Juin 01 2009

« INTIMISTE II » : L’HOMMAGE JOYEUX DE DOMINIQUE DUVIVIER

Par Sébastien Clergue

« Les magiciens aiment à répéter que l’on s’arrête de penser trop tôt (*), mais force est de constater que peu d’entre eux mettent réellement cet adage en pratique.

C’est un reproche que l’on aura du mal à faire à Dominique Duvivier : tout ou presque a été dit (ou reproché) sur son style de magie, ou son style tout court, mais pas celui de nous démontrer depuis déjà une trentaine d’années que nous nous ne réfléchissons pas assez sur notre magie. Cela fait en effet trente ans que le Duvivier met en pièces, avec une joie gourmande, chaque convention ou principe de notre bonne vieille magie.

Ne pas annoncer ce que l’on va faire ? Ne pas refaire deux fois le même tour ? Dans Intimiste II, Duvivier se paie le luxe de refaire trois fois le même effet à la suite, mais de manière différente, tout en étant pareille, mais pas tant que ça… chaque effet renforçant le précédent, tout en le dépassant, mais tout en restant le même. Cela semble compliqué à première vue, mais les spectateurs, magiciens ou non, ne s’y trompent pas et rient, applaudissent et récompensent le culot calculé de cet animal assis en face d’eux.

Duvivier démonte, agite, renverse et remue chaque principe magique de base pour finalement en retirer la substantifique moelle et lui faire retrouver son sens originel: rien n’est illogique si le magicien est magicien, tout est possible si les spectateurs font corps avec lui et la magie, et l’on n’en fait jamais trop si le public en redemande. Plus qu’un spectacle, un show de Duvivier est une leçon de magie destinée à ébranler les magiciens dans leurs convictions. Et si, finalement, il y avait une vie après le portefeuille en feu ?

Inutile de dire que l’animal Duvivier était attendu au tournant après le succès de son « Intimiste I », qui se jouait au Double-Fond depuis près d’un an. Une fois de plus, fidèle à son principe selon lequel il ne faut jamais le trouver là où on l’attend, Duvivier a entrepris de construire une vraie suite de cinéma: Il reprend les mêmes ingrédients qui ont fait le succès du premier volet, les passe au shaker, rajoute deux ou trois doses de vitamines et de nouvelles surprises, car « on s’arrête de penser trop tôt » et si l’on commence à penser que telle ou telle routine devient ultime ou intouchable, alors la sclérose intellectuelle guette. On obtient alors « Intimiste 2 » qui est donc, comme dans un thriller américain, le frère jumeau caché qui refait surface pour vous donner un coup de poing dans la figure. Le recette semblerait presque simple, mais tous ces ingrédients mijotaient depuis plus d’un an.

Il y a du Brother Hamman dans la magie de Duvivier : chaque effet recèle un piège courtoisement posé sous vos pieds, qui attend bien tranquillement que vous marchiez dessus. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais l’issue sera toujours la même : vous réaliserez toujours trop tard que Duvivier possède sept temps d’avance. C’est presque un mode de fonctionnement. Il existait cette image très parlante sur la magie de Hamman : il vous faisait visiter son beau jardin magique plein de fleurs, tout en s’assurant de vous positionner près d’un arroseur automatique… Mais bien sûr sans que vous vous en rendiez compte. Puis il s’éloignait un peu, l’air de rien, pour déclencher l’arroseur au bon moment. Duvivier s’assure simplement que l’eau est bien glacée… Et il installe six arroseurs supplémentaires. Car on s’arrête de penser trop tôt.

Comme dans toutes les bonnes suites de cinéma (qui finalement sont assez rares), Duvivier intègre dans le spectacle quelques incontournables (le Oukéti, un classique du genre) et la célèbre routine Love, Peace and Jesus, uneversion over the top, comme l’on dit, de la routine « Plus rapide que son ombre » (carte au portefeuille… ou pour être précis : plusieurs cartes dans plusieurs portefeuilles). Fidèle à la tradition Duviviérienne des « climax » à deux temps (pardon, sept), vous vous rendrez compte de l’impossibilité de cette version lorsque vous rentrerez chez vous, au moment de vous coucher ou à n’importe quel autre moment, lorsque vous aurez la mauvaise idée d’y repenser.

