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Jan 09 2012

MAGIPHAGEUH N°25 : LA FLAMME

La flamme. C’est celle qui nous prend le matin de notre vie, quand nous nous passionnons pour tous ces jouets que notre chère maman nous donne à explorer, à casser, à animer de nos fantasmes inconscients… Tous ces objets de tous les jours qui deviennent, pour nos petites mains avides de connaissances, le cirque de nos essais les plus variés et les plus improbables. A cette époque la vie est un grand terrain de jeu, et notre mère le centre du monde. Enfin du moins, elle l’était pour moi… L’amour d’une mère… quoi de plus merveilleux pour un enfant ! Et puis un matin c’est plutôt la copine de classe qui envahit nos pensées. Elle devient la seule chose qui importe vraiment et elle nous donne des ailes pour sauter de plus belle… Pour elle, on est capable de tout et… on finit souvent par se répandre sur le sol, n’ayant pas vu l’obstacle… Eh oui, la jeune fille ne nous regarde pas et pourtant on réussit à se persuader que, dans la langue qui est la sienne, elle nous dit : je t’aime. A ces âges, nous sommes des lecteurs de pensées cybernétiques, souvenez-vous ! Mais c’est elle qui remplace maman pour le moment, et c’est elle qui nous donne le goût des choses. Elle est la saveur de la vie, telle qu’un garçon la considère, il est vrai ! La fille elle, ne semble pas voir les choses de la même façon. C’est génétique. Les filles savent créer ce que nous ne saurons jamais faire : la vie. Alors nous autres garçons errons sans cesse pour tenter d’arriver à leur hauteur… Et, comme c’est impossible, nous cherchons des tours de cartes pour tromper l’adversité ! Mais cette flamme qui nous brûle l’âme, qui nous consume sans cesse, qui nous donne la force d’avancer, c’est de l’amour que nous la puisons. Or, quand nous devenons adultes et bien plus sérieux, nous ne sommes pas  loin de croire que l’amour n’est pas spécialement lié à notre réalisation professionnelle… Chaque chose à sa place que diable ! Certes nous savons toujours ce que c’est que l’amour, mais il n’est souvent pas plus significatif que celui de posséder le nouveau modèle de la voiture de nos rêves, ou du dernier tour de magie à la mode ! Nous sommes amoureux mais plus de nous-même… Ce n’est pas le même amour que celui qui nous faisait vibrer avec la jeune fille de nos quinze printemps !!! Rappelez-vous… Nous étions transis, nos tripes étaient en jeu ! Entre-temps, nous avons grandi et nous avons découvert l’ennui et l’habitude… Je vois souvent des personnes chercher après Titine (expression d’une autre époque), mais qui ne la trouveront pas plus que dans cette ancienne chanson presque disparue de nos grands-parents (je parle des miens, bien entendu !). On ne peut retrouver la flamme si l’on emprunte des chemins qui ne la côtoient pas ou peu souvent ! Cette flamme, dont j’ai choisi de vous parler aujourd’hui, est en nous, mais pas seulement en nous. Elle est aussi dans le regard des autres, dans celui qu’on a oublié de rallumer, par habitude de vivre à côté ! Cette flamme si précieuse, on la perd, on la retrouve plus ou moins en partie et on la laisse lâchement se consumer jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une lueur… qui ne brûle plus rien ! Et il est trop tard. La flamme, il faut l’entretenir chaque instant, car c’est elle qui nous donnera la force de continuer, de rêver, de se dépasser. En tant que magicien, posez-vous la question : comment continuer d’étonner si vous avez perdu vos propres rêves ? Mais alors où la retrouver cette flamme ? Eh bien, pour faire court, je dirais dans l’amour par exemple de votre mère comme jadis, si vous avez la chance que Dieu vous la prête encore un peu. Ou dans l’amour de votre femme, ou de votre maîtresse (d’école… lol). Voire dans les trois ! Ou dans une amitié profonde et pure (si, c’est envisageable). Ou dans une passion dont on retrouve le goût par hasard (le hasard vous savez…). Bref, trouvez mille et une pistes pour que votre cœur vibre à nouveau, qu’il puisse palpiter de bonheur, comme dans son premier amour ou le dernier qui semble toujours si unique. Dans tous ces amours-là, il y a un peu de cette magie que vous serez alors capable de transmettre à votre public quel qu’il soit. Car n’oubliez jamais ceci : vos spectateurs n’attendent pas tant de vous des prouesses techniques , mais de l’amour partagé que vous vivez vous-même dans votre chair. Cette flamme qui m’a donné envie de vous écrire aujourd’hui, je vous la donne, prenez-la et redonnez-là ! Sinon, elle sera perdue pour tous !

