Mar 18 2013

Sur les Colonnes Morris dans tout Paris

A l’occasion des 25 ans du Double Fond, votre serviteur a même été sur les Colonnes Morris avec sa fille la semaine dernière… dans tout Paris !


Mar 18 2013

Interview Dominique Duvivier par Philippe Bouvard

Philippe Bouvard a souhaité m’interviewer dans son émission « Les Grosses Têtes » le 5/03/13. Cliquez ci-dessous pour écouter l’émission !

 

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Mar 18 2013

Et pour les admirateurs de ma fille…


Mar 11 2013

Raconter une histoire…

Si votre texte de présentation d’un tour consiste uniquement à décrire ce qu’il se passe aux yeux de tous, vous risquez de desservir votre magie bien plus qu’autre chose. Souvenez-vous de tous ces magiciens qui vous sortent leur texte bateau : « Je prends les cartes, je les mélange comme ceci et je les retourne… Je prends une carte au hasard et je la pose de côté, comme ceci… » : le seul intérêt semble vraiment être celui de fatiguer le spectateur avec des parasites verbaux ! Rien de tel pour dégoûter le spectateur de la magie… et de vous !

Bien sûr, il y a toujours une partie du texte que l’on peut considérer comme nécessaire, car elle est d’un intérêt strictement pratique (instructions au spectateur qui participe par exemple). C’est ce qui rend le travail délicat, car  on peut vite se retrouver dans le piège du texte parasite dont je parlais plus haut ! Cela dit, dès lors qu’on se creuse un peu la tête pour faire du bon travail, vous verrez qu’il est souvent inutile d’y avoir recours…

N’oublions jamais qu’un texte doit servir l’histoire qu’on raconte et que l’on doit être très attentif à ne pas dire des mots qui ne font qu’appuyer ce qui se voit. En soi, un texte ne peut pas servir un tour de magie, c’est l’histoire qui en est le support fondamental. Si vous regardez bien, tout est histoire dans la vie : dans les journaux, dans les livres, sur Internet, dans les films et même dans les biographies, tout est « histoire racontée », sous différentes formes (anecdotes, faits divers, récits, dialogues…). Le tour de magie n’échappe pas à cette règle et il serait funeste de l’oublier. Ce qui est essentiel c’est de ne pas se laisser aveugler par le fait qu’un effet magique raconte déjà naturellement une histoire, du moins en apparence ! Un effet magique n’est qu’un bout d’histoire, auquel il manque un solide plancher pour pouvoir l’exprimer pleinement : à vous de lui donner vie !

Il me semble important de préciser que le fait de raconter une histoire ne fait pas forcément de vous un « conteur » d’histoire : pas besoin de commencer par « il était une fois » ou bien d’appuyer sa narration sur une histoire drôle ! Raconter une histoire peut consister tout simplement à partager une tranche de vie. Par exemple, tout en parlant de choses et d’autres avec votre public (qui sera vite persuadé que vous lui parlez normalement), vous pouvez raconter que vous revenez d’un spectacle où vous avez vu un truc incroyable… et hop !… vous envoyez la sauce de votre tour ! Vous venez bien de raconter une histoire, sans être pour autant dans la position d’un conteur qui n’implique pas directement son auditoire.

En résumé, tout magicien est un raconteur d’histoires, au même titre qu’un cinéaste ou un romancier. Son support n’est pas la caméra ou un livre pour exprimer son histoire, mais la magie, au premier degré. C’est dans cet état d’esprit qu’il faut travailler. Et si vous comprenez bien cet état de fait, vous arriverez petit à petit à fondre vos effets magiques dans une histoire qui raconte un peu ou beaucoup la vie, qu’elle soit de fiction ou réelle.


Mar 04 2013

Podcast « Et si c’était vrai ? » : émission n°10

Chers amis,

Et voici maintenant la 10ème émission de mon podcast !

Je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast directement par son RSS mais également sur iTunes : les personnes possédant des iPhones, iPod ou iPad peuvent donc s’abonner directement (et gratuitement) sur la plateforme d’Apple et disposeront ainsi automatiquement des prochains numéros.

C’est le moment de mettre le volume et… en route !

Pour écouter le podcast sur Itunes, cliquez ici !

