Déc 17 2012

Acteur / comédien : un mélange subtil

Nathanaël Maillard : “Vous avez souvent fait le parallèle entre votre façon de jouer vos spectacles en acteur et le jeu des Gabin-Ventura… Et vous dites donc à juste titre que vous incarnez un personnage et que vous ne parlez finalement pas de vous. Cependant, vous ne mentez pas tant que ça, puisque vous êtes acteur, notamment avec les objets que vous présentez qui vous ont réellement été légués par vos maîtres ou qui sont réellement des pièces rares (gobelets de J. Paul, le gobelet en bois plein, certains jeux de cartes…). Cela ne vous aide-t-il pas à rester un acteur et à ne pas devenir un comédien, si tant est que vous l’évitez ? »

J’aime de toute façon mélanger les deux états. Comédien/acteur. J’aime jouer avec le vrai et la fiction : j’aime que les deux notions s’imbriquent le plus possible l’une dans l’autre et que le spectateur ne puisse plus distinguer la frontière. Cela étant dit, pour que mon personnage soit crédible, je fais en sorte de me sentir le mieux possible dans le rôle que je m’écris, donc d’être au plus proche de ma propre personne, autrement dit d’être plutôt « acteur » que « comédien ». Mais si, pour les besoins de mon scénario, je dois jouer plus la comédie, voire créer un personnage complet, je n’hésite pas. Disons simplement que je me sens plus à l’aise dans un rôle d’acteur, que de comédien. C’est plus sécurisant pour moi.

Tu as raison de parler de mes objets, qui font partie intégrante de mes personnages de scène. J’aime dénicher des objets que je côtoie dans ma vie de tous les jours et leur donner une raison de jouer avec moi sur scène. J’aime pouvoir prolonger ma vie ordinaire avec ma vie extraordinaire, sur scène. J’aime pouvoir ne plus trop savoir moi-même qu’est-ce qui est joué et qu’est-ce qui est une tranche de ma vraie vie. Par ailleurs plus le vrai se mélange à la fiction du récit -à l’aide par exemple d’objets qui appuient ma narration- plus mon jeu sera perçu comme authentique et plus je pourrai faire « décoller » mes spectateurs avec moi. C’est ma façon de voir les choses.


Déc 10 2012

Le CIFFAM : une expérience quasi mystique…

Il y a bientôt un mois, j’étais à Mâcon pour quelques jours de Master Class. D’un côté des stagiaires/passionnés/professionnels/amateurs éclairés et de l’autre quatre Masters : voici la règle du jeu mise en place par Stefan Leyshon et Katell Sevestre, les organisateurs du CIFAMM (Centre International de Formation aux Arts Magiques de Mâcon).
Max Maven, Paul Daniels, Jos Houben, Dominique Duvivier

La cuvée des Masters 2012 pour le CIFAMM était : Paul Daniels, Jos Houben, Max Maven et votre serviteur, Gaëtan Bloom étant venu pour le plaisir cette fois (ayant participé comme Master pour les deux années précédentes).

De l’expérience est demandée pour les Masters et de l’assiduité pour les membres de cette sorte de « confrérie » improvisée, dans un espace-temps qui ne dure que quatre jours… ou toute une vie !?

Une ambiance vraiment particulière se crée dans cet endroit, qui pourtant pourrait se trouver un peu n’importe où dans le monde, car c’est bien la « formule magique » de Stefan et Katell qui fabrique cela : on réunit des gens passionnés, avec comme simple mot d’ordre : l’échange. Et ça donne la magie du CIFAMM.

Ça m’a rappelé un peu le « Mayette Days » qu’on avait organisé avec mon équipe en 1995 et c’est bon signe ! Tiens, d’ailleurs, il y avait Bloom et Maven présents pour cet événement, tout comme au CIFAMM de cette année… coïncidence ?!

Autant vous dire que le rythme était soutenu pour ces quatre jours d’étude à  Mâcon… un rythme quasi capucin/trappiste/bénédictin ! On était sur le pont dès 8 heures du matin et on finissait vers 1h ou 2 du matin de la même journée et cela chaque jour. Magie, magie, magie… Un sacerdoce en fait ! On était tous un peu fous et ça fait du bien.