À ces morceaux destinés à faire plaisir à tout le monde sont rajoutées quelques nouveautés vicieuses. Vous avez aimé le tour avec le gobelet? Ça tombe bien. S’ensuivent alors des surprises et des finales (multiples, donc) que l’on peut anticiper, d’autres que l’on ne peut pas anticiper, et d’autres qu’il n’est pas humainement possible d’anticiper. Vous aviez aimé la carte folle de la dernière fois ? Ça tombe assez bien, j’avais justement cette version qui traînait dans un coin… Vous êtes plutôt pièces ? Tant mieux, je possède justement ces pièces rares…Non non, pas celles que vous connaissez déjà… Enfin pas vraiment… Et le finale du spectacle… Ah… Le finale…

Comment fait-on la différence entre un showman et un close-up man ? Il est très simple d’aligner une succession de tours, en commençant et en finissant par un effet fort, comme on a appris dans les livres. On appelle ça une démonstration de tours ou, dans les meilleurs cas, un spectacle. Monter un « show » est une autre gageure… Trouver un thème récurrent, un angle d’attaque, des transitions cohérentes, transformer une succession de tours en un véritable ensemble homogène… Ceci peut encore à la rigueur se trouver dans les livres, mais demande un tout autre travail. Une fois cette maîtrise acquise (il faut sans doute des années de travail), comment peut-on aller encore plus loin ? Comment peut-on créer une émotion ? Nous arrivons ici au cœur d’ « Intimiste II ».

Il ne se passe pas une interview ou un entretien sans que Duvivier ne fasse référence à ses grands maîtres : Kaps, Goshman, Hamman, Jennings et, sa montagne parmi les montagnes, Ricky Jay. Autant de rencontres, presque toutes en live, dont il n’est pas ressorti intact et qui lui ont permis de façonner sa magie. « Intimiste I » avait été conçu comme un hommage à ces légendes, pour la plupart disparues et devenait par la-même l’un des rares shows au monde où le magicien cite ses sources en direct, et cela ne manquait pas d’allure de montrer chaque semaine des images de Hamman ou de Goshman au grand public. « Intimiste II » reprend presque naturellement ce choix, un hommage aux magiciens qui ont permis de bâtir son style et sa magie. Le nouveau show s’ouvre sur d’ahurissantes images de Kaps et de Hamman… La plupart d’entre nous ont eu le mauvais goût de naître ou de commencer la magie trop tard pour avoir eu le privilège d’observer ces « grands » en direct. Il est aujourd’hui de bon ton de railler les anciens (Vernon en tout premier lieu) selon l’idée qu’ils seraient dépassés et auraient finalement fait stagner la magie, en étant élevés sur un piédestal. Preuve s’il en est que l’ignorance crasse fait vite place à l’arrogance et au médiocre. Ce qui a fait de ces magiciens des « grands » est justement le fait qu’aucun d’entre eux ne s’est jamais pris pour un modèle à suivre ! Ce n’est pas Vernon qui s’est appelé tout seul le Professor. Ces légendes, disparues ou vivantes sont simplement des êtres passionnés de magie jusqu’au plus profond de leurs fibres, d’éternels travailleurs qui, jusqu’au crépuscule de leur vie, sont resté modestes face à leur art et l’ont célébré jusque dans leur dernier souffle. Voir ces petits bouts de vidéos nous rappelle que des hommes ont existé derrière chaque légende ou chaque bouquin, qu’Elmsley n’est pas qu’un comptage, et que quand Kaps arrive à une table, il ne commence pas illico par un tour de cartes ou expliquer que c’est lui le meilleur. Faire revivre chacun de ces personnages par un effet, oui, cela peut faire un bon show… mais encore faut-il vouloir faire partager cette admiration pour ces personnages, dont la plupart, soit dit en passant, étaient des solitaires, morts dans un manque de considération scandaleux de la part des magiciens. Albert Goshman disait que tôt ou tard, on se retrouve seul, avec sa magie.

