ce n’est pas tous les jours que je descend sur Paris).
En résumé : un très beau spectacle qui comporte tous les ingrédients nécessaires pour passer un agréable moment (magie, humour, charme), à voir absolument !!! Vous pouvez d’ailleurs trouver le Compte rendu sur ce site…
Et si vous hésitez encore à aller au Double Fond après tout ça, c’est que l’on ne peut rien faire pour vous !!!

 

 

Le Dimanche 04 juillet étant la dernière représentation du spectacle Intimiste 1, je voulais recueillir quelques impressions de Dominique, voici donc un petit Bonus pour LSP !!!
Petite interview.

Lolo : Bonjour Dominique, et tout d’abord merci beaucoup de nous avoir fait ce cadeau qu’est de jouer spécialement pour LSP le spectacle Intimiste 1. Intimiste 1, ça fait combien de représentations à vue de nez ?

Dominique : Une cinquantaine de fois, à peu près.

Lolo : Pendant combien de temps Intimiste 1 a-t-il été joué ?

Dominique : Une cinquantaine de fois, à peu près. Lol. Un poil plus d’un an.

Lolo : Etait-ce ton premier gros spectacle ?

Dominique : Non, je change de spectacle tous les ans ou presque. Depuis que j’écris des shows je dirais que cela fait une bonne quinzaine de spectacles différents car j’en écrivais avant le Double Fond.

Lolo : Quelles ont été tes motivations pour monter un spectacle comme celui-ci ?

Dominique : Le retour aux sources. J’aime le close-up par-dessus toutes les magies et j’ai senti que c’était le moment d’écrire un spectacle qui serait du close-up mais pour une fois du close-up de scène. Une gageure également. J’ai crû dans le fait que le public était mûr pour assister à du vrai close-up mais dans des conditions « hors normes!!! Je veux dire par là que j’ai pensé que le public allait adhérer à ce nouveau module, étant dans une salle de 50 places… voire beaucoup plus.

Lolo : As-tu pensé à un moment ou un autre que tu allais taper dans le mille avec ce spectacle, je veux dire par là, pensais tu déjà à Intimiste 2,3 et 4 avant même de savoir si le succès allait être au rendez vous ?

Dominique : Non. Je croyais dans l’idée mais je n’avais pas échafaudé de suites au premier Intimiste.

Lolo : As-tu ressenti quelque chose de particulier lors de cette dernière représentation de Intimiste 1 ?

Dominique : Une page qui se tourne définitivement. Un grand ouf!!! J’aime pouvoir passer à autre chose, ayant le sentiment d’avoir assez « joui » de ce que j’ai mis au point. Grâce à vous, dimanche, j’ai eu la sensation d’avoir rempli mon quota. Ce sentiment est extraordinaire pour moi. Merci pour tout cela.

Lolo : Un petit mot pour LSP, une petite info concernant une prochaine rencontre LSP au Double Fond ?

Dominique : Je suis prêt, si tout le monde le veut à réitérer l’expérience l’an prochain avec « TOUS DEBOUT ».
Amitiés. Dominique Duvivier.

Lolokeken , le 08 Juillet 2004


Juin 29 2009

LAISSER DERRIERE SOI UN MONDE MEILLEUR

"Rire souvent et sans restriction ; s’attirer le respect des gens intelligents et l’affection des enfants ; tirer profit des critiques de bonne foi et supporter la trahison d’amis supposés. Apprécier la beauté ; voir chez les autres ce qu’ils ont de meilleur.

Laisser derrière soi quelque chose de bon, un enfant en bonne santé, un coin de jardin ou une société en progrès.

Savoir qu’un être au moins respire mieux parce que vous êtes passé en ce monde.

Voilà ce que j’appelle réussir."

RALPH WALDO EMERSON (1803-1882)

 

Bien sincèrement

 

Dominique Duvivier


Juin 22 2009

CONSEXARTEUR…

Consexarteur : abréviation de CONServateur-EXpert-ARtiste-novaTEUR

Le Conservateur : c’est le magicien qui fait et aime les «classiques». A tel point d’ailleurs, qu’il pense que tout ce qui est nouveau a déjà été créé d’une façon ou d’une autre dans le passé. « Rien ne se crée, tout se transforme » pourrait être sa maxime fétiche !