La bouffe, plus qu’approximative à base de canard à chaque repas, entrecoupé de terrine de volaille/poisson/légumes semblait un peu nous transporter dans l’univers des hôpitaux réputés pour ses bons petits plats… Hé hé hé… Enfin, bon, c’était peut-être histoire de se concentrer davantage sur le travail !!! C’est sûr que, grâce à la bouffe, on ne pouvait QUE se réjouir de se remettre vite à la magie ! Lol.

Mais l’alchimie a pris des proportions incroyables. Je me demande si Katell et Stefan se sont rendus compte de ce qu’ils étaient en train de créer…

Si des lecteurs présents à cette manifestation veulent prendre le relais ce serait top, et ensuite on continuera d’échanger sur le sujet ?!

Découvrez plus de photos en cliquant sur cet album : https://picasaweb.google.com/lh/sredir?uname=100771527964695856948&target=ALBUM&id=5813420438889100769&authkey=Gv1sRgCJnv1az6g-GKbw&feat=email


Déc 10 2012

Créations et autres infos pêle-mêle…

Le hasard, c’est moi

Comme on me le demande souvent, sachez que je n’ai pas l’intention de publier les explications de mon spectacle : « Le hasard, c’est moi ». Je changerai peut-être d’avis un jour, mais en attendant, non !

 

Le tour « La fausse corde »

Paul Geppeler m’a demandé récemment si j’allais à nouveau présenter le tour que j’intitule « La fausse corde », que j’interprète de temps à autre dans mes spectacles. Pas pour le moment, pas de prévision dans ce sens. Je n’ai pas l’intention de le publier non plus, car il n’est pas de moi. Pour rappel, il s’agit de ce tour gag où je commence par montrer une corde normale, puis une autre corde déjà toute coupée, puis une dont les bouts sont déjà tous noués les uns aux autres et enfin… magie : je montre une dernière corde « à nouveau » normale ! Une corde coupée/raccommodée parfaitement absurde : j’adore faire ce tour en intro, ça installe tout de suite cette ambiance décalée que j’affectionne. Pas d’effet magique au premier degré, mais le ton est donné ! C’est dans les mains de Juan Tamariz que j’avais vu ce tour la première fois et j’avais tellement aimé que je lui avais demandé la permission de le faire aussi. Ce à quoi il m’avait répondu : « Bien sûr, puisqu’il n’est pas de moi ! ». Lol. J’ai donc mis le sketch à ma sauce, avec quelques ajouts et modifications, et je m’en sers encore aujourd’hui. Au Magic Castle à Los Angeles en 1999, j’ai appris que la base serait en fait due à Billy Mc Comb, mais je n’en ai pas eu la confirmation de source sûre.

 

5000 tours créés

A la question habituelle : « combien de tours avez-vous créés ? ». Je réponds maintenant toujours : 5000. Mais il est clair que j’en ai inventés beaucoup plus. Simplement, en voyant le malaise voire le tollé que ce nombre de 5000 provoque chez certains, j’en reste là « officiellement », histoire de préserver le pauvre cœur de mes taquins favoris. Cela étant dit, voici toute la vérité : j’invente des tours depuis 1972, en moyenne une dizaine par semaine. Bien sûr il y a beaucoup de chutes, de tours que j’abandonne car ils ne tiennent finalement pas la route. Bien sûr il y a toujours 10 ou 20 versions d’une même idée qui me poursuit à travers les années et je ne compte pas que la dernière version qui semble être la meilleure à ce jour ! Dans les 10 premières années, j’inventais même beaucoup plus que 10 tours par semaine, mais bon an mal an restons sur un chiffre moyen et ultra raisonnable qui serait de 3 tours oblitérés par semaine. Comme je n’ai jamais eu de période d’abstinence créatrice ou de « gavage » mental depuis 1972, on peut partir sur une base de 40 années de créations. Et si l’on part sur une base de 50 semaines par an (pour faire plaisir à ceux qui ont envie de croire que j’arrête pendant de longues périodes de vacances… alors que je bosse 365 jours par an, ben oui j’aime travailler !), cela ferait 40 ans x 50 semaines x 3 tours en moyenne par semaine = 6000 tours… Vous voyez ce que je veux dire… Voilà encore du grain à moudre pour ceux qui croient ou veulent faire croire que je n’ai jamais rien inventé du tout !

