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Mai 23 2016

N’oubliez jamais…

Dominique DuvivierAu-delà de vos techniques magiques apprises et digérées (c’est le minimum),

Au-delà de votre connaissance raisonnable de l’Histoire de la magie (quand-même),

Au-delà de votre expérience avec le public (faut quand même savoir de quoi on parle !),

Au-delà de votre recherche du bon matériel et de sa bonne utilisation (c’est important),

Au-delà de vos efforts de mise en scène pour vos tours (essentiel),

Au-delà de votre travail autour du jeu de comédie (bah oui !)

N’oubliez jamais que c’est la mise au point de VOTRE personnage qui sera la clé de l’impact de votre magie.

 

Quand vous avez réussi à donner le ton de votre personnage, tout ou presque est envisageable. Si, l’espace d’un moment, on considère que le spectacle est un lieu de « combat » entre le public et l’artiste et non un simple lieu de divertissement, sachez que si votre personnage est suffisamment bien construit, le public a déjà perdu la manche dès les premières secondes. Il a même perdu le match entier. En effet n’oubliez pas que le public n’est là que pour vous regarder. Il s’est déplacé pour ça. Il a payé pour ça (en principe). Il est venu dans l’intention de voir de la magie. Si vous gérez  bien les choses, lui ne peut que s’abandonner à vous et pour vous… tout est possible ! Bien sûr, il lui arrive parfois de penser qu’il est le plus fort, mais c’est totalement faux. C’est de vous que tout partira et c’est à vous que tout aboutira. C’est vous le patron à 100%. A partir de là vous pourrez donner, reprendre de l’espace, imposer un lieu, l’inverser… Je vous dis : tout devient possible. C’est un postulat à ne jamais négliger, surtout pour nous autres magiciens qui pouvons facilement croire que nous sommes à la merci de ces spectateurs qui viennent uniquement tenter de « comprendre le truc ». Non, vous, magiciens, vous êtes des artistes et votre art consiste à vous comporter comme tel. Si vous restez des « montreurs de trucs », vous en récolterez les conséquences. Soyez de vrais artistes complets et vos spectateurs décolleront avec vous. Ayez l’ambition de montrer de vrais miracles et vos spectateurs vous suivront très loin. Ils ne seront plus dans l’optique de déjouer vos techniques magiques, ils seront juste comblés d’assister à un spectacle complet. La magie est tout autant dans les effets réalisés que dans la relation que vous établissez avec votre public. Comme disait mon Dieu, Albert Goshman : « VOUS êtes la magie ».

Bizarrement, cette vision que j’ai toujours défendue, ne m’a pas attiré que des amis. Il faut dire qu’il est plus facile d’épater la galerie en frimant avec des « petits tours », des « petits effets flash » et des « petits sauts de coupe » bien léchés. Et c’est moins facile de se tirer vers le haut en ayant l’ambition de montrer de vrais miracles et de partager un véritable univers avec son public… Mais bon, j’ai toujours fait fi des inimitiés et j’ai toujours suivi mon instinct : pour moi, « il n’y avait pas photo », comme on dit ! Dans mon coin, j’ai toujours suivi mon petit bonhomme de chemin. Et, en parallèle, j’ai vu plein de magiciens s’écarter de moi, tandis que d’autres sont devenus fans. Le processus s’est pour ainsi dire déroulé à mon insu. Petit à petit, j’ai vu que je m’éloignais de plus en plus de certains « penseurs » (je pense à « l’école Marlo » par exemple) tandis que j’accédais à de nouveaux horizons magiques (Ricky Jay, Fred Kaps, Persi Diaconis pour ne citer qu’eux…). En France, dès les années 70, je suis rapidement devenu l’ennemi à abattre pour une bonne moitié des magiciens français ! Et il en reste pas mal (sourire…). Par contre, pour la majorité des magiciens étrangers que je rencontrais alors, tout semblait aller « au beau fixe ». Ceux qui me faisaient le plus rêver applaudissaient des deux mains, alors pourquoi changer de cap ? Ils avaient l’air de trouver mes idées même plutôt révolutionnaires et en redemandaient. Je pense par exemple à Michael Weber qui m’a particulièrement encouragé et stimulé ! La distance qui nous séparait me permettait de travailler énormément de choses entre nos entrevues. Donc j’étais libre de travailler seul et je lui montrais mes idées en primeur. Il est vrai que je me suis senti plutôt incompris des magiciens français, mais, dans l’ensemble, j’ai réussi à me satisfaire du vieil adage « Nul n’est prophète en son pays »…

 

1ère publication : mai 2014

6 commentaires

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  1. Pierre

    Que de vérité! Il faut suivre tous les bons conseils de Dominique Duvivier mais il faut surtout trouver le vrai chemin de sa propre personalité.
    Merci Dominique de publier tous tes messages à tes amis.

  2. guillaume

    « nul n’est prophète dans son pays », j’aime bien aussi la citation de Victor Hugo: « plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui ».

    Le milieu de la magie ne se rejoint que par un nombre très limité de portes d’entrée, ce qui explique peut être en partie la raison de dogmes à la peau dure.

    Personnellement, j’ai toujours adoré votre magie car elle se base selon moi en grande partie sur l’effet de surprise. Vous jouez sur les cadres de représentation mentaux des gens et non sur leur perception.La différence est de taille, là ou un magicien fera un comptage haman pour montrer des cartes bleues qui deviendront rouges, vous vous présentez 4 faces et ensuite des dos complètement inattendus, et ce sans technique. Cette approche « créative » me sert beaucoup.

    merci pour votre apport colossal à notre art. Vous avez une oeuvre que bien des gens étudieront longtemps, cela ne fait aucun doute!

    Guillaume Botta

  3. Bruno Noulet

    mais, dis donc, c’est du bon tout ça. yapluka. :-)

  4. Philippe Médan

    Merci pour cette belle leçon.

  5. richard

    je vous adore j’ai besoin de bonne leson je vie a montreal ici il y a tres peux de double fond vous voyer tu est mon mentor merci et je veux en manger toute les jour magie magie et magie

  6. Florian.C

    Un magnifique état d’esprit, il n’y a pas à dire, qui se dégage de cet article !

    C’est un conseil génial, qu’on y trouve : « Osez, osez, osez, bon dieu ! » :D

    Après tout, qu’avons-nous à perdre à vouloir faire rêver les gens ? Rien, bon, ben alors !

    Amitiés

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