Août 26 2013

Alexandra et Dominique Duvivier avec Yves Lecoq sur France 3


Août 26 2013

Alexandra Duvivier donne un cours de magie à Sébastien Folin sur France 3


Août 19 2013

Tout se joue avant 16 ans…

On ne cesse de lire partout que « Tout se joue avant 16 ans ». Comme si notre « carcasse » emmagasinait une fois pour toutes une bonne sommed’informations dans ses jeunes années et qu’ensuite, plus rien. Nada ! Le Désert de Gobi. C’est un peu fort, non ?

Le problème, c’est que cette théorie est soutenue par des personnages que je respecte au plus haut point (notamment Georges Simenon dans ses mémoires ou Jacques Brel dont j’écoutais une interview encore tout récemment). J’ai donc commencé à cogiter sur le sujet, en partant du principe qu’une idée, même si elle s’avère erronée, est toujours bonne à étudier…

Il est vrai qu’un être humain semble bien se construire – mentalement s’entend – de 0 à 16 ans. Un certain nombre de déclics, de hasards ( ?), de concours de circonstances jalonnent la vie des enfants et décident bien souvent de leur futur.

Moi, vers mes 16 ans...

Moi, vers mes 16 ans…

Moi ce fut notamment le camelot/magicien Renélys. J’étais un petit garçon et je l’ai croisé sur son stand qui se trouvait être juste en dessous de mes fenêtres pendant la Foire du Trône (cell-ci se déroulait à l’époque Cours de Vincennes où j’ai passé mon enfance). Ce vieux monsieur tant passionné… Comment pouvait-on être si pétillant et si vieux à la fois, ai-je dû me dire du haut de mes 8 ans !? Je passais des heures à le regarder et je le suivais partout où je le pouvais. Pour le petit bonhomme que je devenais, être fasciné à ce point par un homme plutôt âgé (à l’époque, à 60 ans, on était déjà considéré comme un vieillard) et qui travaillait dans la rue, ce n’était vraiment pas banal, voire plutôt mal vu ! Car, dans les années 50, travailler dehors, c’était presque faire l’aumône. Autant dire que mes parents étaient assez mitigés sur mon rapport avec ce vieil homme. Magicien certes, mais bon ! Ce n’était pas très valorisant de côtoyer cette personne qui risquait de mettre de mauvaises idées dans la tête du cher bambin que j’étais ! Déjà mauvais élève à l’école dans ces années (comme quoi les bonnes choses commencent très vite…), j’étais en train d’entrer dans un monde de saltimbanques et, pour mon père, c’était hors de question. Enfin bref, au grand dam de mon entourage, la magie seule m’intéressait et ce n’était que le début… Alors voilà, sans Renélys par exemple, qui a accompagné toute mon enfance, je ne serais pas celui que je suis devenu. Je me suis bel et bien construit de 0 à 16 ans, comme tout le monde.

Pourtant, on connait tous des exemples de personnes qui ont commencé à apprécier la magie bien après cette période incontournable et qui n’en sont pas moins passionnées ! Ce n’est donc pas si simple… Heureusement dirais-je !Cela me rappelle cette période de ma jeunesse (après mes 16 ans justement) où j’ai commencé à prendre conscience de mon manque d’ouverture sur tout et à comprendre que j’étais pétri de mauvaises habitudes dont je subissais les désagréments. J’avais grandi avec un certain nombre de croyances très à la mode dans mon entourage, que j’avais adoptées à mon insu, mais qui n’avaient pas le moindre sens ! Voici un exemple simpliste, mais significatif : « Il ne faut pas se lever du pied gauche, cela porte malheur. ». Alors que ma nature de gaucher me poussait naturellement à poser en premier le pied gauche par terre au lever, je me voyais contraint de réfléchir chaque jour à poser le pied droit en premier… à cause d’un dicton !! Quelle libération de comprendre un jour que je pouvais me lever du pied gauche, sans avoir peur de passer une journée pourrie ! Ce fut la révélation d’être un homme LIBRE et le début d’une vie entière de travail pour me « déshabituer » des valeurs sclérosantes qu’on nous inculque étant petit et que l’on perpétue, sans même s’en rendre compte souvent. Grâce à cette première journée commencée par le pied gauche, j’ai pu voir qu’effectivement ce fameux dicton ne valait rien, mais surtout j’ai commencé à travailler sur toutes les autres idées reçues que j’avais glanées depuis mon plus jeune âge.

