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Juil 22 2013

LA NAISSANCE D’UN NOUVEAU SHOW

La façon dont je m’y prends pour créer un nouveau spectacle est pour moi difficile à clarifier pour au moins deux raisons. D’une part, je ne suis pas assez « intellectuel » pour pouvoir le faire Dominique Duviviervraiment : ce que je dis n’est pas péjoratif pour ceux qui ont une culture certaine, je dis simplement qu’elle me fait défaut en l’occurrence pour exprimer mes idées… D’autre part, ma façon de procéder est en fait plus empirique que véritablement réfléchie : la plupart du temps pour créer un spectacle, je travaille sur plusieurs fronts en même temps, je cherche « tous azimuts » puis décide simplement à un moment donné de m’arrêter sur une attitude qui me semble être la bonne et que je vais conserver jusqu’au bout (si tant est qu’elle convienne jusqu’au bout !). Cette « attitude » correspond en fait au plancher du nouveau show, ce qui veut dire, dans mon jargon, sa colonne vertébrale. Par exemple, pour mes spectacles de la série des « Intimiste », la colonne vertébrale trouvée est l’hommage que je rends aux grands magiciens qui m’ont construit : en partant d’eux, j’interprète une magie qui est la mienne mais qui s’inspire clairement de leur travail. Rarement, pour ne dire jamais, il y a copie conforme du tour : il est totalement re-digéré par moi puis re-donné comme je le vois. Par exemple dans mon spectacle « Intimiste 1 », mon tour de « La Carte Folle » s’éloigne radicalement du tour original de son auteur Peter Kane pour devenir ce que certains appellent un tour dans l’esprit « duviviesque ». Pour créer mon show, je choisis donc d’abord une direction générale, un ton fondamental qui me permet ensuite de pouvoir y injecter tout ce que je suis ou ce que je veux jouer à travers ma magie. Je choisis au départ un carcan de base dans lequel toute mon imagination et ma propre créativité peuvent ensuite se glisser.

Puis je choisis un ordre dans mes tours. Cela se fait assez naturellement : les tours vont eux-mêmes prendre un ordre hiérarchique naturel en fonction des effets en cascade que je donne au fil du temps qui passe dans le show.

Il faut aussi en parallèle, comme pour un morceau de musique, trouver des ponts qui vont créer les liens entre le refrain et la mélodie : ce sont des moments de transition entre chaque tour, qui vont permettre à la fois de passer en douceur à la phase suivante mais aussi de faire évoluer le show, le tout dans un mouvement de crescendo. Il peut s’agir par exemple d’une musique comme à la fin de « La Carte Caméléon » ou bien, comme dans « «Intimiste 1 », de quelques phrases que je dis au sujet de Persi Diaconis, cet artiste qui m’a tant marqué.

Je m’applique également à ce qu’il existe dans le show un ou plusieurs fils rouges pour donner toujours plus de souplesse à l’ensemble. Par exemple, toujours dans mon spectacle « Intimiste 1 », un des fils rouges est d’expliquer au public que nous sommes, nous autres magiciens, des gens ordinaires qui peuvent faire des choses extraordinaires. Cette approche permet de détendre le public qui se méfie « a priori » tellement du magicien ! Le ou les fil(s) rouge(s) permet(tent) entre autres de communiquer avec les spectateurs, de pouvoir devenir  » amis  » pendant cette période.

N’oublions pas non plus l’importance énorme que représente « l’acting » qui est véritablement le ciment d’un spectacle. Bien sûr, il faut considérer les tours, la mise en scène et le reste mais le jeu d’acteur reste l’élément le plus important. Tout passe ou casse par le jeu. Tout est généré par le jeu. Que ce soit l’effet intrinsèque, la réplique assénée, le comportement  » sans le son « , etc. Tout est jeu de comédien. Alors, en partant de cette nouvelle évidence, je suis ou essaie d’être un acteur accompli, sachant que je ne pourrai rien espérer faire passer par un autre biais.

1 commentaire

  1. Bertrand GILLE

    Bonjour Dominique,

    Au début je lis ceci « D’une part, je ne suis pas assez « intellectuel » pour pouvoir le faire vraiment »

    Et je tombe enfin sur cette perle qu’est le dernier paragraphe !
    Je le cite : « N’oublions pas non plus l’importance énorme que représente « l’acting » qui est véritablement le ciment d’un spectacle. Bien sûr, il faut considérer les tours, la mise en scène et le reste mais le jeu d’acteur reste l’élément le plus important. Tout passe ou casse par le jeu. Tout est généré par le jeu. Que ce soit l’effet intrinsèque, la réplique assénée, le comportement » sans le son « , etc. Tout est jeu de comédien. Alors, en partant de cette nouvelle évidence, je suis ou essaie d’être un acteur accompli, sachant que je ne pourrai rien espérer faire passer par un autre biais. »

    Une belle façon de prouver que le mot juste est bel et bien trouvé sans problème :)

    (Et je ne cite pas la similarité proposée avec les ponts musicaux : Très belle image également! )

    Merci pour ces reflexions. Elles montrent le chemin.

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