Sinon, cliquez ci-dessous sur la barre d’écoute…

Bonne écoute à tous

Dominique DUVIVIER

 

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Fév 25 2013

Attention au temps qui passe…

Le temps qui passe est un grand risque et, quoi qu’on en dise, on voit souvent le côté routinier s’installer ici et là chez les professionnelsqui n’ont pas considéré ce problème… Tous ne tombent pas dans le piège bien entendu, mais disons qu’il est malheureusement assez courant de voir les artistes débiter leur show en pensant à autre chose… Pourtant la fraîcheur est indispensable. Mais la conserver, voire l’augmenter passe par des sentiers sinueux. Garder le frisson avec un spectacle qui « roule » tout seul est complexe… C’est la raison pour laquelle je change de spectacle fréquemment, mais il y a aussi des techniques subtiles, comme celles de Goshman que j’ai longuement étudiées et adoptées, tant elles sont géniales. Si vous observez bien son approche et que vous rentrez dans son univers, vous remarquez que la construction même de son show lui permettait d’improviser tout le temps, tout en faisant la même prestation. Par exemple, dans sa célèbre pièce des  « Salières », vous pouvez constater que l’écriture de son show, découpé en plusieurs modules, lui permettait de grandes latitudes : d’une prestation à l’autre, il inversait l’ordre des différents modules, ou en improvisait un nouveau… Et si vous poussez encore un peu plus loin l’analyse, vous saisissez tout le génie de la chose : Goshman avait vraiment trouvé le secret pour rester libre de ses mouvements et faire vivre à son public (et à lui-même) un spectacle enrichi de nouveautés à chaque fois. Et bien sûr, grâce à cette forme d’improvisation particulière, il évitait de tomber dans le piège de se répéter et de devenir routinier…

Je vous encourage à bosser rapidement sur ce genre de concepts et, de manière générale, à ne pas vous reposer sur vos lauriers, car, avant même que vous vous en aperceviez, vous ne pourrez bientôt plus bouger un iota de votre spectacle (ou de votre « set » de tours de table en table) tellement la peur vous envahira rien qu’à l’idée d’y inclure un nouvel effet, une nouvelle line, un petit rien du tout de plus ou de moins… Je vois tellement de confrères dans ce cas de figure que je vous le répète encore une petite fois : travaillez, réfléchissez et bougez tout de suite tout ce que vous pouvez… tant que vous le pouvez encore !


Fév 18 2013

Citation de Dario Fo

Souvent, au cours de mes lectures diverses et variées, je pêche un truc qui va pouvoir apporter de l’eau au moulin de nos habitudes sur ce blog… Je vous le livre, je digresse dessus et, hardi petit, nous progressons vers  ces univers qui sont devenus nos terrains de jeux favoris…

Cette fois je vais vous confier une pensée de ce grand bonhomme qu’est Dario Fo et je n’ajouterai rien derrière. Car il n’y a rien à ajouter. C’est tellement puissant, qu’il ne reste plus qu’à méditer dessus…

Au fait, pour ceux qui ne le connaissent pas, qui est Dario Fo ?

Dario Fo est un mec incroyable : entre autres ( !), c’est un philosophe, un comédien, un dramaturge (prix Nobel de littérature quand même !), mais aussi un mime, un metteur en scène, un architecte, un peintre… Bref un homme riche… pour le moins !

« Lorsqu’un enfant naît, ses parents s’empressent de le faire rire, en lui faisant des grimaces. Pourquoi ? Parce que, au moment où il rit, cela signifie que l’intelligence est née. Il a su distinguer le vrai du faux, le réel de l’imaginaire, la grimace de la menace. Il a su voir au-delà du masque. Le rire libère l’homme de la peur. Tout obscurantisme, tout système de dictature est fondé sur la peur. Alors, rions ! »


Fév 11 2013

L’échec est un devoir pas une fatalité

Une phrase me vient au débotté :

 

L’échec est un devoir pas une fatalité.

 

Na ! Je veux dire que l’échec ne peut se contourner. Il est inhérent à toute entreprise. Alors faites-en un devoir. Une réalité de base. Ainsi, lorsque l’échec arrivera, vous ne le subirez pas et vous n’aurez pas à broyer du noir : vous saurez que vous commencez à avancer sur le chemin de la réussite. Prendre l’échec comme une fatalité et surtout comme une fin en soi, revient à dire qu’on plie les gaules. Qu’on remballe. Qu’on abandonne quoi ! Tout commence au contraire. L’échec vous guide.