Alors oui, certes « Tout se joue avant 16 ans », mais le meilleur reste en fait à venir ! Nous devons fuir nos habitudes et nos préjugés de toutes nos forces, car c’est le prix de notre liberté et de notre bonheur ! C’est ainsi que l’on peut enfin se sentir exister. Autrement dit, la théorie de la construction entre 0 et 16 ans n’est valable à mes yeux que si celle-ci n’est pas une fin en soi. Osons prendre notre vie en main ! Osons donner leur chance à nos rêves les plus fous !


Août 12 2013

Faut pas pousser…

Voici une question qu’on me pose pour le moins souvent… c’est une sorte d’appel au secours qui revient plusieurs fois par mois :

Cette magnifique photo permettra de relativiser mon propos pour ce sujet si sensible qui est d’aider son prochain ! Et puis pour le coquin qui aurait quand-même envie de faire une prestation avant d’avoir appris à faire de la magie, il aura au moins quelques belles fleurs à offrir…

Cette magnifique photo permettra de relativiser mon propos pour ce sujet si sensible qui est d’aider son prochain !
Et puis pour le taquin qui aurait quand-même envie de faire une prestation avant d’avoir appris à faire de la magie, il aura au moins quelques belles fleurs à offrir…

« Je fais de la magie depuis 6 mois, je dois faire un mariage, quels tours dois-je faire ? »

 

Les plus optimistes d’entre vous allez penser que j’invente un petit peu. Eh bien, non ! Malheureusement la question est posée presque à chaque fois de la même manière, comme quoi les débutants-voyageurs-en-herbe se donnent le mot ! Les cent premières fois, j’ai pris mon enthousiasme naturel à bras le corps, en essayant de me persuader qu’il y avait plaisanterie ou mieux encore forfanterie, histoire de placer un petit mot désuet au passage ! Mais les années ont passé et les demandes du genre ont continué d’affluer. Alors m’est venue une idée lumineuse (si) : parlons de ce fléau mental une bonne fois pour toutes dans mon blog ! Peut-être que les nécessiteux habituels auront la chance de tomber sur cette note du mois d’août 2013 et, de mon côté, ce sera « une pierre dix mille coups » (pour en terminer avec ces plaisantins, bons teints).Alors, soyons clairs et allons-y sans ambages : on ne peut pas décemment présenter un spectacle après six mois de pratique. J’entends déjà ceux qui vont rétorquer (comme quand j’ai eu le malheur de dire que « je n’aime pas les enfants » alors que par ailleurs je les aime bien sûr ! … oh la la, scandale !) : « Mais si, on peut déjà faire quelque chose de super, même après seulement un mois de travail ». J’aime lire ce genre de considérations, elles stimulent mon sens de l’humour, ma créativité ! Mais, sans rire, je n’ai pas envie de raconter d’histoires : la magie se travaille. C’est un art et, comme le cinéma, la musique ou la peinture, cela ne s’improvise pas de faire une bonne prestation. En apparence, c’est facile d’épater quelqu’un avec un tour de magie et, bien sûr, il faut un début à tout. Mais je vous assure, travaillez la magie, cela vaut le coup. Vraiment. Travaillez pendant plusieurs années et ensuite vous verrez que ces questions ne vous viendront même plus à l’esprit. Vous trouverez même incongru qu’on vous les pose !

Hop !

