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Juil 08 2013

REFLEXIONS

« Les Tontons Flingueurs » de Georges Lautner… Un prétexte de plus pour moi pour vous parler de ce film que j’adore, je l’avoue !

Tous les protagonistes de ce film ont disparu ou presque et ont rejoint des milliers d’autres personnes de grand talent, parmi les étoiles que nous pouvons encore contempler en levant la tête le soir ou bien en revoyant leurs films. Tous ces monstres comme Blier, Gabin, Biraud… sont redevenus poussière. Pourtant, dès qu’on le décide, ils renaissent le temps d’un film en insérant  un DVD dans le lecteur. Mais j’ai l’impression que le support vidéo qui nous permet de les voir bouger, parler, jouer la comédie, nous apparaît comme de la bande magnétique seulement. Je veux dire que nous avons du mal à imaginer que ces personnages soient vivants, comme vous et moi. Pourtant au moment de ce tournage, ils étaient vivants, bien vivants même !!! Tellement vivants que nous pourrions aisément nous dire que le film que nous voyons est une projection directe, comme une émission de télé qui serait en « direct live ».

Dès l’instant où nous acceptons l’idée d’entrer dans ce monde que je vous propose, tout devient différent. C’est un peu comme si vous veniez d’assister à l’une des prises de vue, dans le studio de tournage à Paris. Imaginez… Audiard rôde pour vérifier que son texte est dit complètement comme il le souhaite. Vous sentez l’ambiance qui règne sur le plateau… un peu plus ?

Super, car si vous m’accompagnez un peu dans mon délire, vous comprendrez mieux comment vous pouvez suivre une discussion sur la magie quand je parle par exemple d’Albert Goshman qui me dit des trucs. Vous partagez avec  moi des choses qui ne sont pas forcément de votre époque, mais grâce à la vidéo, aux livres, ce texte… vous voyagez dans le temps. Vous remontez le passé et pouvez obtenir de connaître ce passé, le présent et qui sait… un jour, un jeune magicien vous demandera de discuter « magie » avec vous et vous lui expliquerez à votre façon que vous avez bel et bien parlé avec Goshman et des tas d’autres et pour ce jeune-là, l’époque de Goshman et la mienne ne feront plus qu’une. Vous lui semblerez vieux comme je vous semble être un fossile… et la roue continuera de tourner. Si l’échange est profond, les maîtres que je connais deviendront un peu des copains à vous aussi.

Dominique DuvivierParlons de celle de l’amateur qui est souvent à l’opposé de celle du pro. Le professionnel se vante (parfois à raison et non à tort) de n’avoir pas besoin de connaître des centaines de tours car il fait les mêmes tours devant des publics différents alors que l’amateur fait des tours différents parce qu’il a toujours le même public !!! Cette prétention face à l’amateur qui se justifie en partie, m’a toujours ennuyé. Je pense personnellement que chacun peut puiser de bonnes choses chez l’autre. L’amateur devrait s’inspirer du professionnel qui gagne en expérience chaque jour en peaufinant ses tours pour les rendre plus beaux et plus forts… j’espère !!! Mais le professionnel perd très souvent la force énorme de l’amateur qui, curieux de tout, cherche sans cesse à progresser en apprenant des choses nouvelles. Sa remise en question permanente fait défaut au professionnel qui peut se la jouer pas mal, et surtout, tout en gagnant de l’expérience sur les tours qu’il présente, devient « mécanique » dans ses présentations, ce qui est dommageable à la bonne tenue d’un spectacle vivant. Riche de ce constat, j’ai toujours conservé mon âme de débutant, ce que j’espère encore aujourd’hui.

Je suis magicien, j’aime cet art comme un amoureux de la première heure. J’ai la chance de vivre au propre et au figuré de mon art. Je peux exprimer avec la magie la plupart des choses que j’avais en moi. Le bonheur, quoi ! Une fois que j’ai terminé une prestation je suis nourri de ce que j’avais à donner. En fait, je n’ai pas besoin de faire ou de parler de magie. J’aime en parler, en faire, si on me le demande. Mais je n’en ai pas besoin. Je n’en ai plus besoin. J’ai cru un certain nombre d’années qu’en se rencontrant entre magiciens il était de bon aloi de se faire des tours. Échanger, se montrer, travailler ensemble. J’ai assez bien compris que la plupart du temps les magiciens aiment se regarder le nombril, parler de leurs galas passés ou à venir… des choses de ce genre mais rarement envie de progresser pour devenir meilleurs !!! Il semblerait qu’un numéro suffise pour une vie entière.

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Pour ma part, j’ai abandonné l’idée de faire comprendre que tout doit changer sans cesse. Qu’on n’est jamais arrivé en rien, dans la vie. Que tout doit toujours se remettre en question. Je fais donc ce que je crois bon pour moi. Je travaille et crée de nouveaux spectacles, de nouveaux tours comme au premier jour. Une fois ma journée terminée, je me sens bien d’avoir essayé de reculer les limites tant qu’il me reste de l’énergie. Je rêverais de pouvoir continuer ainsi une bonne vingtaine d’années encore si Dieu me prête vie. Si je devais disparaître rapidement, j’aurais au moins fait ce qui me semble fondamental dans l’existence : travailler jusqu’au dernier instant de ma vie. Un débutant, quoi ! Rien n’est plus merveilleux que de rester un apprenti. Partant de cette attitude de vie, je regarde mes confrères autrement. Si il y a moyen de parler pour avancer, je suis tout à fait connecté, et les conseils fusent presque à mon insu. Si les confrères continuent de se regarder et s’aiment un peu trop… alors je vaque à mes occupations et les laisse parler pour refaire le monde.