Amitiés

Dominique Duvivier

 

Dominique Duvivier par Zakary Belamy

 


Fév 04 2013

Le secret est un mystère

Arnaud, un ami et passionné de magie, m’a posé quelques questions fort pertinentes. Avec son accord, j’y réponds directement sur mon blog, pour que tout le monde puisse participer….

Dominique Duvivier par Aldo Sperber

« Cela faisait longtemps que je souhaitais te poser une question « directe » sur ton travail.

J’ai eu l’occasion de le faire à plusieurs reprises mais j’ai considéré que le cadre de nos dernières rencontres – à mon sens – ne s’y prêtaient pas.

Pourtant, c’est une question qui me poursuit depuis longtemps en tant qu’humble amateur de magie et à laquelle je n’arrive pas à trouver de réponse malgré mes quelques années d’étude et de travail sur la magie – notamment ton œuvre – et mes différentes rencontres que j’ai pu principalement faire au Double Fond, et notamment avec toi. Cette question pourra t’apparaître complètement idiote et je t’en prie de m’en excuser par avance, le cas échéant. »

 

Il n’y a pas de questions idiotes. Tu es donc toujours sur la bonne voie ! J’aime pouvoir éclairer autant que possible les magiciens sur mon travail et , à mon sens, toute question posée de bonne foi est digne d’intérêt.

 

« Je me lance. Tu as énormément – je n’ai pas trouvé d’adverbe plus fort -publié. Tu as donné beaucoup à la communauté magique sans compter – j’imagine – tes échanges avec les autres « grands » de la magie qui resteront – et c’est bien naturel – inconnus des profanes ou d’autres professionnels. Pourtant, il y a quelque chose que je n’arrive pas à saisir. Tu as indiqué à plusieurs reprises que tu gardais certains « trucs » pour toi. (Un seul exemple, parmi mille, sur « Intimiste » – que j’ai visionné pour la 84ème fois hier soir – un bandeau apparaît au milieu d’une explication en indiquant que tu ne souhaitais pas dévoiler les secrets de la découverte de la carte (ruban, le feeling, tu poses la main sur le ruban et extrais la carte… effet killer). Et je ne comprends pas cette démarche… N’est-il pas contradictoire de publier une grande partie de ton œuvre tout en refusant de dévoiler certains trucs ? »

 

Je suis agréablement surpris d’apprendre que tu rongeais ton frein en silence depuis des temps immémoriaux… Je veux dire que je n’aurais jamais imaginé susciter pareil courroux chez toi ! (oui, le mot est fort mais j’aime le mot « courroux » et j’ai du mal à le placer !). Cela étant dit, je comprends très bien ton désarroi et je vais essayer de le dissiper, ou du moins de t’apporter quelques indications supplémentaires sur ma démarche.

Je donne en effet beaucoup de choses à la communauté magique, mais je découvre aussi énormément de choses que je n’ai pas l’intention de publier, du moins pour l’instant. Il y en a des milliers comme ça en fait, n’en déplaise à certains pisse-froid qui s’évertuent à dire que je n’ai rien inventé ou presque (ben voyons !)… J’ai pris le parti de publier énormément, car j’estime avoir le devoir de le faire comme on l’a fait pour moi en son temps. Des gens comme Freddy Fah par exemple m’ont tellement transmis, qu’il me paraît normal de rendre  la pareille vis-à-vis de mes confrères actuels (vous pouvez relire ce que j’ai écrit sur lui ici : https://www.dominiqueduvivier.com/2011/11/07/magiphageuh-n21-freddy-fah/). Mais il est vrai aussi que je conserve pas mal de trucs secrets, même dans des familles d’effets magiques que j’ai pourtant déjà largement explorées par le biais des vidéos, des conférences ou des cours que je donne. Il faut dire qu’il y a certains principes magiques qui m’obsèdent littéralement : j’y travaille, je publie  une version, j’y retravaille, je publie une autre version etc… depuis 40 ans ! Disons, que la plupart du temps, lorsque je publie quelque chose, j’ai personnellement quelques « temps d’avance » sur l’idée en question. En d’autres termes, si tu discutes avec des personnes qui ont pris par exemple des cours avec moi, elles te diront qu’elles m’ont vu faire des dizaines de nouvelles versions sur des principes que j’avais pourtant longuement développés sur différents supports publiés. Pour moi la publication n’est qu’une étape. Pas un aboutissement. Par exemple sur l’effet des billets de 1 dollar dont je parlais il y a peu sur le blog (ici https://www.dominiqueduvivier.com/2013/01/21/hommage-a-kaps/ ), j’ai publié une version de 10/12mn dans mon DVD « From Old To New n°1 », alors que la version originale dure 30mn, avec bien sûr plein d’effets en plus !!!

