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Avr 30 2012

Interview Dominique Duvivier : deuxième partie

Lionel : Selon vous, quels sont les dangers de ce que vous appelez la théorie théoricienne ?

Dominique : Le danger est de rester dans une forme de masturbation intellectuelle sans réelle assise sur la réalité. Même si dans la magie, on vend de l’irréel, celui-ci est la conséquence d’une réalité à toute épreuve.

Lionel : Pouvez-vous nous donner un exemple précis ?

Dominique : Oui, si tu veux. J’ai souvent entendu dire que l’effet, en magie, n’avait pas une si grande importance, que ce qui comptait, c’était la méthode. Mais, dans la réalité, qu’est- ce que voit le public ? L’effet ou la méthode ? Si on se dit magicien, on va évidemment mettre l’accent sur l’effet. Il est bien entendu que la méthode est utile et il est intéressant d’essayer de trouver différentes méthodes pour arriver à un effet donné, mais je ne pense pas du tout que cette méthode soit plus importante que l’effet.

Par contre, et c’est peut-être la raison pour laquelle on entend dire ce genre de choses, il est plus simple de trouver une nouvelle méthode qu’un nouvel effet. Comme c’est plus simple, c’est ce vers quoi il faudrait tendre. Je ne pense pas du tout de cette façon.

Par exemple au sujet de Twisting the Aces , il y a certaines personnes qui démontrent qu’il ne faut pas toucher à la version première de cet effet génial inventé par Dai Vernon. Voilà un autre exemple de théorie théoricienne hors de la réalité. Sous quel prétexte empêcherait-on les créateurs de faire évoluer ce concept ? Pourquoi cela devrait-il rester figé comme si c’était gravé dans le marbre ?

En partant de ce principe, la magie ne sera, au mieux, rien d’autre qu’une belle démonstration de French Cancan. Si on veut voir du French Cancan, on sait où aller. Au Lido ou au Moulin Rouge. C’est beau, mais c’est quelque chose qui est hors du temps.

Si on admet que la magie est un art, il me semble qu’elle doit être inscrite dans son époque et que des effets comme Twisting the Aces peuvent subir le rythme de l’évolution de notre art, sans pour autant oublier les fondateurs de celui-ci.

Lionel : C’est ce qui vous a motivé justement à créer votre version Twisting the Aces Parfait ?

Dominique : Oui, sans pour autant dire que je faisais une amélioration du tour de Dai Vernon. Simplement, en réfléchissant sur l’esprit du tour et de son effet, j’ai pensé à faire ce que l’on voit dans Twisting Parfait. Je précise au passage qu’il est tout à fait possible de donner à examiner les cartes à la fin du tour. Ce à quoi je voulais arriver, c’est de pouvoir retourner les cartes sans aucun mouvement. Telle était l’idée de base. Aucun comptage pour obtenir le même résultat. Ray Kosby, qui m’a dit le plus grand bien de ce tour, m’a d’ailleurs donné d’autres idées par la suite, notamment pour la fin.

Le but n’était pas de faire un crime de lèse-majesté en proposant Twisting Parfait. Simplement Dai Vernon nous a offert un principe sur lequel je considère que nous pouvons travailler et c’est ce que j’ai fait. C’est le même principe que j’ai appliqué aux Salières d’Albert Goshman. Conserver l’esprit tout en adaptant la séquence à ma propre personnalité.

Si l’on s’inscrit dans une forme de créativité, on se sert des choses existantes et on les fait éclater différemment. Avec plus ou moins de bonheur, mais n’empêche que c’est le lot même de la recherche et du travail d’un artiste.

Lionel : Que pensez-vous du fait que l’on dise parfois de vous que l’on aime bien votre magie mais moins votre personnage ? Je parle du personnage en tant que Dominique Duvivier et non en tant qu’artiste.

Dominique : Il est très difficile pour moi de répondre à cette question. Je crois profondément que dans tout rapport humain, le respect mutuel doit être de rigueur. Je crois que quand on parle à quelqu’un, quel que soit le domaine, on doit au minimum le considérer comme son égal. Je t’assure que j’ai senti très souvent que ce n’était pas toujours le cas quand on venait m’aborder. Comme je suis difficilement capable de pratiquer la langue de bois, dans ces cas-là, je peux être très direct, surtout quand je dois donner un spectacle dans la demi-heure qui suit. Ce genre de choses se retournent souvent contre soi. Je crois que ça répond en partie à la question posée. Je ne dis pas que tous ceux qui ne m’aiment pas ont vécu ce que je viens de décrire mais, pour une part, c’est le cas.

Suite au prochain numéro !

1 commentaire

  1. cavaflar

    Huit mille(s?)…(j’ai jamais su si mille était invariable et j’ai la flemme de demander à google)..j’étais donc en train de dire, avant d’avoir été grossièrement interrompu par moi même,… que quatre vingt(s?)…M… c’est pareil me souvient plus non plus…je ne fais pas le coup du cent car ça va finir par faire comique de répetition…(enfin je sais pas si c’est comique mais moi j’aime bien lol)…Bref je suis à plein de bornes de ce blog, à plein de décalage horaire aussi, mais je prends toujours autant de plaisir à le lire!…et j’adhère à fond, qu’on arrete de pomper l’air aux artistes..en magie ou en Macramé..laissons les vivre…! :)
    Merci et Vivement Lundi…!
    Amitiés antillaises! !
    Cavaflar

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