 

Les tableaux magiques

On me demande souvent si je vais ressortir une des versions de mon tour appelé « Les tableaux magiques ». Pour rappel il y a eu deux versions commercialisées : une version classique, mais examinable, avec des flaps spéciaux aimantés, présentant une jeune femme sur une des ardoises, puis la dame de cœur comme climax. Et la dernière version vendue où je parlais d’Albert Einstein et où on voyait successivement un visuel avec des chiffres partout qui se distortionnaient pour devenir une bouteille de Coca Cola, puis une partition musicale, puis les Tables de la Loi…

Actuellement je travaille sur une nouvelle version depuis quelques mois, mais pas de commercialisation prévue pour cette nouvelle routine. Trop cher à fabriquer en série. Je continue de chercher une solution plus viable. Je devrais montrer l’effet de cette nouvelle mouture bientôt dans un nouveau spectacle au Double Fond…


Déc 10 2012

La Duvivier Coin Box

Voici deux petites questions qu’on m’a posées il y a fort longtemps déjà et auxquelles j’avais répondu… mais Adeline avait oublié de les publier ! Je ne lui en veux pas (j’espère comme vous) car elle fait beaucoup pour ce blog en s’occupant tout le temps de sa mise à jour… ou presque !  ; )

Alors oublions ce petit impair et voici mes réponses… oubliées mais retrouvées !

Pourquoi avez-vous attendu si longtemps avant d’en refabriquer ?

Le temps passe tellement vite ! J’ai publié ma première « Duvivier Coin Box » en 1992. La fabrication de l’époque me convenait bien, mais comme souvent on a dû malheureusement changer de fournisseur et, comme souvent aussi, le nouveau ne pouvait plus donner la qualité que je voulais… La « chasse » aux fournisseurs en magie est toujours une véritable aventure ! Je pense que vous pouvez difficilement imaginer à quel point !! C’est ainsi, qu’avant de retrouver « chaussure à mon pied », les années ont filé à vitesse grand V. J’ai eu tellement de demandes, les clients ont tellement insisté pour que le produit ressorte, que nous avons mis les bouchées doubles pour trouver un nouveau fabricant correct. Et nous avons trouvé !

 

Comment avez-vous trouvé la personne qui vous l’a fabriqué ?

C’est une rencontre qui a déclenché notre envie de travailler ensemble. Je trouve que c’est actuellement le meilleur fabricant de pièces du monde en série : il s’agit de TANGO et j’en suis très content, j’espère que les clients le sont aussi !


Déc 03 2012

Magiphageuh n°31 : « Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, L’Amour Fou », le film-documentaire

Le choc ! Le poids des mots, le choc des photos comme on entend souvent… C’est un peu l’idée de ce qu’on peut éprouver avec ce film assez incroyable de Pierre Thorreton.

Un film qui retrace la vie de deux passionnés chacun dans leur domaine, réunis par leur amour de l’art, des belles choses, de la culture… Mais pas n’importe quelle culture. Celle qui mériterait un grand C, celle qu’on cherche avant de l’abandonner souvent, faute de temps. Ce film vous redonne le goût, l’envie de connaître, de découvrir, d’innover. Il vous rend un peu meilleur. Il vous redonne la fraîcheur d’aimer, de partager… Pendant 1h30, vous baignez dans le Beau et ça fait du bien. Vous sortez grandi par la folie de ces deux hommes qui sont allés au bout de leur passion pour l’Art, à un point inimaginable. A la fin de la projection d’un film de cette trempe, vous n’avez qu’une envie, comme moi aujourd’hui : vous voulez envoyer vos amis le voir ! Quelle pêche ça vous redonne ! A votre tour, vous avez envie de créer quel que soit votre domaine de prédilection. C’est la magie du cinéma, la magie de la vie ! Moi, mon truc, c’est la magie, alors ça m’a redonné des ailes pour vous séduire, vous mon cher public, avec de nouvelles histoires, de nouveaux tours… Et peut-être qu’à ma façon, je vous donnerai l’envie de découvrir l’univers de Bergé et Saint Laurent, une histoire d’amour magnifique entre deux êtres hors normes ! C’est un peu comme cela que ça fonctionne. On prend et on redonne. On digère et on s’inspire. Et si c’était ça la création, la vraie ?


Nov 26 2012

Magicien acteur ou comédien ?

Je ne prétends pas répondre à cette question de manière exhaustive. Je vais juste vous parler de mon expérience.