Amitiés

Dominique Duvivier


Août 05 2013

Magiphageuh n°35 : Etude magique sur Kubrick

 

Je bosse sur Kubrick depuis de longues années. J’en parle peu, mais je possède tous ses films (c’est un minimum) et une bonne partie des essais qui lui sont consacrés : bouquins, documentaires, « livres/photos »… bref, une énorme banque de données, de quoi voyager dans son univers un bon bout de temps. Ce que j’ai fait et continue de faire. Ce « bon bout de temps » justement m’a permis, une fois de plus, d’établir un nombre incalculable de parallèles passionnants entre le cinéma et une « certaine » magie. Je veux parler de la « bonne » magie bien sûr, celle qui est un art, pas celle des performances pour briller (j’en ris rien qu’en y pensant). Pour moi,  ce mec (Stanley Kubrick) est un des plus grands génies du XXème siècle (pour le cinéma), pour ne pas dire LE plus grand. Il est donc naturel que, passionné de cinéma (et moins de Marlo pour ma part), je me sois agglutiné à ce personnage…

 

Stanley-Kubrick

Il y a un thème récurrent qui revient dans l’œuvre de Kubrick : le fantastique. Tout au long de sa vie de recherche, il n’a cessé d’explorer cette « famille » du cinéma. Dans un des livres consacré à Kubrick que je lisais récemment, Todorov aborde le sujet dans ces termes :

 

« Ou bien le lecteur (spectateur) admet que des événements en apparence surnaturels peuvent recevoir une explication rationnelle et on passe alors du fantastique à l’étrange ; ou bien il admet leur existence comme tels et l’on se retrouve alors dans le merveilleux ».

 

Elle est pas géniale, cette citation ?? Et avouez qu’en tant que magicien, c’est une sacrée source d’inspiration…

Moi qui pense depuis toujours ou presque que la magie doit emmener le spectateur dans des chemins profonds et non dans le simple jeu de la prouesse-stérile-qui-ne-fait-plaisir-qu’à-la-petite-personne-qui-la- réalise, cette belle phrase a réveillé mes papilles créatrices ! Je les ai senties subitement enrichies pour une décennie de plus… Non seulement l’exemple de la vie de notre bon Stanley nous encourage à travailler sans relâche pour aller toujours plus loin, créer des œuvres toujours plus folles dans un esprit d’exigence ultime, nous documenter jusqu’à l’épuisement pour fournir un scénario en béton armé, ne reculer devant aucun sacrifice pour parfaire la cohérence du propos qu’on a choisi de raconter. Mais en plus Kubrick nous souffle autre chose à l’oreille : il nous montre le chemin pour faire « décoller » nos spectateurs. Il nous montre comment faire entrer le spectateur dans un monde dont il n’aura plus envie de sortir ! Quel génie… J’aime tellement ce mec. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu’il m’apporte…

 

Autre exemple de son analyse toujours tellement pleine d’acuité. Dans une interview, il aborde le sujet des scientifiques dont il se méfiait énormément, tout en étant obligé de les consulter pour ses futurs scénarios. Et il raconte un fait malheureusement dramatique. A l’époque de l’invention de la bombe atomique, les scientifiques sont arrivés au moment de devoir quand même faire un petit essai… Juste pour voir ! Il s’est avéré que, ne sachant pas ce qui pourrait survenir en faisant éclater ce gros pétard, certains d’entre eux se sont demandés s’il n’y aurait pas une réaction en chaîne qui occasionnerait la fin du monde, éventuellement ! Finalement d’autres scientifiques se sont dits que NON, pas de risque au niveau d’une « réaction en chaîne qui entraînerait la fin du monde » ! Et hop, aussitôt dit aussitôt fait, ils ont lancé leur petit essai.. Et ô joie, la fin du monde n’a pas eu lieu, c’est pourquoi je vous parle encore ! Mais Kubrick, qui a oublié d’être un con, note quand même que rien que l’idée qu’il y avait un risque de fin du monde, aurait dû largement suffire pour ne pas tenter l’essai, car à cette époque les scientifiques n’avaient pas du tout les moyens de savoir à 100% si le risque était zéro !  Pourtant ces fous sont allés au bout de leur idée… Ce qui nous donne toutes les raisons de nous méfier des scientifiques. Pour réaliser une idée séduisante, ajoute Kubrick, le scientifique (comme le politique d’ailleurs) est prêt à n’importe quelle exaction !

