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Déc 21 2015

TRAVAILLER SEUL

Dominique DUVIVIERQuand on veut travailler la magie sérieusement mais que l’on est seul devant son miroir, comment savoir si l’on n’est pas en train de passer à côté d’étapes cruciales ? Vous n’avez pas à avoir peur : vous passerez à côté d’étapes cruciales. C’est un fait. Mais au lieu de broyer du noir, rappelez-vous qu’il est obligatoire de se tromper pour prendre conscience d’une erreur ! Tout progrès passe par là. Alors, abordez sereinement votre étude, en travaillant le plus possible et chaque étape entraînera la suivante.

Néanmoins le problème de travailler  seul réside dans le fait qu’on ne peut pas précisément distinguer si on est sur le bon chemin ou non. Il est donc souhaitable de travailler « spasmodiquement » avec un professeur. Reste à trouver le bon ! Souvent les professeurs croient non seulement qu’ils sont bons, mais également les meilleurs, voire THE BEST OF ALL, et quelques têtes enflées pensent même être les seuls ! Bref, pas évident de trouver le bon cheval, c’est-à-dire quelqu’un qui travaillera dans l’intérêt de l’élève et non seulement pour se faire mousser…

De manière générale, je crois que les conseils d’un professeur ne peuvent faire évoluer son élève qu’à partir du moment où cela n’empêche pas celui-ci d’aller respirer un peu partout. D’ailleurs quand on voit les querelles de chapelles qui existent en France, je dis que ce ne sera pas demain la veille que chaque groupe indépendant pourra appréhender les idées opposées des autres ! Enfin bon…

Notez que j’ai choisi aussi le mot « spasmodiquement » car je pense de toute façon qu’il n’est pas bon de travailler trop fréquemment avec un professeur. Sinon celui-ci fait tout le cheminement à la place de l’élève, qui stagnera profondément tôt ou tard. Personnellement dans mes débuts, j’ai eu la chance de rencontrer des magiciens qui ne donnaient pas de cours (Kaps, Jay, etc.), car à cette époque la mode n’était pas aux cours. On cueillait par-ci par-là un renseignement, une idée, un soupçon, une nanoseconde du temps de son « maître » et pour le reste il fallait faire preuve d’imagination ! D’un point de vue, ce n’était pas si mal : il se trouve que cela m’a permis de me construire. D’un autre, je considère que la facilité d’accès aux connaissances comme c’est le cas actuellement est une chance inouïe ! Il ne faut juste pas oublier que rien ne remplace un travail acharné et très personnel.

De même je considère maintenant que j’ai eu « la chance » de ne pas savoir lire l’Anglais. Dans les premières années de mon étude de la magie, j’en ai beaucoup souffert. Je me sentais exclu des informations, des secrets, de la progression en général. Et surtout je me sentais comme le vilain petit canard par rapport à mes confrères et amis de l’époque ! Sauf que, contraint de faire avec ce que j’avais, j’ai travaillé certainement plus que quiconque. J’ai dû travailler seul, trouver des mouvements et des effets seul. Au début j’ai été obligé de réinventer des choses déjà connues, puis très vite j’ai découvert un style, des attractions différentes, des effets… une nouvelle magie peut-être ? En tous cas j’ai trouvé la mienne.

Il est vrai que l’abondance d’informations tue l’information. C’est le danger actuel. Vouloir tout connaître et le plus vite possible fait perdre l’objectif numéro un : créer un spectacle à partir de ses tours de magie. Avancer vers le rêve de l’illusion, faire toucher les étoiles à nos publics. Cela je le crois fortement. Au début, il est important de connaître un grand nombre de techniques et d’effets magiques existants, mais il faut savoir assez vite ce qui sera véritablement nécessaire à son propre parcours, son propre mode d’expression avec la magie et du coup stopper net ses recherches de la nouveauté à tout prix. Il faut d’abord chercher SA « nouveauté » personnelle.

Avant, je travaillais beaucoup avec d’autres magiciens. Nous échangions « nos idées », comme on dit. Mais je me suis aperçu que je perdais surtout beaucoup de temps à devoir me justifier que tel ou tel mouvement ou effet personnel était optimum à mes yeux. Alors j’ai commencé à travailler de plus en plus seul dans mon coin, en laissant le public seul juge de mes créations !  Et j’ai été particulièrement conforté dans cette attitude quand je me suis aperçu que certaines de mes idées étaient reprises par les mêmes confrères qui en contestaient la valeur juste avant !  Combien de fois ai-je partagé certaines de mes créations avec des amis magiciens qui n’étaient pas « séduits », mais que je retrouvais quelques années plus tard dans leurs mains, voire dans leurs publications ! Je me suis dit que j’avais dû me faire flouer quelque part… Voilà aussi pourquoi je préfère travailler seul ! Depuis de longues années maintenant, je ne montre plus rien avant que le tour soit joué en public ou publié. Cela apporte des garanties… quoique ! Dernièrement un exemple m’a prouvé que même cette solution n’était pas la meilleure… Enfin bon, pour élever le débat, je crois que c’est tout de même en travaillant seul, que nous avons le plus de chances de trouver les bonnes portes qui conduisent au développement de notre imaginaire, puis à l’expression pleine et entière de notre propre univers.

Décembre 2013

4 commentaires

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  1. cavaflar

    La semaine dernière m’a pété le moral…..:-))))))) mais cette semaine c’est du bon..ça donne envie de s’y remettre quoi, moi qui avait laché un peu..s’y remettre à nouveau dans le bon sens…c’est pas facile,bon sang , c’est ce que me dit cette chronique plein de bon sens :-).
    Joyeux Noël en tout cas.
    Amitiés
    Cavaflar

  2. Durget

    Merci DOMINIQUE pour ces réflexions qui sont tres utiles.
    Travailler, travailler sans relâche pour s offrir au public, bel objectif !
    Merci pour vos partages qui donnent envie d’être meilleur chaque jour.
    Bonnes fêtes de fin d’année
    Ne lâchez rien !

  3. Pascal Zivacco

    Bonjour,

    Merci pour cette réflexion sur la progression de l’artiste.
    J’ai choisi de travailler seul, afin de personnaliser mon travail et de caractériser mon style.
    La partie intéressante dans cette démarche, c’est comme vous le dites, de faire place à son imagination.
    Au fils des années, cela m’a apporté une progression et un style personnel, qui sur une technique « de base » m’à permis de faire à mon goût une personnalisation de celle ci, voir une une variante.

    Je vous souhaites bonne continuation sur vos réflexions.
    Au plaisir de vous lire.

    Magicalement,
    Pascal

  4. Pierre Greiner

    Merci Dominique pour ces vérités. Cela fait du bien de lire tes propos qui consolident mes pensées lorsque je suis dès fois en perte de vitesse. Trouver le bon prof? C’est toute une histoire mais lorsque je regarde tes merveilleuses vidéos, je suis sur d’y voir le (mon) bon prof.
    Merci Dominique pour tout ce que tu m’apportes dans ma magie.
    Amitiés
    Pierre

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