Personnellement je pratique la comédie « façon Ventura », si je puis m’exprimer ainsi… Je ne compose pas de personnages, je joue des fictions qui correspondent à ma propre nature. Autrement dit je ne suis pas comme Robin Williams qui sait jouer de véritables rôles de composition, opposés à sa nature visible pour prendre des mots simples ! Donc votre serviteur (MOI pour parler comme Delon un instant !) joue des rôles qu’il s’est écrit lui-même mais qui ne correspondent pas à sa propre vie. En d’autres termes, quand j’écris mes scénarii, j’invente l’histoire d’un mec proche de ma personnalité et ce même mec devient récurrent à travers mes différents spectacles : il me suit de rôles en rôles. Avec lui, j’arrive à jouer tout ce dont j’ai besoin pour pouvoir arriver aux fins du personnage que j’incarne (et j’ajoute : j’arrive souvent grâce à lui à me sortir d’embarras scénaristiques ou magiques). C’est ainsi que, contrairement à ce que certains croient, je ne parle pas de moi dans mes spectacles. Je joue la comédie, mais il se trouve que je suis un acteur et pas un comédien. Vous voyez ? Un acteur joue des rôles de fiction en restant ce qu’il est de toute façon, tandis qu’un comédien joue des rôles de composition qui peuvent être opposés à ce qu’il est dans la vie ou à ce qu’on se figure qu’il est. Par exemple le franc-parler que j’adopte sur scène est sensiblement le même que j’ai dans la vie. D’ailleurs, je vous parle sans jouer un personnage pour le moment et vous pouvez constater (si vous m’avez vu jouer) que je m’exprime comme si j’étais sur scène ! Du coup certains penseront  que je triche tout le temps… NON. Je suis  le même, que je joue un personnage ou non. Simplement, si je suis en train de faire un tour, c’est une fiction que je joue. Sinon vous pouvez savoir que je vous parle normalement. Hop ! La distinction peut paraître anodine et pourtant elle est essentielle. A méditer !


Nov 26 2012

La magie, une passion trop dévorante ?

La magie, comme n’importe quelle passion, peut facilement nous dévorer. Mais il ne faut pas avoir peur d’être la proie de notre passion. Je dirais même que le souci vient justement souvent de là. Les gens ont trop peur de se donner, de perdre pied en quelque sorte, alors que la passion n’est pas « vivable » autrement, si je puis dire ! A la suite d’un de mes spectacles, un client me demandait hier si je continuais de m’entraîner toujours pour obtenir ce « niveau » (c’est son affirmation et son jugement de valeur). Ma réponse fut en résumé : la magie est un vrai sacerdoce. Par exemple, pour jouer un spectacle au Double Fond à 21h, je viens toujours sur place vers 16h30/17h pour répéter entièrement le spectacle. Sinon je n’obtiens pas le maximum. Les centaines de mouvements, le texte, la mise en scène… Tout doit retrouver sa place pour le soir et c’est uniquement à ce prix que ce que vous voyez ensuite fonctionne ! Autre exemple : j’ai arrêté de pratiquer plus d’un sport pour conserver le « toucher » : j’ai dû choisir des disciplines qui ne sont pas trop risquées pour la magie. C’est à cause de cela que j’ai pris du poids ! (je plaisante un peu mais pas complètement.) Un sacerdoce, je vous dis !


Nov 19 2012

Ni oui, ni non

Tout le monde connaît ce jeu où il ne faut jamais dire « oui » ou « non ».

La plupart d’entre nous succombent sous le flot incessant de questions pressantes qui nous amènent à dire « oui » ou « non » : nous sommes emportés par le tourbillon des paroles et des questions…

En fait si nous nous laissons aller rapidement, cédant à l’interdit, c’est que l’axe des questions posées est souvent très ciblé : on nous demande de parler de soi, de choses personnelles…

Notre ego étant sollicité, nous entrons dans notre vie intime et immédiatement nous devenons fragiles, inconscients de la formulation de nos réponses et hop : « oui » ou « non » s’échappe de notre bouche… Et nous nous réveillons très vite de notre torpeur, tout bêtes d’avoir si vite « craqué » avec ce jeu qui semblait facile à dominer !