6 commentaires

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  1. Silencio

    Cher Dominique,
    Toujours ces bonnes ondes qui parcourent et jalonnent le passage de témoin dont vous fîtes un sacerdoce émerveillé. Soit cet intarissable mélange de savoir-faire, de roublardise et de générosité. Une fontaine de jouvence, en quelque sorte.
    Silencio

  2. Sébastien Thill

    Bon ben comme toujours tout est dit, et bien dit!
    Seul regret en ce qui me concerne, ne pas avoir lu ce texte quand j’ai commencé la magie il y a trente ans!
    Mais il n’est jamais trop tard!
    Belle année 2012 à vous, en ce qui me concerne, elle a si bien commencé, et sans doute y êtes vous pour quelquechose!
    Amitiés!
    L’Espiègle.

  3. Cavaflar

    Merci Dominique pour ce bon coup de « Chaud » qui fait du bien, là, là là et là!
    Merci aussi pour la découverte qu’il n’y avait pas que Monsieur brel qui avait chanté « Titine oh ma tinine »…!
    Merci pour les remontées de souvenirs au fil de la délicieuse lecture de ton texte…!
    Allez, c’est dit je laisse le gaz ouvert et l’allumette à la main !!!
    Amitiés
    Cava

  4. Clarisse

    Merci pour ce texte, qui m’incitera, du haut de mes 16 ans, à tout faire pour ne pas perdre cette flamme ! Trop de gens de mon entourage (ados comme adultes) l’ont perdue et pourraient dangereusement déteindre sur moi ! Mais je tiendrai bon, quoi qu’il arrive (ou du moins je ferai tout pour…) ! =)

  5. Bertrand GILLE

    Beau texte, vraiment. :)
    Il mérite une réponse « appropriée »…
    Ma petite flamme, je vais la chercher dans une promesse faite à ma fille.
    Ma petite flamme, je vais la chercher dans le soutien de ma femme.
    Ma petite flamme, c’est un peu une bataille perpétuelle pour la garder allumée et ne pas laisser les découragements ou le venin des mots la souffler sans que je ne m’en aperçoive.
    Ma petite flamme, elle s’éparpille parfois et je dois faire attention à ne pas la perdre
    Ma petite flamme, c’est un peu sur ce blog qu’elle se ravive :)
    Et j’espère que les mercis de vos fidèles lecteurs ravivent parfois un peu la vôtre.

  6. Eisengrim

    Tout milieu artistique fait perdre la flamme rapidement pour différentes raisons.
    Certains milieux ou l’artiste est isolé (peinture, écriture, sculpture, …) sont moins touchés que d’autre. Mais le cynisme et la brutalité du monde adulte sont des éléments destructeurs.
    Se faire sa place (comme ou dit) n’est que rarement issu du talent ou de la persévérance. Cela se joue souvent sur d’autres facteurs (pas toujours honorables) et sur de la chance.
    La destruction de la flamme c’est ce contact avec cette réalité. Ce compromis entre votre rêve censé et l’absurdité d’un monde réel.
    Le milieu de la magie fait perdre la flamme très rapidement, un bar de close up ou il n’y a que des magiciens dans la salle .. est une expérience horrible d’un gigantesque concours de bites. La dimension artistique (celle de la flamme) étant alors réduite à néant.
    L’artiste parfait c’est 100% d’égoïsme et 0% d’égocentrisme me disait un amis peintre. Si la première partie est présente dans pas mal de magicien (allant jusqu’au dédain charismatique) le second élément de l’équation est rarement approché.
    On assiste alors à un maelström technique qui perd la magie.

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