KubrickCe genre de réflexion m’a amené à réfléchir de façon décalée par rapport à mon propre contexte de magicien. A l’image de ces scientifiques fous, je me suis vu moi-même comme un artiste assez fou pour mettre au point un spectacle tellement séduisant que le public me suivrait les yeux fermés, sans se soucier du raisonnable. Sauf que l’aventure est beaucoup moins dangereuse, LOL ! L’idée est la suivante : grâce à un scénario bien monté, je suscite un intérêt tellement vif auprès du public, que l’impossible peut arriver. Ce « stratagème » m’a ouvert les portes d’un terrain de jeu incroyablement large. Ainsi, sous le couvert anodin de l’histoire que je fais vivre au public dans mon spectacle, j’imprime lentement mais sûrement des images fortes qui vont me permettre d’aller bien plus loin que j’aurais pu l’espérer si je m’étais cantonné à une magie dite traditionnelle (sans scénario, sans construction, sans fil rouge etc.) !

Par exemple, dans une histoire que j’ai imaginée pour l’un de mes shows récents (en l’occurrence, c’était « La fortune du pirate » joué en 2011 au Double Fond), j’explique dès les premiers instants de ma présence sur scène pourquoi j’ai choisi un tel titre de spectacle : en fait le pirate, c’est moi. Je suis un pirate sur le retour, la soixantaine le pirate (je m’affuble alors d’un bicorne à tête de mort et d’un cache-œil ridicules !). Hop, le public se marre et je continue ma prestation comme d’habitude, l’air de rien ! Je veux dire que je ne joue plus au pirate du tout pendant le reste du temps. J’ai juste installé un concept et une ambiance un peu « délire ». Parfois, je parle d’une boîte qui contenait ma boussole de l’époque. Je pose des « points d’encrage » ici et là, mais pas plus de références que cela. On s’amuse pas mal avec le personnage que j’incarne. Je fais des tours assez drôles et forts comme mon portefeuille qui change de couleur plusieurs fois, puis grossit, puis rapetisse… Je vis ma vie de magicien quoi ! Je fais du Duvivier, dans de nouvelles pompes, mais du Duvivier ! Bref, tout le monde est content. J’ai parlé au début aussi du côté aventurier du pirate, qui est un incorrigible joueur et qui a amassé beaucoup de thunes. Il possède de l’or et de l’argent. Je dis que je leur montrerai tout cela plus tard ! Et puis arrive la fin du spectacle. Là, alors qu’il n’y a eu aucune musique tout le long (à part le générique du début), on lance à fond la musique des « Pirates des Caraïbes ». Le public est tout de suite englobé, car cette musique est belle et surtout « colle » à l’histoire que j’ai amenée par petites touches depuis le début : grâce à la musique, le scénario prend son envol et nous arrivons naturellement à la conclusion ! J’amène une vasque pleine d’or. Des liasses de billets de 500€ pour une fortune…de pirate ! J’apporte une grosse mallette que je remplis de tout cet argent que la salle convoite du regard et je la referme avec l’œil coquin… La musique bat son plein et tout prend un sens : en fait, je suis un vrai « ancien » pirate qui a fait fortune… Là, la mallette semble se casser en s’ouvrant dans tous les sens : l’argent a disparu, laisse la place à des dizaines de fleurs (à ressort) et le pirate disparaît dans la nuit (en coulisses quoi). Avec une économie hallucinante de moyens, je viens de faire vivre toute une aventure (bateau, combats, j’en passe)… Juste avec un peu d’humour et quelques points d’encrage grotesques, le public décolle avec moi. J’ai pu ainsi obtenir une ambiance très intense par le truchement de simples suggestions et de moyens minimes. J’ai obtenu une sorte de « bombe atomique »… sans bombe atomique, pour reprendre le concept de Stanley Kubrick…

L’exemple que je prends à l’instant est une des multiples voies possibles pour parvenir à de la « bonne » magie. Stanley Kubrick fait partie de ces personnes, comme Ernest Pancrazi, Woody Allen ou encore Edgar P. Jacobs, qui m’ont guidé pour construire des histoires différentes des grands classiques de la cartomagie dite « moderne » mais qui est restée souvent chiante comme la mort… Faire rire le public et créer pour lui des événements ont toujours été mon obnubilation, donc je me suis tourné naturellement vers ces génies qui nous montrent la marche à suivre ! Je ne me lasserai jamais de vous parler d’eux…


Juil 29 2013

DAVID WILLIAMSON

David WilliamsonUn copain depuis une petite trentaine d’années. Un pur génie de la magie. Un humour à tomber par terre. Un mec bien. Je l’adore.