De cette perspective, le finale d’ « Intimiste II » était tout trouvé… Pour qui connaît les grandes références de Dominique Duvivier. Il a donc choisi de recréer, à sa manière, l’un des plus beaux moments de l’histoire du close-up. Ce finale s’imposait presque, afin de boucler la boucle, et pourtant… Lors de la toute première du spectacle, le 13 janvier 2003, à peine Duvivier a-t-il commencé à produire les accessoires permettant de recréer ce morceau de légende, que le public a commencé a applaudir. Si vous êtes dans le public à ce moment-là, mais si vous n’êtes pas saisi d’une sorte d’émotion plus ou moins indéfinissable, d’une joie ou d’un pincement au cœur… C’est qu’il y a quelque chose de raté dans votre éducation magique. Voir ce numéro en action est une première étape pour réparer quelques oublis fondamentaux, et se rendre compte que ce n’est pas parce qu’une routine est publiée depuis des dizaines années qu’elle n’est plus faisable ou qu’elle a perdu de sa force. Pour la seconde étape, il faudra acheter les bons bouquins et se procurer les bonnes bandes… afin de perdre cette mauvaise manie de penser que les Hamman, Kaps, Goshman et consorts ne sont plus désormais que des entités abstraites et inaccessibles, ou de vieux bouquins poussiéreux destinés à orner les rangées supérieures des étagères. Il faut ici saluer le travail de ceux (ils sont peu nombreux) qui constituent encore un lien vivant entre ces magiciens de légende, qui ont façonné une partie du close-up actuel, et les plus « jeunes générations », selon le terme consacré, qui ont grandi sans les connaître. «Intimiste II » s’insère dans cette courte lignée de shows « d’utilité publique magique »… Il n’est jamais trop tard pour réviser ses classiques !

Dominique Duvivier cherchait donc une vraie suite pour «Intimiste I », ni identique ni différente, et de ce point de vue cet « Intimiste II » dépasse toute les espérances. Tenir pendant une heure et demie une salle de 45 personnes disposées tout autour de vous nécessite, d’une manière ou d’une autre, de mettre ses tripes sur la table et de travailler franc-jeu. Si la volonté de partager un amour, une joie ou une admiration n’est pas au rendez-vous, c’est l’échec presque assuré. Duvivier parle de ce qu’il aime, donne sa magie et va plus loin que le simple fait de mentionner une série de noms plus ou moins lointains. Il recrée leurs miracles à sa manière, avec ses mains et sa façon d’être, preuve que vingt, trente, quarante ans après, cette magie ne manque pas d’allure. « Intimiste II » est un hommage joyeux. Venez sans attendre prendre part à la célébration: elle ne sera ni nostalgique ni larmoyante, mais diablement moderne. »

(*) Citation attribuée tantôt à Al Baker, Paul Fox ou Dai Vernon… Vu que ces trois personnages sont en bonne compagnie… Nous mentionnons les trois !


Juin 01 2009

La recherche

Je viens de terminer un spectacle. Ce show a bien fonctionné. Plus rien à faire dessus, à part terminer de le jouer pendant quelques mois…

Et déjà, je suis sur autre chose.

Etrange sensation de laisser tomber ce spectacle pour me vouer à un autre…

Ce qui est « étrange » à vivre, c’est ce principe de se battre de toutes ses forces pour une « approche différente », de la mener au bout puis de se rendre compte que tout est terminé avec ce projet précis.

Si j’étais comme d’autres, le fait d’avoir écrit un spectacle me suffirait pour la vie entière…

ll se trouve que je ne fonctionne pas de cette manière.