 

Je crois fondamentalement dans le fait que tout est impermanent. C’est ce qui explique en partie pourquoi je change sans cesse de versions pour mes tours. Chaque année ou presque, je change mes spectacles car je ne crois jamais au geste « juste », valable pour une durée indéfinie. Je suis un perpétuel insatisfait de tous ces points de vue car je ressens que rien ne dure vraiment. Ce qui dure sans cesse est l’amour qu’on a besoin de donner et de recevoir. Cet amour évolue ou du moins s’appelle différemment d’une époque à une autre. Mais l’amour reste la denrée la plus indispensable à l’homme. En partant de ce protocole pour le moins original, je me suis forgé une politique de vie dans mes recherches assez marginales.

 

Par exemple, nous sommes réunis autour d’une table dans mon spectacle « Intimiste », mais je ne sais pas ce qui doit se passer réellement. J’ai tout prévu justement pour pouvoir penser de cette façon. Grâce au fait d’« avoir tout prévu », je peux offrir au public ce qui doit se passer ce soir particulièrement. Tout est impermanent sauf l’instant présent immédiat, qui lui est permanent. Ce moment est précieux : il est l’avenir, il est le présent. A cet instant précis nous sommes tous devenus immortels. Le temps n’existe plus. Riche de cette croyance, je peux donner ou tenter de donner ce qu’on attend avec impatience dans la vie : être heureux, ne plus penser à ses soucis, se laisser aller complètement. Vivre tout le bonheur qu’on se souhaite en un seul moment. Comme si sa vie n’était rien avant et ne sera plus rien après. Juste tout de suite. Ici et maintenant.

 

Je me bats dans ce sens dès que j’entre sur scène. J’ai un rôle à jouer. Focaliser, unifier pour toute la salle ce que nous sommes venus chercher en nous déplaçant pour voir un spectacle. Se détendre si possible. Sortir grandis si possible. Les salles sont chaque fois uniques. Les spectateurs viennent avec leurs croyances, leurs réticences, leurs interdits. Si mon spectacle est écrit de telle manière que je puisse enlever facilement les craintes naturelles du spectateur, que je puisse vivre en premier cet instant comme le seul possible dans la vie, alors je pourrais emmener avec moi les autres sur ce chemin qui est le seul reconnaissable, le seul qui vaille d’être foulé.

 

Vivre chaque instant de notre vie comme passé/présent/avenir est la clé de ce que je crois être la solution pour se sentir en harmonie avec toute chose. Dans cet axe précis tout devient possible ou presque.

 

Ainsi, un tour est le reflet, ou devrait l’être, de la culture actuelle et des tendances du moment. On se doit de vivre dans l’harmonie du temps où l’on vit, aux côtés des autres. Sinon on perdra toute crédibilité ou bien nous serons des
artistes figés comme certains numéros qui ne vieillissent pas mais qui sont hors du temps et des attentes du monde actuel. Il nous faut conserver la mémoire du passé et pour la conserver, nous la fixons par des tableaux de maîtres, des édifices, des numéros de magie, etc.

La mémoire du passé. Par contre, parallèlement, il nous faut avancer sur les nouvelles vues des hommes, leurs manières de parler, de se cultiver, de grandir. Si nous pouvons appartenir à cette tendance « des nouveaux artistes » qui permettent en partie d’avancer et de faire avancer nos contemporains, je pense qu’il ne faut pas s’en priver. La magie est assez riche pour que chacun trouve son compte dans le choix des interprétations possibles. Ou il appartiendra plus tard au passé qui est indispensable, ou il appartiendra au futur qui est tout aussi indispensable. Chacun verra midi à sa porte et tout pourra continuer.

2 commentaires

  1. Zerdoun Jonathan

    Bonsoir,

    Un grand merci Dominique!

    Sachez que si je n’ai plus beaucoup l’occasion de croiser votre en route en se moment, je ne cesse de suivre votre chemin! (Il est d’ailleurs plus compliqué de se croiser si nous allons dans la même direction!).

    Aussi, quel bonheur de parcourir votre « RÉFLEXION » … qui nous pousse à continuer à être curieux, à vivre… et faire vivre chacune de ses routines, chacune de ses histoires… car elle sont toutes réelles, ne serait ce que le temps d’un spectacle…

    A très bientot!

  2. philippe lericque

    J’aime votre philosophie, Mr Duvivier, qu’elle se rapporte à la vie en générale ou à la magie.
    Bien trop de gens se croient arrivés alors que chaque jour qui passe devrait nous permettre d’apprendre et de nous améliorer.
    J’espère vraiment avoir l’occasion de vous voir au Double Fond un jour car j’admire (sisi), bien plus que votre technique et votre dextérité (qui sont irréprochables) votre humour, votre approche de la magie (n’en déplaise à certains) et cette envie de partager avec nous public, votre passion pour cet art que j’aime énormément à défaut de le pratiquer !!!

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