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Fév 13 2012

MAGIPHAGEUH N°22 : POUR LE PERSONNEL

C’est une histoire drôle qui sera la toile de fond de ce « Magiphageuh » du mois de février… C’est d’ailleurs bien plus qu’une histoire amusante pour moi : elle est particulièrement instructive pour peu qu’on veuille bien s’y intéresser au-delà de sa destination première… Tout comme le récit de «Fritz» que je vous avais conté ici

Warning!

{Lien de l’article}
, cette histoire dite « drôle » sera édifiante à plus d’un titre pour vous chers magiphages, que vous soyez magiciens ou pas du reste ! En tous les cas, si vous l’êtes, réfléchissez bien à la portée de ce petit bout de vie, cela pourrait vous être bien utile pour avancer. En attendant… bienvenue dans le monde du jeu et des addictions !

Depuis plusieurs heures, un homme perd tout ce qu’il peut à une table de roulette. C’est un joueur invétéré. Les croupiers le connaissent bien. Pour eux normalement un joueur n’est qu’un joueur, qui grossit leurs pourboires et fait tourner la maison. Mais là ils semblent presque pris de pitié pour ce pauvre bougre qui se ruine devant leurs yeux. Face à lui, ils compatissent du regard, avec des petites phrases qui se veulent rassurantes : « Vraiment pas de chance… ». Chaque fois qu’une plaque est déposée sur le tapis, elle est aussitôt happée par le râteau, implacable et sans âme. Chaque plaque finit invariablement par gonfler les gains du casino… Un attroupement discret s’est peu à peu constitué autour de l’infortuné joueur. Le badaud est toujours très gourmand du malheur des autres ou plutôt ravi de voir plus fou que lui ! Notre joueur place sa dernière plaque sur le 28. C’est son nombre fétiche. Le croupier perce le silence pesant : « Rien ne va plus ! ». La boule commence à ralentir. Le joueur met machinalement les mains dans ses poches en attendant le verdict. Ses poings sont serrés : cette maudite petit boule va s’arrêter sur le 28. « Le 7 rouge impair et manque ! ». C’est signe que tout l’argent du joueur vient définitivement de disparaître dans l’escarcelle du casino…La roulette est bien stoppée et c’est la ruine. Le joueur reste à sa place, debout, comme pétrifié, pouvant à peine respirer. Le temps s’est figé. Il bouge, mais ses gestes sont mécaniques. Autour de lui, le public s’est étendu et scrute silencieusement ce curieux bonhomme aux allures de pantin désarticulé. Tous aimeraient percer le mystère de cet homme qui vient de tout perdre sans en avoir l’air… A moins qu’ils n’essayent de se comprendre eux-mêmes ? Pourquoi sommes-nous tous là dans ce monde où le rêve côtoie le pire des cauchemars ? En tous les cas, aucune réaction ne peut se lire sur le visage de notre joueur malchanceux. Rien ne transpire… et pourtant, dans sa tête, les pensées vont bon train. Le temps n’existe plus. La vie continue autour de lui, mais lui n’y est plus. Les sons environnants sont devenus sourds et lointains. Tout semble tourner au ralenti…Ses mains s’agitent dans ses poches et cherchent avidement un mouchoir, une clé, un signe de vie pour l’aider à retrouver une contenance ! Soudain, il sent quelque chose dans sa main droite. Ses doigts font l’inventaire de cet objet insolite. Il n’y a plus de doute : c’est une pièce du casino ! L’habitude lui permet de l’analyser immédiatement : sa valeur est de 100€. Cette nuit il a perdu plus de 30000€, les 30000 derniers d’ailleurs… et pourtant c’est comme s’il était riche à nouveau. Notre joueur reprend vie : et s’il jouait ces 100€ sur le 14 en plein ?! Petit à petit cette idée qui a germé prend toute la place de son esprit survolté. Ça y est, il est convaincu : c’est une bonne idée, c’est même la meilleure de la soirée ! Il s’approche de la table, avec sa pièce de 100 € comprimée dans sa main, et il attend. La boule tourne et s’arrête dans la cavité du 14… Fantastique ! Notre joueur n’a pas misé, mais il commence à se rassurer un peu : virtuellement au moins les choses s’arrangent pour lui. La chance revient peut-être ! Comme il ne joue plus, le public se disperse peu à peu autour lui, sans imaginer le nouveau petit jeu intérieur qui lui redonne vie petit à petit. Il se dit maintenant : cette fois, je ramasse mes gains, mais je laisse une pièce au 14 et je triple la mise sur le 28 en plein. Il ne joue toujours pas pour de vrai, mais cet exercice lui fait du bien. La boule s’arrête sur le 28, ce qui lui aurait rapporté plus de 12 000 € s’il avait joué les deux fois ! Il se dit qu’il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin et imagine un autre scénario : jouer le tout pour le tout, en plaçant tous ses gains sur le rouge. Le rouge sort. Incroyable ! Cette dernière mise lui aurait rapporté plus de 24 000€, s’il avait joué. Il se dit : mais alors pourquoi ne pas tenter encore plus audacieux ? Cette fois il pourrait jouer les 24 000 € sur le chiffre 2, mais en mettant aussi de l’argent sur les voisins comme on dit et en plus sur la colonne (le sizain). Si le chiffre 2 sort, la mise devrait rapporter 150 000 €. Et c’est le 2 qui sort !!! A la tête de cette nouvelle fortune virtuelle de 150 000 €, il regarde l’encaisse possible et voit qu’il peut mettre jusqu’à 200 000 € à cette table sur une chance simple. Allez, et s’il misait tout sur le rouge, sa couleur fétiche ? La boule tourne et les secondes qui s’égrènent paraissent interminables. La boule s’immobilise sur le rouge ! Dingue ! Il vient de gagner 300 000 € (s’il avait joué) !!! Voilà notre joueur tout ragaillardi. Il fouille dans sa poche et, l’allure fière, il lance vers le croupier la seule pièce de 100 € qui lui reste, en lançant d’une voie claire : « Pour le personnel ! ».