Le Novateur : celui-là voit les choses d’un autre oeil. Il puise bien dans le patrimoine magique classique, mais il pense que chaque idée germée dans son cerveau créatif transforme et révolutionne tout. Son approche défie les lois établies et frappe tous azimuts !

L’Expert: pour lui, la perfection est de ce monde : c’est sa quête du Graal. Qu’il soit Conservateur, Novateur, ou même Artiste, l’Expert va peaufiner chacune des « syllabes techniques » d’un tour pour en tirer la substantifique moelle !

L’Artiste: c’est le côté spectaculaire qui l’attire comme un aimant, rien d’autre ne prend d’importance à ses yeux. Qu’il soit Conservateur, Novateur ou Expert, seuls le gag, le personnage, le contact avec le public méritent qu’on s’y attarde toute une vie !

Si je devais mettre des noms de magiciens dans la famille « Conservateur », peu de personnes citées trouveraient cela juste. Personne ne s’estime vraiment être conservateur !

En revanche, Novateur recevrait l’assentiment de tous, Expert honorerait n’importe qui et Artiste, tout le monde estime l’être déjà !

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Ces quatre familles sont en fait des guides dans notre travail car ce sont tous les ingrédients d’une cuisine réussie : elles sont le creuset des plus Grands de notre Art.

Pour qu’un tour ne soit pas qu’une simple performance, le magicien doit être le fils de ces quatre familles simultanément.

Apprendre à doser entre ces quatre tendances est un travail des plus enrichissants…

Par exemple, vous pouvez vous fixer comme but de travailler les bases (Conservateur) avec le « peps » de l’Expert, mais sans oublier le principe que l’adaptation au contexte d’une époque est in-con-tour-nable. Chercher des adaptations vous amènera alors à améliorer certains tours et à en créer de nouveaux (Novateur). Et pour mettre un peu de piment dans votre plat, il faudra habiller votre sauce et lui apporter la vie (Artiste).

Vous voyez comme tout cela nous entraîne vers d’autres terrains fertiles et si cela vous intéresse, nous en reparlerons une autre fois. Bon sacerdoce !

Avec toute mon amitié

Dominique DUVIVIER

 


Juin 15 2009

HUMEUR…

 Il y a souvent des magiciens qui se disent “ close up men ” en opposition avec les magiciens qui se disent "de scène", ou l’inverse. Ces deux groupes se combattent avec véhémence (une copine de longue date) : l’histoire est connue…

 Au sein d’un même groupe (par exemple celui des pro «close-up ») il y a les techniciens (les pro-Marlo) et les pro-Vernon qui s’entre-tuent dialectiquement sur les paternités dans le sens premier du mot (recherche de paternité = recherche du père de la magie).

A mon sens, il n’y a pas de père, mais des pairs (nos pairs).

Il y a  même des prestidigitateurs qui partent en croisade contre les « entertainers » comme si les deux termes s'opposaient. Un artiste ne peut pas être aussi un magicien ? Un comédien (magique) ne peut pas être autant un "magicien" qu'un super technicien de la magie ?

Moi je dis qu'un artiste magicien pratique des techniques de magie mêlées à des techniques de présentation et puis… Zut, flûte (et saperlipopette) !  Ne sommes-nous pas tous sur le même bateau ? N’essayons-nous pas toutes et tous de faire avancer les choses ?!

 

A bientôt

 

Votre dévoué Dominique Duvivier


Juin 08 2009

HOLLAND… USUAL SUSPECTS…

 La piste des films et des parallèles avec notre propre recherche magique me semble toujours d’actualité.

Je vous en livre ces quelques extraits, juste pour le plaisir… du moins je l’espère.

En titre, deux films, l’un avec Richard Dreyfuss, l’autre avec Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Stephen Baldwin,  Kevin Pollak et Benicio Del Toro.

Les deux films peuvent être des pistes pour explorer de nouveaux effets magiques, de nouvelles approches, des parfums venus d’ailleurs, des surprises à couper le souffle…

Dans l’un des deux (Usual Suspects), le scénariste et le metteur en scène nous proposent une direction incroyable : à la fin du film, on est obligé de se construire son propre film, vu que celui qu’on vient de voir n’est pas le bon !