J’envie ceux qui font un numéro de quelques minutes et se sentent en harmonie pour leur vie entière avec !

Pour moi l’harmonie est dans la recherche du nouveau concept, du nouveau spectacle… et lorsque j’ai trouvé, je cherche de nouveau.

Entre chaque période je me pose des milliers de questions contradictoires, mais c’est ma vie, mon mode de fonctionnement.

Chacun porte sa croix.

Certains envient mon « problème », d’autres deviennent fous de me voir faire de nouveaux shows chaque année depuis une petite vingtaine d’années.

Encore d’autres se demandent ce que je veux prouver avec cette attitude.

La réalité est que je ne fais rien de spécial que d’assumer mon état boulimique. Du mieux que je le peux.

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Je crois qu’il n’est pas mauvais  de vous expliquer ces états « bizarres » qui caractérisent le chercheur invétéré que je suis.

On est souvent seul avec soi-même lorsqu’on cherche et que ce qu’on trouve, prenant une forme concrète, nous amène un cortège de doutes.

C’est le lot du chercheur, normalement constitué.

Vouloir faire du nouveau… et se demander sans cesse si on ne réinvente pas la roue, une fois de plus, une fois de trop ?

Pourquoi laisser tomber un spectacle qui fonctionne parfaitement ? Je n’en sais rien.

La peur de me lasser de jouer quelque chose que je n’ai plus à défendre ?

Ne plus prendre de risques m’indispose.

J’aime le danger certainement.

C’est, encore une fois, le contraire qui serait frustrant pour moi.

J’adore littéralement me retrouver dans la circonstance de ne plus savoir quoi inventer et comment faire pour créer un nouvel opus.

J’ai l’angoisse de ne plus pouvoir obtenir quoi que ce soit mais je récupère cette âme de débutant que je recherche désespérément à chaque fois que j’ai l’impression de l’avoir perdue en chemin.

Il faut savoir que lorsqu’on fait un spectacle bien rodé, on n’est plus impliqué dans les « pourquoi telle ou telle chose fonctionne ». Elle fonctionne et puis c’est tout. Je n’aime pas me retrouver dans une ambiance de cet ordre.

J’aime retrouver de la fraîcheur le plus souvent possible.

Pour retrouver cette fraîcheur je me dois de tout casser ou presque et recommencer comme le premier soir…

Je me pose des problèmes que je n’ai pas… J’aime bien cette attitude.

Par exemple, je suis sur deux nouveaux spectacles en ce moment…

C’est assez jouissif pour moi cette situation.

J’aime avoir du pain sur la planche.

En quelque sorte et de manière générale dans mon travail magique, j’aime me retrouver dans l’insoluble. Ce n’est que de cette manière que je peux trouver des choses qui peuvent me sembler performantes plus tard.

Si, sans presque réfléchir, je trouve une idée intéressante, j’ai le sentiment que n’importe qui pourrait faire comme moi.

Alors, je me remets au travail de plus belle.

Je veux, si possible, trouver des choses qui ne peuvent se voir, se sentir ni se supposer.

C’est ma démarche permanente.

Je ne dis pas que tout ce que je fais entre dans ce schéma… mais je me bats pour y tendre du plus que je le peux.

A la prochaine fois.

Dominique Duvivier


Mai 25 2009

C’est bien pensé, non ?

Petite citation de W. Somerset Maugham :

« Dans les autres arts, il est possible de parvenir à la compétence, mais dans celui de la vie nous ne pouvons guère plus que faire bonne mine à mauvais jeu. L’art résulte de l’intention : la vie est si largement contrôlée par le hasard, que sa conduite ne peut être autre chose qu’une improvisation perpétuelle. »

A la semaine prochaine !