Si vous avez bien suivi mon histoire, vous venez de sourire car vous venez de reconnaître toute la dérision de la psychologie humaine… Alors qu’il est parfaitement ruiné, comment notre joueur se retrouve-t-il à lancer fièrement sa toute dernière pièce ? Comment un homme peut-il perdre à ce point le sens des réalités ? Si vous réfléchissez, ce n’est malheureusement pas si difficile à obtenir et les situations de ce type sont plus que nombreuses autour de nous. Remettez-vous en question, car vous êtes peut-être d’ailleurs vous-même victimes de ce travers typiquement humain ! Il est tellement plus rassurant et plus facile de porter des œillères et de voir les choses comme on a envie qu’elles soient et non pas comme elles SONT, qu’on est vite pris au piège de son propre esprit… Gare aux déceptions futures ! Alors cessons d’accepter la complaisance, remontons-nous les manches et affrontons la réalité, la vraie, du mieux que nous le pouvons et nous en serons récompensés.

Par exemple, pour les plus « magiciens » d’entre vous, n’oubliez pas qu’à force de travailler seul devant votre miroir et non pas devant un public réel normal (donc pas votre épouse ou votre pote magicos par exemple), vous n’êtes plus dans la réalité et, comme le protagoniste de la petite histoire drôle du jour, vous vous figurez petit à petit des choses qui ne sont pas (ou plus) vraies ! Retrouver le chemin de la réalité passe par faire de la magie devant de vraies personnes, aussi difficile que l’exercice puisse être parfois ! Et pensez aussi à vous filmer quand vous faites un tour. Là aussi, c’est souvent « la douche froide » car la vidéo est sans complaisance, contrairement à nous-même…

Voici du bon grain à moudre pour cette fois, n’est-ce pas ?

Bon courage à tous

Amitiés

Dominique Duvivier

1 commentaire

  1. cavaflar

    Mais ouiiiiii…… !!! J’aurais du y penser avec le titre de ce magicphageuh…mais je me suis laissé gagner par le talent de la narration et j’étais parti sur une fin alternative…et là, bzzzzzzz..(je sais ,je fais très bien les neurones qui ont un orgasme !) retourné comme une crèpe par cette chute sublime…(du niveau du sketch de Desproges sur les piles pour les connaisseurs !)
    Et c’est marrant quand même comme cette chronique tombe à pic et fait écho à mon cheminement de pensée que j’exprimais dans mon dernier post sur la qualité de l’opus 2 de « si c’était vrai »….plus je pratique , plus je me passionne et plus j’ai un profond respect pour les artistes-magiciens qui, eux, s’exposent au public…. !
    Bonne semaine commencée par un éclat de joie !
    Merci à toi !
    Amicalement
    Cavaflar

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