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Je voulais vous faire partager par ces quelques lignes ce qui m’a bouleversé ces dernières semaines, ce qui m’a fait chercher encore “ autrement ”, pour éviter de continuer à se satisfaire avec une carte choisie, perdue et qu’on retrouve dans un portefeuille qui ne se donne pas à examiner…

 Nous pouvons trouver sans cesse de nouvelles interprétations techniques sur des effets standard connus ou moins connus, chercher des effets dérivés qui sembleront nouveaux et qui, ainsi, à force, deviendront peut-être réellement nouveaux.

 Nous pouvons aussi chercher des raisons incontournables pour nous prouver “ qu’il n’y a rien qu’on puisse vraiment créer, inventer, que tout existe plus ou moins… ”

Mais je crois plus intelligent de penser le contraire.

Pourquoi passer sa vie à se prouver, à prouver à d’autres qu’il n’y a rien de possible ? Créer, quelle énergie perdue !

Au lieu de mettre une force incalculable à « négativiser », si nous mettions une partie de cette puissance “ à croire que nous pouvons faire bouger les montagnes… ” ?

Même si la démarche, le combat, sont perdus d’avance, nous les aurons tentés.

A la semaine prochaine !

Amitiés

Dominique DUVIVIER


Juin 01 2009

« INTIMISTE II » : L’HOMMAGE JOYEUX DE DOMINIQUE DUVIVIER

Par Sébastien Clergue

« Les magiciens aiment à répéter que l’on s’arrête de penser trop tôt (*), mais force est de constater que peu d’entre eux mettent réellement cet adage en pratique.

C’est un reproche que l’on aura du mal à faire à Dominique Duvivier : tout ou presque a été dit (ou reproché) sur son style de magie, ou son style tout court, mais pas celui de nous démontrer depuis déjà une trentaine d’années que nous nous ne réfléchissons pas assez sur notre magie. Cela fait en effet trente ans que le Duvivier met en pièces, avec une joie gourmande, chaque convention ou principe de notre bonne vieille magie.

Ne pas annoncer ce que l’on va faire ? Ne pas refaire deux fois le même tour ? Dans Intimiste II, Duvivier se paie le luxe de refaire trois fois le même effet à la suite, mais de manière différente, tout en étant pareille, mais pas tant que ça… chaque effet renforçant le précédent, tout en le dépassant, mais tout en restant le même. Cela semble compliqué à première vue, mais les spectateurs, magiciens ou non, ne s’y trompent pas et rient, applaudissent et récompensent le culot calculé de cet animal assis en face d’eux.

Duvivier démonte, agite, renverse et remue chaque principe magique de base pour finalement en retirer la substantifique moelle et lui faire retrouver son sens originel: rien n’est illogique si le magicien est magicien, tout est possible si les spectateurs font corps avec lui et la magie, et l’on n’en fait jamais trop si le public en redemande. Plus qu’un spectacle, un show de Duvivier est une leçon de magie destinée à ébranler les magiciens dans leurs convictions. Et si, finalement, il y avait une vie après le portefeuille en feu ?

Inutile de dire que l’animal Duvivier était attendu au tournant après le succès de son « Intimiste I », qui se jouait au Double-Fond depuis près d’un an. Une fois de plus, fidèle à son principe selon lequel il ne faut jamais le trouver là où on l’attend, Duvivier a entrepris de construire une vraie suite de cinéma: Il reprend les mêmes ingrédients qui ont fait le succès du premier volet, les passe au shaker, rajoute deux ou trois doses de vitamines et de nouvelles surprises, car « on s’arrête de penser trop tôt » et si l’on commence à penser que telle ou telle routine devient ultime ou intouchable, alors la sclérose intellectuelle guette. On obtient alors « Intimiste 2 » qui est donc, comme dans un thriller américain, le frère jumeau caché qui refait surface pour vous donner un coup de poing dans la figure. Le recette semblerait presque simple, mais tous ces ingrédients mijotaient depuis plus d’un an.