Amitiés

Dominique DUVIVIER


Mai 18 2009

« Mettez vous au parfum »

Vous prenez le tour d’un auteur avec cartes, pièces, cordes, gobelets… et vous essayez de le faire vivre à votre façon, sans trahir le créateur, tout en y mettant votre patte, et souvent, vous rencontrez l’échec.

Trop ici, trop peu là, ou l’inverse, et l’alchimie des composants n’est pas géniale.

Je propose une idée sous forme d’une odeur, cette fois : je me lève, je fais mes ablutions, me mets de l’eau de toilette.

A un moment, j’ai le sentiment que « mon parfum » s’est enfui et je me dis:

« Il faudra que je m’en remette tout à l’heure… »

Quelques secondes plus tard, un ami me croise et me dit:

« Hum… Tu sens bon! »

… et moi qui croyais que mon eau de toilette était partie…

 En fait, elle fait à présent tellement partie de moi que j’ignore même qu’elle existe.

Je fais partie d’elle, elle de moi.

 

Je crois que pour le tour d’un auteur, sur un tour de cartes, pièces, cordes, gobelets… il en est de même.

Faites et refaites le tour de l’autre tel quel, sans essayer de le changer.

Plus tard, vous vous apercevrez que vous l’avez digéré et que quelque part, il vous appartient tout du moins dans le sens de la démonstration qui devient personnelle, et non plus copiée !

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Mai 11 2009

Pendant l’écriture d’un nouveau spectacle…

Quand je suis en train d’écrire un nouveau spectacle, je semble souvent ailleurs pour mon entourage.

La moindre seconde de libre et je plonge dans l’univers que je viens d’imaginer même si je ne sais pas encore s’il sera conservé ou abandonné définitivement.

Je me passe le film que j’ai imaginé des dizaines de fois avant de me dire: c’est prêt !

Quand je parle de « film », je veux préciser que je ne filme rien au premier degré : tout est en moi. Comment sais-je si je dois conserver telle ou telle version ? Pas de réponse toute faite à cette question. Je le sens, c’est tout. Cela devient incontournable. Je ne vois plus comment il en serait autrement. « À force d’à force », je le sais.P9193058

Dans ces moments-là, j’arrive à me retrouver un peu… Je veux dire : je redescends sur terre. Alors, je me sens prêt pour essayer devant de vraies personnes, ce que je rumine depuis des semaines, des mois, parfois.

En faisant en direct ce qui n’était que virtuel juste avant, je me rends compte de ce qui va, de ce qui va moins bien et de ce qui ne colle pas du tout !!!

J’enlève, rajoute, taille dans le gras où je ressens une erreur qui me semble funeste.

Parfois je dois tout réécrire. Parfois tout s’imbrique du premier coup.

Toute cette période est assez jouissive et en même temps assez épuisante nerveusement. J’aime tout faire travailler en moi le plus possible.

Je suis tellement heureux de voir à quel point le public répond présent que cela me donne des ailes pour tenter plus et toujours plus.

 


Mai 04 2009

QUEL MAGICIEN SOMMEILLE EN VOUS ?

 

Vous devez être plusieurs magiciens en un.

Il est dommage de constater souvent que le magicien qui fait du close up de table en table est très différent du magicien créatif qui n’arrête pas de chercher à faire toujours mieux.

De même, il est dommage de constater que la plupart du temps le magicien amateur qui a l’habitude de faire sans cesse des tours différents pour un même public (sa famille) n’est pas un magicien « abouti » car les tours demanderaient plus d’entraînement.

Il ne travaille pas dans ce sens car son intérêt n’est pas de se dépasser mais simplement de faire des tours variés à ses proches.

 

Mes différentes activités magiques m’ont conduit à faire toutes les magies possibles. Pour des cibles différentes. J’aime tant la magie que je crois qu’elles sont toutes valables. J’avais beaucoup à réaliser avec le close-up… alors je n’ai travaillé longtemps que sur le close-up, et le temps passant j’ai senti possible de pratiquer la magie de salon qui me faisait envie depuis de longues années.