Pour ce qui concerne l’effet dont tu parles dans ta question (« La carte feeling » dans mon spectacle « Intimiste »), sache que j’ai développé des contrôles de cartes particuliers qui se trouvent intégrer des éléments que m’ont confiés Michael Weber et Ricky Jay. C’est ainsi qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles je garde secrète cette « carte feeling » en l’occurrence : d’une part il y a ces éléments qui ne sont pas de moi et que et j’estime ne pas avoir le droit de divulguer. D’autre part, il y a certains principes que j’ai développés qui sont tellement puissants qu’il faut laisser au temps qu’ils se révèlent, si je puis dire ! Il ne faut pas y voir un forme d’égoïsme de ma part (ah ah, vous vous demandez comment ça marche ?! Hé hé hé, moi je sais), mais au contraire l’envie de partager la richesse de l’art de la magie. C’est là que le sujet devient particulièrement intéressant et je te remercie au passage de ta question ! En effet, c’est justement pour goûter la puissance de certains concepts magiques, que je fais en sorte de montrer à quel point, même des centaines de lectures n’en viennent pas à bout. Si je les livre « tout crus », comment feriez-vous pour en connaître la profondeur et leur exceptionnelle valeur ? Certaines choses sont si complexes dans leur perfection, si parfaitement huilées, si magnifiquement intelligentes, que leur valeur ne peut être accessible qu’aux personnes qui, un peu comme toi, auront d’abord cherché comme des fous leur clé. Ce concept dépasse d’ailleurs largement le domaine de la magie et rejoint parfaitement le sujet abordé la semaine dernière sur ce même blog : https://www.dominiqueduvivier.com/2013/01/28/magiphageuh-n32-la-difference-entre-secret-et-mystere/ . Tout d’un coup la logique habituelle s’inverse : l’idée n’est plus de conserver jalousement un secret, mais au contraire de vous donner la possibilité de le découvrir dans toute sa complexité, dans toute sa splendeur (ne croyez pas que je me jette des fleurs, je ne me considère que comme un simple « passeur », comme disait Magestic il y a quelques jours sur ce blog). Si j’expliquais par exemple « La carte feeling » comme d’autres tours dans mon DVD, vous en seriez satisfaits, mais pas du tout autant que le jour où vous serez à même de le considérer comme ce qu’il est : un trésor. Et pour ça, il faut être prêt et pour être prêt, il y a un chemin à parcourir. Un chemin qui n’est pas trouvable sur Internet. Un chemin qui ne peut s’acheter. C’est un chemin de patience, de ténacité, de travail… sur soi.

C’est ainsi que je suis amené, dans les tournages de DVD ou en conférence, à dire parfois la pure vérité : tel ou tel tour ne sera pas expliqué. Je le dis sans ambages. Je connais des confrères qui préfèrent la facilité qui consiste à « enfumer » leur public magicien, en lui donnant de fausses pistes, histoire d’avoir l’air d’expliquer, sans divulguer le vrai secret pour autant. Je trouve ce procédé ignoble et parfaitement malhonnête intellectuellement. Cela fait partie d’ailleurs des raisons pour lesquelles je me suis « séparé » il y a une paire d’années de ces magiciens sans scrupule et sans respect pour l’art de la magie : ils montrent un tour avec une méthode et, lors de l’explication, ils donnent une méthode minable qui n’a pas été pas celle utilisée pendant la démonstration. Sur le moment, le public magicien ne se rend pas compte de la supercherie, trop content qu’on lui explique le tour, mais on vient de lui mentir et je n’aime pas cette pratique. Si je donne, je le fais vraiment. Sinon je précise que je ne le fais pas. Voilà l’idée. Dans mon DVD d’explication du spectacle « Intimiste », même si je garde secrète la partie concernant les contrôles de cartes par exemple, je n’enlève rien de la portée des tours que j’y explique. Même si la méthode utilisée n’est pas la même que la mienne, l’impact sera le même. Le public magicien n’est pas spolié. J’ai laissé l’effet intact. C’est juste MA méthode que je ne donne pas, pour les raisons évoquées plus haut.

