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Août 27 2018

MAGIPHAGEUH N°65 : Public français, public cartésien

A propos des différents types de publics, vous avez certainement goûté à la joie des publics américains qui s’extasient si facilement sur nos effets magiques ! C’est sûr, en France, le public est plus difficile, plus exigeant, ce qui rend d’ailleurs le défi plus excitant ! Avec son esprit cartésien particulièrement développé, le spectateur français n’aime pas ne pas comprendre (ce qui explique peut-être pourquoi il y a moins de vraies grandes stars en magie en France q’aux Etats-Unis par exemple ?). Le public américain est à l’opposé de ce principe : il aime se faire avoir, il demande de la magie, il aime le principe de ne rien comprendre. Cela explique aussi l’existence d’une ville comme Las Vegas, dont il n’existe pas d’équivalent ailleurs : une ville entière qui est faite pour s’évader, pour ne plus penser, pour vivre des rêves éveillés… En général l’Américain est un peu l’antithèse du Français qui n’aime pas tout ce qui peut sembler artificiel. Pour le Français, tout ce qui est faux dans le but de faire rêver est considéré comme une tromperie. Un peu infantile, non ? Autant dire que, pour nous autres magiciens français, la tâche est lourde ! Cela dit, pour le public américain, le travail est ardu lui aussi, car il faut arriver à le sortir d’une vision un peu trop « simpliste » du rêve… bref, plein de boulot en perspective et c’est super motivant !

Pour emmener le public français dans un monde de rêve éveillé, il faut apprendre à composer AVEC son côté cartésien. Pas la peine de l’ignorer, ça ne servirait à rien. Au contraire, il faut le nourrir dans son camp, tout en le sortant petit à petit de son carcan. Donc il ne faut pas le renier, mais l’aider avec les moyens dont nous disposons, c’est-à-dire une maîtrise technique parfaite (c’est le minimum), mais aussi la force de notre scénario, de nos textes, de notre humour, de notre intelligence… La moindre défaillance est fatale : elle permet à ce public de sauter sur l’occasion pour ne pas « accrocher » avec la magie qu’on propose. Mais si l’on travaille d’arrache-pied pour offrir une prestation d’une parfaite qualité, alors vous gagnez la partie : vous le retournez complètement et le faites voyager dans votre univers comme n’importe quel autre spectateur de la planète. Personnellement j’adore le public français, tellement difficile, mais tellement reconnaissant quand on arrive à le faire décoller !

3 commentaires

  1. Andy Scott

    D’une concision qui met dans le mille comme à chaque MAGIPHAGEUH ! C’est toujours un plaisir de lire ces interventions qui appuient là où ça fait mal.

    1. Dominique Duvivier

      merci ! Amitiés

  2. carl Valentin

    C’est aussi de l’intelligence de construire des spectacles comme tu le fais depuis plus de 30 ans afin que le public cartésien finisse par entrer dans cet univers magique.
    Il est bien plus simple de montrer des tours (casse tête) sans trouver de motivation.
    il est toujours très complexe d’écrire des spectacles de 1H20 avec un fil rouge et jouer sur différentes familles d’effets afin de le rendre équilibré et surtout passionnant.

    Merci pour cette belle inspiration Dominique, pour moi c’est très motivant.

    mes amitiés à toute l’équipe.
    Carl Valentin.

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