 

J’ai personnellement mis au point un certain nombre de routines pour toutes les occasions de la vie d’un magicien. Que ce soit dans un train (une personne en face de soi ou plusieurs mais avec vue plongeante du public), en condition de cocktail (public debout comme le magicien), sur un zinc dans un café (où la vision est plus haute, avec des angles particuliers si le comptoir est comme souvent plus haut qu’une table)… j’en passe et des meilleures qui forment toute la diversité de nos prestations.

On devra en outre considérer que l’objet usuel ou apparenté (on peut porter des objets usuels truqués ou préparés pour pouvoir les échanger contre ceux prêtés par le public du moment) doit le plus souvent possible être emprunté pour nos routines. En effet, il est pour le moins bizarre d’avoir son jeu de cartes pour faire un tour… il est plus fort d’emprunter une montre, une pièce de monnaie et réaliser un miracle avec l’objet du spectateur qu’il possède, lui.

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Toute ma vie, j’ai tenté de m’inspirer de ceux qui m’ont influencé, bouleversé en magie et dans l’art sous toutes ses formes.

Toute ma vie j’ai essayé de considérer que les anciens n’étaient pas venus sur cette terre que pour quelques années mais pour une forme « d’éternité ».

J’ai poursuivi cette route, du mieux que je l’ai pu.

Toute ma vie j’ai pensé et cru dur comme fer que rien n’était impossible, que tout pouvait se réaliser, si on y croit soi-même sérieusement.

Si je peux aider des magiciens à le croire vraiment, j’aurai réussi le pari le plus fou qui soit : tuer les convictions toutes faites et croire que tout reste à trouver toujours… à l’infini.

–          On peut croire impossible de faire un one man show qui dure 1h30mn ? J’en ai fait deux nouveaux le même soir !!!

–          On peut penser qu’un spectacle bien construit prend une vie entière ? J’en ai écrit une douzaine en 20 ans !!!

–          On peut croire qu’en faisant plusieurs spectacles différents la même semaine, on risque de s’emmêler les crayons en donnant des répliques ou des mouvements d’un tour pour un autre ? Cela ne m’est jamais arrivé !!!

Je pourrais agrandir cette liste de quelques pages encore… tout cela pour dire que tout est possible.

Vraiment possible.

Je ne suis pas fabriqué différemment de vous.

Je suis un homme ordinaire qui croit qu’on peut, avec du travail, réaliser des choses extraordinaires.

Notre rôle de magicien n’est-il pas de créer des choses extraordinaires ?

Alors créons ces « choses extraordinaires » et arrêtons de croire que nous ne le pouvons pas.

 


Avr 27 2009

« J’espère que tu resteras en équilibre entre la résignation et l’impertinence. »

Un jour, un ami me fit cadeau de cette phrase.

Aujourd’hui, c’est à vous que je transmets ces mots. 

C’est un trésor… ces mots.

Dans notre recherche solitaire (magique ou autre), nous avons parfois besoin de béquilles, de stimulants, ou bien d’éléments méditatifs.

La magie est un univers impitoyable où il nous faut beaucoup de courage pour affronter les manifestations violentes d’ego en tout genre. 

Il arrive souvent que des confrères, des afficionados ou des clients, me demandent comment je peux trouver la force de continuer à travailler et progresser dans cette jungle en effervescence permanente.

Des sentences comme celle-ci me font l’effet d’une pommade pour le cœur.

Ne lâchez pas vos rêves en cours de route. Rendez-les concrets, vivants et le plus ressemblants possibles à ceux du départ !

A la prochaine !

Dominique.

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Avr 20 2009

L’IMAGINATION AU POUVOIR …

N’avez-vous jamais pensé que le spectateur n’avait pas d’imagination ?

Cela paraît incroyable, mais trou(*)!

Tenez, imaginez… heu ! non, plutôt demandez à un spectateur quel effet il aimerait voir ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

Conscient de cet état de fait, vous allez pouvoir tirer partie de cette incompétence.