Quand on se voit, il me parle en anglais, je lui parle en français. Ça doit être marrant de nous écouter converser ! Il ne comprend pas ma langue, je ne comprend pas la sienne et pourtant… on est comme deux larrons en foire. En fait le coup de la « barrière de la langue », on s’aperçoit que ça n’existe pas vraiment quand on s’apprécie… Quand personne n’est là pour nous traduire mutuellement, au début on se retrouve un peu bêtes, mais finalement, les minutes passant, on communique très bien ! On se parle avec la magie, avec les yeux, avec les mains… et ça marche ! On est un peu comme des guerriers qui n’ont pas envie de se combattre… Bref, un nouveau langage… le vrai peut-être ??? Finalement, c’est pas mal de ne pas se comprendre parfois !


Juil 22 2013

LA NAISSANCE D’UN NOUVEAU SHOW

La façon dont je m’y prends pour créer un nouveau spectacle est pour moi difficile à clarifier pour au moins deux raisons. D’une part, je ne suis pas assez « intellectuel » pour pouvoir le faire Dominique Duviviervraiment : ce que je dis n’est pas péjoratif pour ceux qui ont une culture certaine, je dis simplement qu’elle me fait défaut en l’occurrence pour exprimer mes idées… D’autre part, ma façon de procéder est en fait plus empirique que véritablement réfléchie : la plupart du temps pour créer un spectacle, je travaille sur plusieurs fronts en même temps, je cherche « tous azimuts » puis décide simplement à un moment donné de m’arrêter sur une attitude qui me semble être la bonne et que je vais conserver jusqu’au bout (si tant est qu’elle convienne jusqu’au bout !). Cette « attitude » correspond en fait au plancher du nouveau show, ce qui veut dire, dans mon jargon, sa colonne vertébrale. Par exemple, pour mes spectacles de la série des « Intimiste », la colonne vertébrale trouvée est l’hommage que je rends aux grands magiciens qui m’ont construit : en partant d’eux, j’interprète une magie qui est la mienne mais qui s’inspire clairement de leur travail. Rarement, pour ne dire jamais, il y a copie conforme du tour : il est totalement re-digéré par moi puis re-donné comme je le vois. Par exemple dans mon spectacle « Intimiste 1 », mon tour de « La Carte Folle » s’éloigne radicalement du tour original de son auteur Peter Kane pour devenir ce que certains appellent un tour dans l’esprit « duviviesque ». Pour créer mon show, je choisis donc d’abord une direction générale, un ton fondamental qui me permet ensuite de pouvoir y injecter tout ce que je suis ou ce que je veux jouer à travers ma magie. Je choisis au départ un carcan de base dans lequel toute mon imagination et ma propre créativité peuvent ensuite se glisser.

Puis je choisis un ordre dans mes tours. Cela se fait assez naturellement : les tours vont eux-mêmes prendre un ordre hiérarchique naturel en fonction des effets en cascade que je donne au fil du temps qui passe dans le show.

Il faut aussi en parallèle, comme pour un morceau de musique, trouver des ponts qui vont créer les liens entre le refrain et la mélodie : ce sont des moments de transition entre chaque tour, qui vont permettre à la fois de passer en douceur à la phase suivante mais aussi de faire évoluer le show, le tout dans un mouvement de crescendo. Il peut s’agir par exemple d’une musique comme à la fin de « La Carte Caméléon » ou bien, comme dans « «Intimiste 1 », de quelques phrases que je dis au sujet de Persi Diaconis, cet artiste qui m’a tant marqué.

Je m’applique également à ce qu’il existe dans le show un ou plusieurs fils rouges pour donner toujours plus de souplesse à l’ensemble. Par exemple, toujours dans mon spectacle « Intimiste 1 », un des fils rouges est d’expliquer au public que nous sommes, nous autres magiciens, des gens ordinaires qui peuvent faire des choses extraordinaires. Cette approche permet de détendre le public qui se méfie « a priori » tellement du magicien ! Le ou les fil(s) rouge(s) permet(tent) entre autres de communiquer avec les spectateurs, de pouvoir devenir  » amis  » pendant cette période.