Il y a du Brother Hamman dans la magie de Duvivier : chaque effet recèle un piège courtoisement posé sous vos pieds, qui attend bien tranquillement que vous marchiez dessus. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais l’issue sera toujours la même : vous réaliserez toujours trop tard que Duvivier possède sept temps d’avance. C’est presque un mode de fonctionnement. Il existait cette image très parlante sur la magie de Hamman : il vous faisait visiter son beau jardin magique plein de fleurs, tout en s’assurant de vous positionner près d’un arroseur automatique… Mais bien sûr sans que vous vous en rendiez compte. Puis il s’éloignait un peu, l’air de rien, pour déclencher l’arroseur au bon moment. Duvivier s’assure simplement que l’eau est bien glacée… Et il installe six arroseurs supplémentaires. Car on s’arrête de penser trop tôt.

Comme dans toutes les bonnes suites de cinéma (qui finalement sont assez rares), Duvivier intègre dans le spectacle quelques incontournables (le Oukéti, un classique du genre) et la célèbre routine Love, Peace and Jesus, uneversion over the top, comme l’on dit, de la routine « Plus rapide que son ombre » (carte au portefeuille… ou pour être précis : plusieurs cartes dans plusieurs portefeuilles). Fidèle à la tradition Duviviérienne des « climax » à deux temps (pardon, sept), vous vous rendrez compte de l’impossibilité de cette version lorsque vous rentrerez chez vous, au moment de vous coucher ou à n’importe quel autre moment, lorsque vous aurez la mauvaise idée d’y repenser.

À ces morceaux destinés à faire plaisir à tout le monde sont rajoutées quelques nouveautés vicieuses. Vous avez aimé le tour avec le gobelet? Ça tombe bien. S’ensuivent alors des surprises et des finales (multiples, donc) que l’on peut anticiper, d’autres que l’on ne peut pas anticiper, et d’autres qu’il n’est pas humainement possible d’anticiper. Vous aviez aimé la carte folle de la dernière fois ? Ça tombe assez bien, j’avais justement cette version qui traînait dans un coin… Vous êtes plutôt pièces ? Tant mieux, je possède justement ces pièces rares…Non non, pas celles que vous connaissez déjà… Enfin pas vraiment… Et le finale du spectacle… Ah… Le finale…

Comment fait-on la différence entre un showman et un close-up man ? Il est très simple d’aligner une succession de tours, en commençant et en finissant par un effet fort, comme on a appris dans les livres. On appelle ça une démonstration de tours ou, dans les meilleurs cas, un spectacle. Monter un « show » est une autre gageure… Trouver un thème récurrent, un angle d’attaque, des transitions cohérentes, transformer une succession de tours en un véritable ensemble homogène… Ceci peut encore à la rigueur se trouver dans les livres, mais demande un tout autre travail. Une fois cette maîtrise acquise (il faut sans doute des années de travail), comment peut-on aller encore plus loin ? Comment peut-on créer une émotion ? Nous arrivons ici au cœur d’ « Intimiste II ».