Par exemple, en proposant au public un texte ou un effet de cette façon :

«Vous saviez certainement que Robert-Houdin, très célèbre magicien, avait coutume de dire ceci ou de faire cela…»

Faute de connaissance, le spectateur acquiescera, tout content du savoir qu’on lui prête !

En effet, notre travail consiste à lui prouver à mi-mot que nous possédons des connaissances et des techniques qui vont le mettre en valeur, lui !

Plus nous irons dans ce sens et plus nos tours seront appréciés.

Un autre exemple : si vous avez décidé de faire une démonstration de tricherie, commencez par apprendre réellement les règles du jeu en question. Pour le vrai joueur, vous serez crédible et pour le profane, vous serez un expert. C’est une évidence et pourtant, je connais beaucoup de magiciens qui confondent encore un brelan et une quinte ! C’est full, non ?

 

(*) Traduction de l’anglais «But true!»


Avr 13 2009

DEMYSTIFIER POUR MIEUX MYSTIFIER

 

APPROCHE SECONDAIRE… TERTIAIRE… VOIRE  PRIMAIRE…

Pour persuader un spectateur que nous sommes de bonne foi alors qu’il arrive que non (!), il faut savoir se “ renouveler ” en permanence pour prouver et reprouver, voire « surprouver » que ce qui se déroule est clair, sans bavure. Que rien ne prête à confusion.

Par exemple, parlons de La Carte à

la Poche. Ma

version, bien entendu, mais ce peut être toute version de carte (s) choisie (s) qui se retrouve(nt) en poche, à la fin de la routine.

 

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Stade primaire :

            Vous donnez à examiner un jeu de cartes, vous le faites mélanger, faites vous-même choisir une carte, la faites replacer dans le jeu, faites remélanger les cartes par le spectateur pendant que vous effectuez un empalmage et faites sortir la carte choisie de votre poche : vous venez d’appliquer une méthode primaire.

Par contre, si vous donnez le jeu à examiner de fond en comble avant de commencer, que vous faites sortir la carte choisie par le spectateur lui-même, vous passez à un stade supérieur.

                       

 Stade secondaire :

            Jeu mélangé et examiné par le spectateur. Choix libre du spectateur dans le jeu que le magicien lui tend ou dont il s’empare comme un grand ! Nous en sommes toujours au stade primaire pour l’instant. Vous expliquez que sa carte va passer dans quelques instants dans

la poche. Vous

faites replacer la carte dans le jeu. Vous lui tendez le jeu et montrez vos mains vides. Vous entrez dans votre poche et extrayez  la carte choisie !!! Le fait de montrer les mains vides et le fait de dire avant ce qu’il va se passer après, nous fait entrer “ dans l’idée qu’on coupe les herbes sous le pied de l’adversaire ”. Plus on coupe les possibilités de compréhension, plus on grimpe vers un stade évolué. C’est ainsi que la conception d’une routine même simple peut ne pas être « comprise » par un magicien ordinaire. L’approche technique, verbale et la mise en scène changent la force de l’impact.

 

Stade Tertiaire :

            Jeu ordinaire. Mélangé. Choix libre. Carte replacée par le spectateur. Eventuellement, « re-mélange » du jeu par le spectateur. Mains vides du magicien. Une va à

la poche. On

extrait un dos de sa poche : c’est la carte du spectateur. Il s’agit là de tout ce qui a été dit concernant les deux stades précédents. Si l’on ajoute un examen de la poche avant de commencer et après avoir terminé la révélation de la carte choisie, mais aussi un examen du jeu juste après la révélation et surtout la signature au départ de la carte choisie, alors nous sommes en présence d’un stade tertiaire !


Avr 06 2009

LA MOBILITE DE PERSUASION

 Cette expression veut dire pour moi que, sans cesser, au propre comme au figuré, de prouver qu’il n’y a « pas de lézard » dans le déroulement de votre tour, le fait de continuer de donner des preuves est indispensable.