N’oublions pas non plus l’importance énorme que représente « l’acting » qui est véritablement le ciment d’un spectacle. Bien sûr, il faut considérer les tours, la mise en scène et le reste mais le jeu d’acteur reste l’élément le plus important. Tout passe ou casse par le jeu. Tout est généré par le jeu. Que ce soit l’effet intrinsèque, la réplique assénée, le comportement  » sans le son « , etc. Tout est jeu de comédien. Alors, en partant de cette nouvelle évidence, je suis ou essaie d’être un acteur accompli, sachant que je ne pourrai rien espérer faire passer par un autre biais.


Juil 15 2013

Citation de Steven Spielberg

Je pense que vous commencez à imaginer à quel point j’aime la magie et à percevoir toute la place qu’elle occupe dans ma vie.

Vous savez aussi que je cherche toujours des pistes nouvelles pour me/vous permettre d’explorer de nouveaux horizons pour aller toujours plus loin… autant que possible !

Vous savez enfin qu’une de mes inspirations favorites n’est finalement pas certains magiciens dits « incontournables » comme Marlo, mais plutôt certains réalisateurs de films, écrivains, musiciens…

Steven SpielbergJe lisais justement un livre sur Steven Spielberg (que je vénère) et je suis tombé sur une « pépite » que j’ai eu envie de partager avec vous :

 

« Chaque fois que je fais une nouvelle trouvaille, cela concerne une histoire. Et chaque fois que j’ai quelque chose de nouveau à faire, je retrouve mon enthousiasme. Je redeviens comme un enfant. Ma fontaine de jouvence, c’est une idée ou une histoire. Qu’elle vienne de moi ou de mes lectures, je me dis : « Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que je tourne ce film. » C’est cela qui m’anime. » Steven Spielberg

 

Avouez que nous ne sommes pas loin de ce que nous poursuivons ici ensemble sur le terrain magique ?

Avouez que c’est merveilleux de voir un monsieur de cette trempe être animé par autant de passion, n’est-ce pas ?

Avouez enfin qu’on s’éclate grave ensemble chaque semaine, non ?

 

A++ de vous

 

Amitiés

 

Dominique Duvivier


Juil 08 2013

REFLEXIONS

« Les Tontons Flingueurs » de Georges Lautner… Un prétexte de plus pour moi pour vous parler de ce film que j’adore, je l’avoue !

Tous les protagonistes de ce film ont disparu ou presque et ont rejoint des milliers d’autres personnes de grand talent, parmi les étoiles que nous pouvons encore contempler en levant la tête le soir ou bien en revoyant leurs films. Tous ces monstres comme Blier, Gabin, Biraud… sont redevenus poussière. Pourtant, dès qu’on le décide, ils renaissent le temps d’un film en insérant  un DVD dans le lecteur. Mais j’ai l’impression que le support vidéo qui nous permet de les voir bouger, parler, jouer la comédie, nous apparaît comme de la bande magnétique seulement. Je veux dire que nous avons du mal à imaginer que ces personnages soient vivants, comme vous et moi. Pourtant au moment de ce tournage, ils étaient vivants, bien vivants même !!! Tellement vivants que nous pourrions aisément nous dire que le film que nous voyons est une projection directe, comme une émission de télé qui serait en « direct live ».

Dès l’instant où nous acceptons l’idée d’entrer dans ce monde que je vous propose, tout devient différent. C’est un peu comme si vous veniez d’assister à l’une des prises de vue, dans le studio de tournage à Paris. Imaginez… Audiard rôde pour vérifier que son texte est dit complètement comme il le souhaite. Vous sentez l’ambiance qui règne sur le plateau… un peu plus ?

