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Déc 23 2013

Interview Dominique Duvivier : 5ème partie

Interview réalisée en 2005 par Lionel, dit « Le Marquis » 

Dominique_DuvivierLionel : Quand on s’intéresse un peu à votre univers, on remarque que vous avez créé un monde magique à vous. On pourrait pratiquement dire une tour d’ivoire. Qu’en pensez-vous ?

Dominique : Je suis d’accord. La raison à cela est simple. Quand on entend dire (à l’époque), de la part de ses propres confrères, que l’Imprimerie est un tour anti-commercial. Quand plusieurs marchands de trucs français me disent, les yeux dans les yeux, « si tu sors publiquement ce tour, tu vas te faire du tort Dominique. C’est du débinage. Non seulement le tour est mauvais et ne se vendra pas, mais en plus, il est dangereux pour la communauté magique. » Quand tu entends cela, qui plus est, de la part de gens influents dans le monde magique, tu te dis que jamais, tu ne parviendras à commercialiser tes tours dont tu sais, au plus profond de toi, qu’ils ont pourtant leur place dans les magasins de magie. C’est ce qui m’a poussé, dès que j’en ai eu la possibilité, à ouvrir un magasin.

Ma chance, dans cette histoire, est que j’ai réussi à saisir l’opportunité de racheter Mayette Magie Moderne, le magasin que je fréquentais quand j’étais enfant. Il s’est trouvé que Michel Hatte voulait vendre au moment où je faisais les démarches pour acheter.

Et, comme par hasard, l’Imprimerie s’est vendu par milliers et mes autres tours ont de très beaux parcours commerciaux…

Tout cela pour dire que je ne l’ai pas voulu, moi, ma tour d’ivoire. On m’a obligé à me la fabriquer. Ce que je voulais, c’est faire de la magie et exister dans le monde magique car je pense y avoir ma place. Je ne suis heureux qu’en faisant ce que j’aime par dessus tout. Si on m’avait fait travailler de la façon que je voulais, si on ne m’avait pas mis des bâtons dans les roues pour vendre mes tours, si on ne m’avait pas, par moments, boycotté, et je n’exagère pas, si on n’avait pas nié le fait même que je sois auteur de mes propres tours, eh bien le petit « empire » de Duvivier n’existerait même pas. Je serais un magicien comme tous les autres, heureux de faire de la magie, tout simplement.

 

Lionel : On fait souvent le reproche à Mayette d’être trop cher. Que répondez-vous à cela ?

 

Dominique : Tu sais, acheter une boutique, ce n’est pas simple mais ce n’est pas non plus très compliqué. Le plus compliqué est de conserver cette boutique. Quand j’ai racheté Mayette, les affaires en magie n’étaient pas évidentes à maintenir à  flot, et ce, tous magasins confondus. A tel point que Guy Lore et Georges Proust commençaient à se demander s’ils allaient continuer leur activité commerciale. Pour Georges, le problème était un peu différent car c’est le côté musée de son établissement qui le motivait le plus.

Tu as vu le nombre de boutiques qui ont poussé comme des champignons ces dix dernières années sur la place de Paris et sa région ? A un moment donné, on était plus de vingt ! Puis les fermetures ont commencé à arriver. Une fois la période des deux premières années passée, au cours de laquelle on est exonéré d’impôts, les choses sont beaucoup plus difficiles, surtout au regard des prix pratiqués par ces boutiques.

Si tu veux vraiment conserver ton entreprise, la faire perdurer et faire vivre ceux qui y travaillent, il n’y a pas de secret, il faut un minimum de bénéfices qui permettent de payer les charges, les frais de personnels et le développement même de la boutique. Je suis très mauvais dans ce genre d’explications, l’idéal aurait été de poser la question à Marie-Christine qui est la gérante de Mayette ainsi que du Double Fond. Tout ce que je peux te dire, c’est que les prix chez Mayette me semblent justes au regard de la fréquentation d’un magasin de magie.

Il ne faut pas croire que l’on roule sur l’or. On arrive à équilibrer, ce qui est déjà bien.

De plus, internet est venu déstabiliser le marché. Il est certain qu’en achetant directement au producteur qui fabrique ses produits chez lui, sur un coin de table, cela coûte moins cher qu’en passant par l’intermédiaire d’un magasin. C’est une évidence.

 

Lionel : Que manque-t-il aujourd’hui pour parfaire votre monde magique ?

 

Dominique : Ce qui me manque, c’est d’acheter une chaîne de télévision. Tu parais surpris, mais je suis sérieux. Soyons honnête, tu me vois souvent à la télévision ? Ma magie ne mérite-t-elle pas, elle aussi, de passer à la télévision ? On ne peut pas dire que je n’ai pas fait de prestations télé. Ce serait faux. Mais on ne peut pas dire non plus que l’on se soit rué sur moi. Cela me fait donc penser que si je veux passer à la télévision, mais aussi, promouvoir la magie que j’aime, il faut que ce soit moi qui crée la chaîne. Je ne suis pas fou et je sais parfaitement que j’aurais beaucoup de mal à atteindre cet objectif. Je ne l’atteindrai probablement jamais, mais je peux te dire que j’y réfléchis. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé le biais pour pouvoir y parvenir, mais sait-on jamais ?