 

En partant du principe de ce jeu, on peut imaginer une structure analogue pour arriver à ses fins lorsqu’on essaie d’amener notre spectateur à dire quelque chose de précis, lors d’une prestation magique.

Pour cela partons déjà d’un postulat essentiel : travaillons sur l’impact d’un tour pour espérer le faire entrer dans la case « miracle » plutôt que dans la case « tour-de-magie-comme-mon-frère-me-l’a-fait-y’a-pas-si-longtemps » !

Faisons entrer notre spectateur dans le monde de ce qu’il ressent, qui l’aide à vivre… Pénétrons dans ses repères, en quelque sorte !

 

Ce qui différencie ma pensée ici par rapport à d’autres essais que j’ai tentés, au gré de mes réflexions habituelles (souvent tournées vers la recherche, la créativité, l’invention…), c’est la recherche des points d’ancrage qu’en tant que magicien il faut apprendre à analyser chez nos spectateurs, afin de « prendre la main » doucement sur eux. En effet, nous allons pouvoir nous octroyer ses actions dès lors qu’il aura  succombé au « ni-oui-ni-non-nouvelle-formule », si je puis l’intituler d’une manière aussi cavalière !

 

Prenons un exemple pour rendre les choses plus claires et plus concrètes.

Je propose des spectacles de magie de close up depuis l’ouverture du Double Fond en 1988. J’ai dû créer une vingtaine de spectacles différents d’une heure et demie, notamment la série des « Intimistes » (dont deux volets sont sortis en DVD). Dans ces spectacles, j’ai pris une habitude depuis quelques années qui consiste, pour la bienséance et l’éducation telles que je les considère, à demander aux deux spectatrices que je place à mes côtés pendant toute la durée du show, s’il n’est pas ennuyeux pour elles de se trouver sous les feux de la rampe, si près de moi.

Jamais je n’ai essuyé de refus en procédant de cette façon.

Pour quelques spectacles j’ai dû demander même à ces deux charmantes spectatrices de changer de prénom (il faut savoir que je suis incapable de me souvenir de prénoms nouveaux !). Afin d’obtenir leur consentement de façon systématique, j’ai inventé un stratagème, immonde ( !) mais très crédible, qui entre dans le champ de notre discussion sur ce principe du ni « oui » ni « non »… En effet, je leur explique avant même le début du show que je souhaite, dans ce spectacle, rendre un hommage  à un grand magicien disparu. Je vais évoquer une soirée mémorable à laquelle j’ai assisté avec ce magicien et, pour le faire du mieux possible, je vais reprendre les prénoms des personnes qui étaient présentes à ce soir-là. Ainsi mes deux spectatrices rentrent dans mon histoire : elles sont impressionnées, conditionnées pour la  suite et moi je n’aurai pas à me souvenir de leurs prénoms pendant le spectacle ! Le show démarre avant l’heure sur les « chapeaux de roues », si je puis dire !

Le spectateur « prévenu » est toujours prêt à rendre service et ira au devant de beaucoup de nos desiderata. Bonne nouvelle, non ?

 

Nous avons fait appel, sans nommer la chose auparavant, à des « moteurs intérieurs » profonds, comme dans le célèbre jeu du ni « oui » ni « non ».

 

Nous venons de démontrer qu’avec un peu de psychologie et d’astuces, nous pouvons obtenir de la part des spectateurs des participations systématiques.

Mais comment conditionner le public plus avant ?

 

Le concept du  ni « oui » ni « non » se base schématiquement sur trois choses :

  • L’inconscient collectif (sujet déjà traité par mes soins dans différents essais)
  • Le détournement d’attention verbal (nous allons y revenir un peu plus bas)
  • L’envie de se détacher d’un « souci qui en colle un autre » dont nous allons parler tout de suite…

 

On cherche à ne pas dire « oui » ou « non », c’est la règle du jeu. Donc on se concentre pour ne pas parler sans réfléchir. On tente de répondre à des questions qui nous touchent en se comportant le plus normalement possible (c’est-à-dire honnêtement) tout en ne disant pas des mots forts, « irremplaçables » même, pour y répondre. Le parcours devient, au fil des secondes qui s’égrènent, intolérable ou presque…

Pour se détacher de ce problème (ne pas utiliser les mots « oui » ou « non »), nous allons nous sentir « intelligents » en utilisant des mots de substitution : « Parfois », « Cela m’arrive », « De temps en temps »…

Plus on va se concentrer sur des mots de ce genre pour ne pas dire les mots interdits, moins nous allons pouvoir être concentrés sur les réponses que nous apportons sur des choses que nous qualifions  d’importantes dans notre vie.