Super, car si vous m’accompagnez un peu dans mon délire, vous comprendrez mieux comment vous pouvez suivre une discussion sur la magie quand je parle par exemple d’Albert Goshman qui me dit des trucs. Vous partagez avec  moi des choses qui ne sont pas forcément de votre époque, mais grâce à la vidéo, aux livres, ce texte… vous voyagez dans le temps. Vous remontez le passé et pouvez obtenir de connaître ce passé, le présent et qui sait… un jour, un jeune magicien vous demandera de discuter « magie » avec vous et vous lui expliquerez à votre façon que vous avez bel et bien parlé avec Goshman et des tas d’autres et pour ce jeune-là, l’époque de Goshman et la mienne ne feront plus qu’une. Vous lui semblerez vieux comme je vous semble être un fossile… et la roue continuera de tourner. Si l’échange est profond, les maîtres que je connais deviendront un peu des copains à vous aussi.

Dominique DuvivierParlons de celle de l’amateur qui est souvent à l’opposé de celle du pro. Le professionnel se vante (parfois à raison et non à tort) de n’avoir pas besoin de connaître des centaines de tours car il fait les mêmes tours devant des publics différents alors que l’amateur fait des tours différents parce qu’il a toujours le même public !!! Cette prétention face à l’amateur qui se justifie en partie, m’a toujours ennuyé. Je pense personnellement que chacun peut puiser de bonnes choses chez l’autre. L’amateur devrait s’inspirer du professionnel qui gagne en expérience chaque jour en peaufinant ses tours pour les rendre plus beaux et plus forts… j’espère !!! Mais le professionnel perd très souvent la force énorme de l’amateur qui, curieux de tout, cherche sans cesse à progresser en apprenant des choses nouvelles. Sa remise en question permanente fait défaut au professionnel qui peut se la jouer pas mal, et surtout, tout en gagnant de l’expérience sur les tours qu’il présente, devient « mécanique » dans ses présentations, ce qui est dommageable à la bonne tenue d’un spectacle vivant. Riche de ce constat, j’ai toujours conservé mon âme de débutant, ce que j’espère encore aujourd’hui.

Je suis magicien, j’aime cet art comme un amoureux de la première heure. J’ai la chance de vivre au propre et au figuré de mon art. Je peux exprimer avec la magie la plupart des choses que j’avais en moi. Le bonheur, quoi ! Une fois que j’ai terminé une prestation je suis nourri de ce que j’avais à donner. En fait, je n’ai pas besoin de faire ou de parler de magie. J’aime en parler, en faire, si on me le demande. Mais je n’en ai pas besoin. Je n’en ai plus besoin. J’ai cru un certain nombre d’années qu’en se rencontrant entre magiciens il était de bon aloi de se faire des tours. Échanger, se montrer, travailler ensemble. J’ai assez bien compris que la plupart du temps les magiciens aiment se regarder le nombril, parler de leurs galas passés ou à venir… des choses de ce genre mais rarement envie de progresser pour devenir meilleurs !!! Il semblerait qu’un numéro suffise pour une vie entière.

….

Pour ma part, j’ai abandonné l’idée de faire comprendre que tout doit changer sans cesse. Qu’on n’est jamais arrivé en rien, dans la vie. Que tout doit toujours se remettre en question. Je fais donc ce que je crois bon pour moi. Je travaille et crée de nouveaux spectacles, de nouveaux tours comme au premier jour. Une fois ma journée terminée, je me sens bien d’avoir essayé de reculer les limites tant qu’il me reste de l’énergie. Je rêverais de pouvoir continuer ainsi une bonne vingtaine d’années encore si Dieu me prête vie. Si je devais disparaître rapidement, j’aurais au moins fait ce qui me semble fondamental dans l’existence : travailler jusqu’au dernier instant de ma vie. Un débutant, quoi ! Rien n’est plus merveilleux que de rester un apprenti. Partant de cette attitude de vie, je regarde mes confrères autrement. Si il y a moyen de parler pour avancer, je suis tout à fait connecté, et les conseils fusent presque à mon insu. Si les confrères continuent de se regarder et s’aiment un peu trop… alors je vaque à mes occupations et les laisse parler pour refaire le monde.