En effet,  prouver à tout moment au premier ou au second degré, voire au troisième degré que tout est clair, est encore plus subtil.

Cette « mobilité » nous apporte une dimension « non dite » qui permettra de faire avaler plus de couleuvres qu’à l’accoutumée… ce qui part d’un mauvais sentiment tel(s) que je les aime !

 

Il nous faut savoir qu’un spectateur, même après avoir examiné un jeu de cartes de fond en comble, pensera toujours : “ Apparemment tout est normal ”.

Ce qui veut dire qu’il ne le croit pas. Il nous importune, il fatigue son monde. Il nous fait …

Notre art n’est pas de lui faire croire le contraire complètement, mais de l’amener à la conclusion qu’il n’y pas de raison vraie ou fausse de se méfier de nous.

Si vous méditez cette phrase, vous verrez que ce n’est pas la même chose de persuader un spectateur qu’il n’y a pas de truc et de lui prouver qu’il n’y a pas pu y avoir de truc !

 

Pour ma part, je travaille pour la deuxième solution depuis le début de ma vie de magicien.

Démystifier pour mieux mystifier.

Selon comment on gère ces deux termes dans cet ordre ou à l’inverse, nous aurons beaucoup de difficultés pour résoudre le « puzzle », ou peu.

Cette approche étant théorique, même si je l’utilise toujours en pratique, il vous faut comprendre ce que je veux dire entre les lignes.

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Analysons par exemple un tour comme le « Chop Cup ».

Lors du déroulement, tout est donné à examiner (en fait, c’est faux, puisque le sac possède une balle secrète).

Le nombre d’objets insolites, la liberté de choix… tout cela contribue à nous faire passer du stade primaire au stade secondaire dont je parle plus haut.

En effet, c’est nous qui menons le jeu : on le crée de toutes pièces. On promène le spectateur comme on le désire et hop ! On peut charger la balle truquée à la place de l’ordinaire…

Ici, c’est le scénario qui nous procure la « mobilité de persuasion » : il nous offre un temps d’avance.

En vérité, nous avons même plusieurs temps d’avance grâce au texte, à la balle dans le sac, la balle dans la poche etc.

Mais, attention,  il ne faut pas confondre temps d’avance et stades primaire, secondaire et tertiaire…. Par exemple dans ce tour, dès le premier effet, vous en êtes déjà au stade tertiaire : déjà, à ce stade, rien n’est plus possible à comprendre.

Dans cette routine, même un magicien « expert », qui la voit pour la première fois, ne peut en reproduire les moments importants.

Les points cruciaux sortiront de sa mémoire car la structure est faite pour le contrarier inconsciemment.

Si le tour était fait d’une manière primaire, un expert pourrait reproduire le tour seulement en l’ayant vu une seule fois !!!

En d’autres termes, si vous considérez cette routine d’un point de vue extérieur, elle est bonne, mais sans plus.  Mais si vous en travaillez toutes les subtilités intérieures, elle devient une routine assez complexe qui “ nourrit ” complètement l’auditoire.

 

L’idée de cet essai est de vous donner envie d’approfondir un tour ou un principe en considérant toujours les preuves qu’il nous faut créer pour obtenir un résultat maximum.

Donner à examiner avant, pendant et après (avec 1000 stratagèmes différents), est une clé importante.

Bien sûr que trop donner à examiner n’est pas bon.

C’est pourquoi il faut bien choisir les tours de début, de milieu et de fin dans votre show et y insérer un tour ou deux sans examen pour obtenir un ensemble équilibré au niveau impact technique et mise en scène.

 Si vous avez vraiment persuadé le public (magicien ou non) que vos objets sont ordinaires et que ce qui vient de se passer est impossible, même si le tour suivant nécessite un jeu biseauté, un expert pourra s’y faire prendre !

L’alchimie une fois respectée, tout est permis !

Sympa, non ?