 

Lionel : Pouvez-vous nous dire sur quel tour vous travaillez en ce moment ?

 

Dominique : Non (rire).

 

Lionel : Je vais essayer de poser la question différemment. Quel effet vous a inspiré récemment ?

 

Dominique : En effet, la question est la même, mais posée différemment (rire). Je vais te répondre mais indirectement seulement. Ce que j’aime, c’est trouver des choses. Un tour, une technique ou un mouvement. Une fois que je suis à peu près satisfait de la chose, je la consigne sur vidéo et je l’oublie pendant deux, trois ans ou plus. Alors, je reprends ce sur quoi je travaillais, qui sont des choses que j’avais consignées les années précédentes. En procédant ainsi, systématiquement, je dis bien systématiquement, quand je visionne les vidéos, je vois des choses intéressantes, certes, mais avec beaucoup d’imperfections. Et pourtant, au moment où j’ai enregistré mon truc, j’étais content de ce que j’avais trouvé ! Alors, je retravaille dans le sens de l’idée consignée pour la remettre à reposer, mais moins longtemps cette fois. Enfin, la troisième séance de travail me permet en général de tirer toute l’essence de l’idée de départ.

En procédant ainsi, grâce au laps de temps assez long écoulé entre les séances, cela me permet de me vider la tête de tout le contexte mental dans lequel j’étais et d’avoir un regard neuf sur mon idée.

De ce fait, j’évite de me fourvoyer et d’interpréter une idée banale en septième merveille du monde. Risque très dangereux, et majeur, pour nous autres magiciens.

 

Lionel : Pouvez-vous nous décrire une de vos journées type ?

 

Dominique : Je dors très peu. En moyenne quatre heures par nuit. Quand je dis nuit, c’est plutôt jour puisque je me couche rarement avant 9h00 ou 10h00 du matin. De plus, il m’arrive de me relever deux ou trois fois pour consigner de vagues idées survenues pendant mon sommeil ou avant de m’endormir.

La première partie de la journée est la lecture du courrier papier ou électronique et d’internet. Je réponds au courrier ou je passe les coups de fil aux personnes qui m’ont appelé. Bref, on va qualifier cette première partie de journée de tâches administratives.

Je ne mange pas, pas même un petit-déjeuner. Je ne mange que le soir. Je suis conscient que c’est très mauvais pour la santé mais c’est ainsi que je fonctionne.

Alors, je commence à sortir toutes mes notes regroupant ce sur quoi je travaille actuellement. J’écris beaucoup. Sur des feuilles volantes, des cahiers, des morceaux de papier. Bref, je compulse toutes ces notes.

J’ai aussi, à côté de ça, toutes les vidéos que j’ai envie de regarder ou que l’on ma demandé de regarder.

Une fois que mon intérêt est accroché par quelque chose dans tout cet imbroglio, je me concentre sur ce qui a retenu mon attention. Partant de là, cela peut durer cinq minutes comme des heures entières. Sophie m’est alors souvent très utile puisque c’est elle qui gère tout mon stock d’informations consignées. Ce qui est un travail titanesque. Elle gère aussi mon stock d’objets magiques ou anodins. Je la sollicite donc souvent pendant cette période de la journée.

Si je n’ai aucun rendez-vous,  aucun gala, aucune répétition particulière à faire, il se peut que l’on aille avec Sophie, Alexandra ou Adeline dans des boutiques et voir s’il n’y a pas des choses qui pourraient susciter des pistes de réflexion. Les boutiques peuvent alors être très variées.

Arrive alors la soirée où, après dîner, je regarde un film. Je suis un boulimique de cinéma. En plus d’aimer ça au premier degré, le film va me permettre de réfléchir. J’essaye toujours de faire ressortir des sujets traités et de la façon dont ils ont été traités, des choses qui pourraient m’inspirer en magie. Que le film soit bon ou mauvais, j’y réfléchis toujours après.

A deux ou trois heures du matin, on a une réunion de travail avec Adeline ou Alexandra si elles sont toujours éveillées. Cela peut très  bien concerner le Double Fond, Mayette, nos futurs spectacles ou tout autre sujet.

Ensuite, suivant mon état de fatigue, je travaille ce que j’avais commencé le matin et l’après-midi et je vais me coucher en regardant un autre film d’un genre totalement différent de celui que j’ai vu en début de soirée.

2 commentaires

  1. Florian P

    Bonjour Dominique,

    C’est toujours un plaisir de vous lire, le projet de la chaîne de télévision avance ?

    Je serai au RDV le jour où cela arrivera ! (en espérant que cela arrive :))

  2. cavaflar

    C’est pas moi qui l’ai dit pour le petit dèj….ein! :-)…Mais cela dit je suis pas intimement persuadé que ce soit un problème :-)…qd au « Duvivier Channel »..je prends à condition qu’il y ai des speakrines et des pots de fleurs….ou l’inverse !!!
    Joyeux Noêl
    Amitiés
    Cavaflar

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