Il faut comprendre que mon rôle est de transmettre. Or il y a des choses faciles à transmettre et d’autres beaucoup moins. Parfois, pour vous guider, je vous donne des pistes, qui, pour ceux qui en auront envie, vous permettront de vous poser des questions « clés » pour aborder l’aspect profond de tel ou tel sujet. Par essence, l’homme est très curieux, mais aussi très paresseux : il est avide de savoir sans payer, si je puis dire. Lorsqu’on lui dit que là, il n’a pas accès à l’objet de son désir (connaître le fameux « truc »), il s’énerve, que dis-je, il enrage ! Mais cette colère est bénéfique : il cherche, il se donne du mal, il explore des pistes nouvelles, il se pose des questions…. Bref, il évolue. Au début, donner sans restriction est essentiel pour acquérir certaines bases. Mais mâcher le travail au point qu’il n’y aura plus aucune place laissée à la réflexion et l’imagination, c’est presque criminel, à mes yeux. C’est comme en matière d’éducation, où il faut faire comprendre à l’enfant qu’il ne pourra accéder à certaines connaissances qu’au prix d’une abnégation énorme. Un jeu difficile… mais tellement stimulant !

 

« Ne t’exposes-tu pas à ce que l’un de tes Confrères publie un jour l’un de tes secrets en revendiquant la paternité de la découverte (routine, manipulation ou autres…) ? »

 

C’est la règle du jeu. J’observe mes confrères et parfois je retrouve certaines de mes idées dans leur travail. Hasard ou non, peu importe, je me prête volontiers au jeu du risque. C’est le prix à payer lorsqu’on conserve des trucs pour soi et qu’on les montre en partie. Et puis je ne suis pas ennuyé par ce fait, car cela n’arrive pas très souvent. Il faut dire que trouver par exemple une méthode que j’avais déjà inventée est une chose. Véritablement penser comme moi en est une autre. Je travaille tellement sans cesse depuis 40 ans, qu’il est difficile de rivaliser avec tout ce que mon cerveau produit… Alors on peut me moquer, mais moi, je trace ma route et, si je montre à quelqu’un une routine, en général il ne comprend rien, car j’ai encore pas mal d’avance sur mes contemporains. Du moins c’est ce que je veux croire, et de toute façon, c’est ce que j’entends lorsque des pointures du métier me rencontrent. Avec un peu d’expérience, on peut très vite déceler le niveau de connaissance d’un magicien, rien qu’en l’observant. Avec Ricky Jay il y a plusieurs années, on s’amusait beaucoup à ce petit jeu : connaître le niveau d’un magicien en deux secondes ! Il suffisait de le regarder ouvrir son étui et sortir les cartes qui s’y trouvaient, et hop ! Quand on travaille beaucoup et dans beaucoup de directions, on arrive à percevoir des trucs incroyables de ses contemporains qui te montrent un tour. L’analyse devient très rapide. Parfois, en regardant juste un tour d’un magicien, j’arrive à voir une grosse partie de ses créations, qu’il n’a pourtant pas montrées… C’est flippant, hein ?

 

« Quelle est ta motivation profonde ? »

 