Il ne se passe pas une interview ou un entretien sans que Duvivier ne fasse référence à ses grands maîtres : Kaps, Goshman, Hamman, Jennings et, sa montagne parmi les montagnes, Ricky Jay. Autant de rencontres, presque toutes en live, dont il n’est pas ressorti intact et qui lui ont permis de façonner sa magie. « Intimiste I » avait été conçu comme un hommage à ces légendes, pour la plupart disparues et devenait par la-même l’un des rares shows au monde où le magicien cite ses sources en direct, et cela ne manquait pas d’allure de montrer chaque semaine des images de Hamman ou de Goshman au grand public. « Intimiste II » reprend presque naturellement ce choix, un hommage aux magiciens qui ont permis de bâtir son style et sa magie. Le nouveau show s’ouvre sur d’ahurissantes images de Kaps et de Hamman… La plupart d’entre nous ont eu le mauvais goût de naître ou de commencer la magie trop tard pour avoir eu le privilège d’observer ces « grands » en direct. Il est aujourd’hui de bon ton de railler les anciens (Vernon en tout premier lieu) selon l’idée qu’ils seraient dépassés et auraient finalement fait stagner la magie, en étant élevés sur un piédestal. Preuve s’il en est que l’ignorance crasse fait vite place à l’arrogance et au médiocre. Ce qui a fait de ces magiciens des « grands » est justement le fait qu’aucun d’entre eux ne s’est jamais pris pour un modèle à suivre ! Ce n’est pas Vernon qui s’est appelé tout seul le Professor. Ces légendes, disparues ou vivantes sont simplement des êtres passionnés de magie jusqu’au plus profond de leurs fibres, d’éternels travailleurs qui, jusqu’au crépuscule de leur vie, sont resté modestes face à leur art et l’ont célébré jusque dans leur dernier souffle. Voir ces petits bouts de vidéos nous rappelle que des hommes ont existé derrière chaque légende ou chaque bouquin, qu’Elmsley n’est pas qu’un comptage, et que quand Kaps arrive à une table, il ne commence pas illico par un tour de cartes ou expliquer que c’est lui le meilleur. Faire revivre chacun de ces personnages par un effet, oui, cela peut faire un bon show… mais encore faut-il vouloir faire partager cette admiration pour ces personnages, dont la plupart, soit dit en passant, étaient des solitaires, morts dans un manque de considération scandaleux de la part des magiciens. Albert Goshman disait que tôt ou tard, on se retrouve seul, avec sa magie.

De cette perspective, le finale d’ « Intimiste II » était tout trouvé… Pour qui connaît les grandes références de Dominique Duvivier. Il a donc choisi de recréer, à sa manière, l’un des plus beaux moments de l’histoire du close-up. Ce finale s’imposait presque, afin de boucler la boucle, et pourtant… Lors de la toute première du spectacle, le 13 janvier 2003, à peine Duvivier a-t-il commencé à produire les accessoires permettant de recréer ce morceau de légende, que le public a commencé a applaudir. Si vous êtes dans le public à ce moment-là, mais si vous n’êtes pas saisi d’une sorte d’émotion plus ou moins indéfinissable, d’une joie ou d’un pincement au cœur… C’est qu’il y a quelque chose de raté dans votre éducation magique. Voir ce numéro en action est une première étape pour réparer quelques oublis fondamentaux, et se rendre compte que ce n’est pas parce qu’une routine est publiée depuis des dizaines années qu’elle n’est plus faisable ou qu’elle a perdu de sa force. Pour la seconde étape, il faudra acheter les bons bouquins et se procurer les bonnes bandes… afin de perdre cette mauvaise manie de penser que les Hamman, Kaps, Goshman et consorts ne sont plus désormais que des entités abstraites et inaccessibles, ou de vieux bouquins poussiéreux destinés à orner les rangées supérieures des étagères. Il faut ici saluer le travail de ceux (ils sont peu nombreux) qui constituent encore un lien vivant entre ces magiciens de légende, qui ont façonné une partie du close-up actuel, et les plus « jeunes générations », selon le terme consacré, qui ont grandi sans les connaître. «Intimiste II » s’insère dans cette courte lignée de shows « d’utilité publique magique »… Il n’est jamais trop tard pour réviser ses classiques !

Dominique Duvivier cherchait donc une vraie suite pour «Intimiste I », ni identique ni différente, et de ce point de vue cet « Intimiste II » dépasse toute les espérances. Tenir pendant une heure et demie une salle de 45 personnes disposées tout autour de vous nécessite, d’une manière ou d’une autre, de mettre ses tripes sur la table et de travailler franc-jeu. Si la volonté de partager un amour, une joie ou une admiration n’est pas au rendez-vous, c’est l’échec presque assuré. Duvivier parle de ce qu’il aime, donne sa magie et va plus loin que le simple fait de mentionner une série de noms plus ou moins lointains. Il recrée leurs miracles à sa manière, avec ses mains et sa façon d’être, preuve que vingt, trente, quarante ans après, cette magie ne manque pas d’allure. « Intimiste II » est un hommage joyeux. Venez sans attendre prendre part à la célébration: elle ne sera ni nostalgique ni larmoyante, mais diablement moderne. »

(*) Citation attribuée tantôt à Al Baker, Paul Fox ou Dai Vernon… Vu que ces trois personnages sont en bonne compagnie… Nous mentionnons les trois !