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Mar 10 2014

Le lycée Turquetil

Le lycée Turquetil où toute une vie aurait pu basculer…
En effet, il se trouve que cet établissement fort respectable et qui existe toujours (Paris 11ème), me fut presque imposé, après mes résultats brillants à l’école dite « normale ». Pour parler clair et court, j’étais un cancre notoire qui n’a jamais été jusqu’en 6ème et qui a été davantage habitué aux classes dites de « rattrapage », que j’ai d’ailleurs redoublées autant que la loi le permettait… Puis, suite logique : le lycée Turquetil semblait être l’unique voie qu’il restait encore possible pour attendre mes 16 ans que je puisse voler de mes propres ailes. Cette officine dite d’apprentissage (tellement mon niveau était formidable) se nommait à voix basse (par mes parents) « lycée technique ». Ce genre d’établissement était donc en principe davantage prévu pour les manuels… Pourtant, au grand désespoir de ma pauvre petite maman, je n’étais pas plus manuel qu’intellectuel ! Pas manuel moi, le magicien que je suis devenu ? Quelle blague pensez-vous ! J’insiste car, en général, on ne comprend pas qu’un mec comme moi puisse être malhabile en dehors de la magie… Pourtant je vous assure, je suis d’une maladresse assez inimaginable. Aucun bricolage n’est possible pour moi à un point qu’on me retire de force les outils que j’aime pourtant prendre pour m’essayer à planter un clou ou rogner le bas d’une porte afin qu’elle soit mieux ensuite ! Mes proches n’ont pas vraiment le souvenir d’une amélioration après mon passage (rire), d’où leur peur viscérale dès lors qu’ils me voient avec autre chose qu’un objet magique direct en pogne ! D’ailleurs, depuis, j’ai remarqué que de nombreuses personnes ultra habiles dans leur domaine, comme les chirurgiens par exemple, rencontrent souvent le même problème que votre serviteur : ce sont des cas sociaux pour toute aide dans une maison qui se respecte. Bref, revenons à nos moutons. Le lycée technique Turquetil était à mon époque foururespécialisé dans le cuir (pour la maroquinerie), la fourrure (pour la fourrure) et la gainerie (pour les boîtes en tous genres). La voie royale parmi ces trois disciplines était la fourrure. Les élèves qui étaient dans cette section regardaient tout juste les autres tellement ils se la pétaient ! Et les profs de la fourrure étaient particulièrement dédaigneux vis-à-vis des pauvres bougres comme moi qui n’avaient pas eu d’assez bonnes notes pour entrer dans leurs ateliers. Ces derniers pouvaient encore prétendre au métier de maroquinier, discipline moins noble mais encore très correcte, pour ces heureux élus de rattrapage ! Et, enfin, pour terminer, il restait la lie. Les sans grade. Ceux qui récoltaient les mauvaises notes, les pas adroits en tous genres : ils se retrouvaient en « gainerie ». Comme moi ! Vous l’avez compris, je n’avais pas choisi cette matière par apostolat… On me disait que c’était certainement la dernière possibilité de me trouver un job pour le futur, si toutefois je réussissais à gainer des fameuses boîtes   un jour… En cuir (les boîtes) ou en carton. Jamais en fourrure ! Mon prof principal, la cigarette maïs au coin du bec en permanence, me scrutait en coin se demandant parfois qui pouvait bien se cacher derrière une telle nullité. Une certaine tendresse dans son regard me laissait entendre cuir2que je ne devais pas mettre fin à mes jours au plus vite ! Monsieur Chalot il s’appelait, si ma mémoire est bonne. Je prends conscience que je n’ai jamais pensé à le surnommer « Salaud » (Chalot), comme quoi, quand on est jeune, on rate des occasions ! Mais il n’était pas méchant. Il avait la rêverie facile, comme moi. Comme il regardait souvent par la fenêtre, j’avais l’impression qu’il s’évadait… Il faut dire qu’il fallait savoir se prémunir pour ne pas devenir chèvre avec des ostrogoths dans mon genre ! J’avais souvent honte de ce que je devais présenter… Mon objet, censé être une magnifique boîte en cuir ou en carton avec tiroirs gainerieincorporés, ne ressemblait plus à rien en cuir, ni à rien en carton, pour dire vrai !! J’ai beaucoup souffert dans cette école. On pouvait moins déconner car la plupart des élèves travaillaient eux ! Après mes résultats catastrophiques, je dirais de mémoire qu’ils m’ont encore gardé une seconde année et puis il m’ont viré. A 16 ans, j’ai atterri direct comme vendeur à « Inno Passy ». Puis vint assez vite mai 68 que j’ai passé dans les rayons bouffe du magasin avec de charmantes vendeuses aux fruits et légumes. Un souvenir impérissable ! Et enfin le B.H.V, au rayon télévisions et chaînes HIFI. Puis ce fut le temps de faire mon armée (très mauvais souvenir) : mes classes à Fontainebleau (où j’ai notamment enseigné les arts martiaux) puis dans « le Train » à Mortier (à Paris) pour 12 mois de galère. En sortant de là mon père, qui a toujours eu de brillantes idées, voulait que je devienne un agent de la sécurité de nuit. Non merci. Je suis retourné un peu travailler au BHV. Mais surtout, je me suis lancé à corps perdu dans la magie à l’âge de 22 ans…. Avouez que vous revenez de loin ! Bah si vous réfléchissez, j’aurais pu devenir fourreur, maroquinier, gaineur, militaire/prof d’arts martiaux, vendeur spécialisé en HIFI, gardien de square !

4 commentaires

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  1. Thill Sébastien

    Et oui, c’est la richesse de nos parcours qui nous permet de devenir ce que nous sommes!
    Chaque étape, chaque rencontre, chaque épreuve nous rapproche un peu plus de nous mêmes en nous montrant ce que nous devons travailler, les barrières que nous devons franchir avant de nous trouver!
    Mais ce n’est pas à vous que je vais l apprendre: « il n’y a pas de hasard! »

  2. cavaflar

    Génial ..j’adore….vivement que tu fasses un bouquin sur ta vie…(même s’il y a déjà beaucoup sur le blog..!)…j’ai compris pourquoi je suis « bon » en bricolement LOL…et je vais faire lire ça à mon fiston, ça va le rassurer..!!! :-)
    Amitiés
    Cavaflar

  3. Philippe Médan

    On dirait un conte de Fée… sur certains points, surtout dans les résultats scolaires, je me reconnais plus que parfaitement… sauf que je devais être encore moins bon… mais bref… c’est quand même une bien belle histoire… merci de nous l’avoir faite partager.

    En toute sympathie et très amicalement, Philippe.

  4. Mickael

    La vie peut être un conte de fée, ou un compte d’effets…

    Cette expérience montre que parfois il ne faut pas désespérer, (et c’est valable aussi pour les parents inquiets), il faut trouver le créneau pour lequel on est bon. Facile … hum!

    Si on veut aller plus loin, cela questionne aussi sur le pourquoi nous sommes là, sur cette Terre, il y a sûrement une bonne raison…

    Mike

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