Réfléchissez et vous remarquerez que nous sommes incapables ou presque de ne pas dire la vérité quand il s’agit de parler de nos goûts et de nos couleurs… Avec vos frites, c’est plutôt moutarde ou ketchup ?!

Tous ces détournements vont nous précipiter dans l’erreur assez rapidement : nous allons nous «embarquer » et tout l’art consiste dans notre sujet, à amener le spectateur à venir précisément où nous voulons qu’il vienne.

 

Revenons maintenant à l’analyse du concept du détournement d’attention verbal.

 

On peut croire que le détournement d’attention ne peut être que visuel. On pense vite que l’attention est l’affaire des yeux. Grossière erreur, ai-je envie  d’asséner pour faire une phrase choc !

J’ajouterais même que le détournement verbal est plus astucieux que le détournement visuel qui avait pris son envol, si je puis dire, avec le fameux « Regardez le bateau, là-haut ! », en levant la main vers le ciel !

Nous sommes loin de cela ici.

Pour parler plus avant, on dit, dans un registre qui semble éloigné : « Ventre vide n’a pas d’oreille ». On sous-entend que, tout en nous voyant, le spectateur qui n’a pas encore mangé et qui voit son plat tout chaud sous le nez, ne peut fixer son attention car il ne pense qu’à se remplir la panse !

Dans ces instants-là, il a beau essayer de regarder ce qu’il se passe, il ne voit pas vraiment : il ne peut fixer son attention. Il redevient une bête affamée, un homme préhistorique quasiment !

Je grossis le trait pour faire comprendre l’idée… Vous l’aviez compris j’imagine, non ?

Je plaisante mais tout juste car « l’homo-sapiens-nécessiteux-de-bouffe » est devenu entre temps un automobiliste pressé… vous imaginez ce que cela représente ?

 

Il est bon de rire mais restons fidèles à notre thème du moment !

 

 Si on accepte le fait que l’homme est victime de ses sentiments autant que de son besoin de se nourrir, nous allons pouvoir accéder à de grandes choses ensemble, dès tout de suite !

 

On soupçonne à peine le pouvoir imaginatif d’un spectateur : il est capable de croire à des choses totalement hallucinantes ! Il peut  « entrer » littéralement dans une suggestion, comme s’il y était !

Petit exemple (vécu !) :

On met une pièce de monnaie dans la main du spectateur. Celui-ci doit fermer la main, c’est ce qu’on lui demande, bordel ! Il s’exécute. On lui dit alors qu’on va faire voyager une autre pièce de différente valeur, différente couleur et de taille différente dans sa main. Il voit clairement cette seconde pièce en question. On lui dit de ne surtout pas ouvrir la main et on lui explique que pourtant la transposition va s’opérer. Dès cet instant particulier qu’on vient de créer, on peut effectuer un échange de pièce pourri ( !) digne du pire débutant-moyen-en-magie-qui-se-la-pète-grave-et-qui-ne-doute-de-rien (comme tous ces nuls en herbe qui en arrivent au point de se croire la nouvelle-merveille-de-l’univers-en-général-et-en-pièces-en-particulier) !

Pour résumer : notre échange peut se voir, s’entendre surtout et le reste du monde peut nous voir à une seconde de pondre un œuf tant notre naturel en a pris un sérieux coup : pas de problème ! Le spectateur qui se concentre depuis quelques secondes pour ne pas ouvrir sa main, ne verrait même plus un homme malveillant lui ôter son pantalon, son slip, bref ce que vous voulez ! Sa mission est de ne pas ouvrir sa main. Il est focalisé là-dessus. RIEN ne peut l’en détourner. Intéressant, non ?

 

Ce mini exposé peut être déterminant pour vous.

Soit vous comprenez l’idée générale et vous êtes satisfaits.

Soit vous vous demandez jusqu’où ce concept fou peut aller et vous voulez en savoir plus…

A vous de voir !

 

Bises à tous mes lecteurs en tous cas.