J’ai répondu en partie à cette question mais je peux préciser. Mon kiff, c’est la magie, qui m’apporte beaucoup de joies intellectuelles, artistiques, créatrices, des rencontres incroyables… Lorsque je publie par exemple un DVD et que je t’empêche (lol) de bénéficier d’un bout d’explication, je t’avouerais que je n’en suis pas conscient. Je crois dans ce que je fais. Je suis sincère en donnant certains secrets, tout autant qu’en en conservant, ou en aiguillant l’acheteur d’un produit. J’ai envie au fond de moi qu’il puisse prendre son pied comme je le prends depuis tant d’années avec la magie et je sais que, pour le prendre pleinement, il faut qu’il donne de sa personne. C’est l’idée du lard à des cochons. Le cochon n’apprécie pas la bonne bouffe. Juste de la bouffe lui suffit. Alors lui donner plus, c’est non seulement du gâchis mais c’est pire que cela. On va rater quelque chose. Tu comprends ? Mais comme nous ne sommes pas des animaux justement, alors tout est possible ! Je considère que c’est mon devoir d’orienter un étudiant-magicien vers ce qui va lui permettre de devenir un bon magicien. Pour qu’il se nourrisse, je vais lui apprendre à pêcher, plutôt que lui donner du poisson. Avec plus ou moins de réussite, c’est ce que je poursuis depuis le début de ma vie : apprendre à l’autre à pêcher.

 

« Surtout, comment choisis-tu ce que sera publié ou ne le sera pas ? »

 

Pour ce qui concerne l’effet de la « carte feeling » dont on parle depuis le début, je n’y ai pas réfléchi sur le moment. L’idée au départ était de consigner mes spectacles « Intimiste 1 » et « Intimiste 2 », pour en avoir une trace dans leurs moindres secrets. Mais pas forcément de les publier. C’était un genre de testament pour ma fille Alexandra. Puis on en a parlé et elle a tenu à ce que je publie au moins ceux-là de mon vivant. Alors j’ai visionné tous les rushes et, pour les raisons évoquées plus haut, j’ai décidé de ne pas publier tels ou tels détails.

 

Voilà, j’espère avoir répondu à tes questions. N’hésite pas, ainsi que vous mes chers lecteurs, à me solliciter si j’ai trop effleuré un sujet ou un autre…


Jan 28 2013

MAGIPHAGEUH N°32 : La différence entre secret et mystère…

La différence entre secret et mystère… Tout un programme, n’est-ce pas ?

Les deux notions, qui sont parfois synonymes, sont quand même assez facilement différentiables.

Le secret est un savoir caché, connu des seuls initiés et possède plusieurs degrés : dans le domaine de la magie, il y a toujours eu des techniques considérées comme plus ou moins secrètes. Dans les années 60 le comptage Elmsley faisait par exemple partie des techniques secrètes un peu « underground » (à telle preuve que beaucoup de magiciens croyaient qu’il s’effectuait sur le bout des doigts et non en mains !), alors que maintenant le comptage Elmsley fait partie des techniques magiques les plus répandues. Par définition, le secret, une fois dévoilé à quelqu’un qui n’était pas initié auparavant, perd son sens.

Par contre, ce n’est pas le cas du mystère, qui, lui, ne peut pas s’expliquer vraiment. Même transmis, il reste « mystérieux » ce mystère… Il fait référence à des formes de pouvoirs inexpliqués.

Mais il arrive parfois que la frontière entre secret et mystère devienne beaucoup moins ténue… Et c’est là que vient le véritable sujet de notre « Magiphageuh » du jour. Si vous êtes magicien avec un tant soit peu de métier, il est sûr que vous avez déjà dû vivre l’expérience d’une certaine « vraie magie » qui vous dépasse : vous faites par exemple librement choisir une carte, puis mélanger le jeu et la carte se retrouve sur le jeu… comme par miracle, car vous n’y êtes pour rien ! Vous êtes aussi étonné que votre public, car il n’y a pas de « truc »… et personne ne peut vous croire ! Fascinant… Et ce phénomène est loin d’être isolé ! C’est un peu comme si nos secrets de magiciens nous permettaient d’explorer des terrains suffisamment  fous, que nous puissions accéder parfois à de vrais mystères… Notre « terrain de jeu » des secrets nous donne accès au monde du mystère, le vrai, celui qui ne comporte pas de secret ! Pas belle la vie ? Secrets et mystères seraient-ils liés ? J’ai suffisamment vécu de fois ces situations incroyables, pour me poser la question… Mais ne croyez pas que je joue subitement aux « apprentis sorciers ». Je constate simplement que l’Art de la magie nous donne parfois accès à une forme de réalité mystique, comme tous les autres arts d’ailleurs ! En magie, comme avec la musique, le cinéma ou la peinture, la technique utilisée donne accès par moments à une sorte de monde divin…