 

Je crois fondamentalement dans le fait que tout est impermanent. C’est ce qui explique en partie pourquoi je change sans cesse de versions pour mes tours. Chaque année ou presque, je change mes spectacles car je ne crois jamais au geste « juste », valable pour une durée indéfinie. Je suis un perpétuel insatisfait de tous ces points de vue car je ressens que rien ne dure vraiment. Ce qui dure sans cesse est l’amour qu’on a besoin de donner et de recevoir. Cet amour évolue ou du moins s’appelle différemment d’une époque à une autre. Mais l’amour reste la denrée la plus indispensable à l’homme. En partant de ce protocole pour le moins original, je me suis forgé une politique de vie dans mes recherches assez marginales.

 

Par exemple, nous sommes réunis autour d’une table dans mon spectacle « Intimiste », mais je ne sais pas ce qui doit se passer réellement. J’ai tout prévu justement pour pouvoir penser de cette façon. Grâce au fait d’« avoir tout prévu », je peux offrir au public ce qui doit se passer ce soir particulièrement. Tout est impermanent sauf l’instant présent immédiat, qui lui est permanent. Ce moment est précieux : il est l’avenir, il est le présent. A cet instant précis nous sommes tous devenus immortels. Le temps n’existe plus. Riche de cette croyance, je peux donner ou tenter de donner ce qu’on attend avec impatience dans la vie : être heureux, ne plus penser à ses soucis, se laisser aller complètement. Vivre tout le bonheur qu’on se souhaite en un seul moment. Comme si sa vie n’était rien avant et ne sera plus rien après. Juste tout de suite. Ici et maintenant.

 

Je me bats dans ce sens dès que j’entre sur scène. J’ai un rôle à jouer. Focaliser, unifier pour toute la salle ce que nous sommes venus chercher en nous déplaçant pour voir un spectacle. Se détendre si possible. Sortir grandis si possible. Les salles sont chaque fois uniques. Les spectateurs viennent avec leurs croyances, leurs réticences, leurs interdits. Si mon spectacle est écrit de telle manière que je puisse enlever facilement les craintes naturelles du spectateur, que je puisse vivre en premier cet instant comme le seul possible dans la vie, alors je pourrais emmener avec moi les autres sur ce chemin qui est le seul reconnaissable, le seul qui vaille d’être foulé.

 

Vivre chaque instant de notre vie comme passé/présent/avenir est la clé de ce que je crois être la solution pour se sentir en harmonie avec toute chose. Dans cet axe précis tout devient possible ou presque.

 

Ainsi, un tour est le reflet, ou devrait l’être, de la culture actuelle et des tendances du moment. On se doit de vivre dans l’harmonie du temps où l’on vit, aux côtés des autres. Sinon on perdra toute crédibilité ou bien nous serons des
artistes figés comme certains numéros qui ne vieillissent pas mais qui sont hors du temps et des attentes du monde actuel. Il nous faut conserver la mémoire du passé et pour la conserver, nous la fixons par des tableaux de maîtres, des édifices, des numéros de magie, etc.

La mémoire du passé. Par contre, parallèlement, il nous faut avancer sur les nouvelles vues des hommes, leurs manières de parler, de se cultiver, de grandir. Si nous pouvons appartenir à cette tendance « des nouveaux artistes » qui permettent en partie d’avancer et de faire avancer nos contemporains, je pense qu’il ne faut pas s’en priver. La magie est assez riche pour que chacun trouve son compte dans le choix des interprétations possibles. Ou il appartiendra plus tard au passé qui est indispensable, ou il appartiendra au futur qui est tout aussi indispensable. Chacun verra midi à sa porte et tout pourra continuer.


Juil 01 2013

Podcast « Et si c’était vrai ? » : émission n°12

Podcast Dominique DuvivierChers amis,

Voici maintenant la 12ème émission de mon podcast !

Installez-vous comme d’habitude, confortablement.

Bonne écoute

Pour écouter le podcast sur Itunes, cliquez ici !

Sinon, cliquez ci-dessous sur la barre d’écoute…

Dominique Duvivier

PS : Je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast directement par son RSS mais également sur iTunes : les personnes possédant des iPhones, iPod ou iPad peuvent donc s’abonner directement (et gratuitement) sur la plateforme d’Apple et disposeront ainsi automatiquement des prochains numéros.

 

Play