 

Amitiés

 

Dominique Duvivier


Nov 12 2012

Mon carnet noir

Il y a quelques mois de ça, Julien Hermant est intervenu sur ce blog en disant : « Je viens de regarder le spectacle « Intimiste » pour la énième fois et je me suis demandé comment est-ce que vous organisiez votre carnet de notes. Qu’est-ce que vous y notez principalement ? ».

Comme il n’est pas le premier à me poser la question, je me suis dit qu’une réponse collective sur mon blog en intéresserait quelques-uns…

Depuis des décennies, j’écris dans mon carnet noir. J’en ai des centaines : des dizaines noircis de mon écriture et des dizaines immaculés qui m’attendent patiemment. J’ai fait en sorte qu’il m’en reste suffisamment pour terminer ma vie sans souci d’en manquer (comme pour les cartes Jerry’s Nugget). Il faut savoir que, de la même façon que pour mes chemises et mes pantalons, je suis attaché à un seul modèle très précis : j’aime avoir rigoureusement toujours le même support pour coucher sur le papier mes idées, mes listes, mes pense-bêtes… Je possède ce modèle de carnet depuis la fin des années 60, lorsque mon grand-père m’en fit le cadeau. J’aime le grammage et la couleur de son papier, son odeur (que je ressens comme un parfum spécial), ses petits carreaux, son élastique bien ajusté et sa belle couverture noire et brillante. Mon stylo fétiche (un Mont Blanc qui trône sur mon bureau) s’exprime délicatement sur ces carnets et se délecte des mots qu’il y dessine (il me l’a dit, c’est comme cela que je le sais) !

Mes carnets ont toujours beaucoup attisé la curiosité de mes confrères. Lorsque je suis en pleine session de magie avec eux, que je l’ouvre, que je le regarde furtivement en enchaînant immédiatement une heure de magie, il ne faut pas attendre longtemps avant que quelqu’un se lance : « Mais qu’est-ce que tu écris dans tes carnets ?? ». Lorsque j’avais une vingtaine d’années, Freddy Fah (encore lui) fut l’un des premiers à craquer : après plusieurs heures de magie sans m’arrêter et seulement quelques coups d’œil rapides dans mon carnet, il finit par me demander ce que je pouvais bien y lire ! Pourtant bien malheureux celui qui voudrait y puiser quelque secret ! Outre mon écriture assez illisible, ces carnets ne comportent même pas de routines complètes : ce sont souvent de simples noms que je donne à des tours, de principes… Ils sont mon pense-bête, mon « pense-moi » comme je dis dans certains de mes spectacles où ces carnets font partie de ma mise en scène. Personne n’a jamais l’air de me croire lorsque je dis qu’en lisant le simple titre d’un tour, je peux le refaire. Je sais que cela peut paraître fou, mais pourtant c’est vrai. Il faut croire que je suis un peu fou… ou juste très passionné ?! J’ai comme ça des listes et des listes de mots, de titres, d’idées qui, lorsque je les relis, provoquent une sorte de déclic qui me donne accès à mon « disque dur magique » pourrait-on dire. Parfois j’écris aussi les déroulés de mes spectacles (j’en ai toujours plusieurs en route), ou d’une soirée magique qui s’annonce avec des confrères, ou de mes conférences, etc. Et puis parfois encore j’aime y noter des idées de tours, de scénarios ou de mises en scène qui me viennent au débotté. Ces carnets sont ma mémoire littéralement et j’en ai toujours un sur moi au cas où ! De toute façon, je suis un malade du « cas où ». Mon sac, que je trimbale partout, est une vraie usine à gaz : il y a de quoi soutenir un siège magique au pied levé ! J’aime avoir tout ce qu’il faut à portée de main… et à portée de mémoire !

Voilà, vous savez tout… ou presque !


Nov 05 2012

Podcast « Et si c’était vrai ? » : émission n°8

Chers amis,

Et voici maintenant la 8ème émission de mon podcast !

Je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast directement par son RSS mais également sur iTunes : les personnes possédant des iPhones, iPod ou iPad peuvent donc s’abonner directement (et gratuitement) sur la plateforme d’Apple et disposeront ainsi automatiquement des prochains numéros.

C’est le moment de mettre le volume et… en route !

Pour écouter le podcast sur Itunes, cliquez ici !

Sinon, cliquez ci-dessous sur la barre d’écoute…

Bonne écoute à tous

Dominique DUVIVIER

 

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