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Sep 12 2011

Extrait d’une interview d’Eric-Emmanuel Schmitt

Dans un numéro récent du magazine « Psychologies », je suis tombé sur une interview passionnante du romancier Eric-Emmanuel Schmitt. En voici quelques extraits. Vous allez voir, c’est intelligent, c’est bien dit, c’est profond, c’est riche. C’est magique !

Amitiés à tous

Dominique Duvivier

« Je crois que c’est la fonction des livres, des pièces de théatre, des films de nous aider à vivre. Pour moi, un livre n’est pas une fin en soi. Il ne doit pas être admirable pour ce qu’il est mais pour ce qu’il produit chez son lecteur. Un bon livre doit aider à mieux vivre, à mieux penser, à s’harmoniser, parfois à guerir. On peut lire par curiosité des autres, mais il faut un peu plus : la volonté de comprendre, de réparer, de se hisser ou de se hausser un peu plus haut que soi. Et, dans l’écriture, c’est la même chose. »

« J’aime cette idée de s’alléger du pathétique, s’alléger de la peur, de l’angoisse. Pratiquer la joie, c’est se mettre en rapport avec ce qui est, se satisfaire de ce qui existe, c’est un rapport au plein. Alors que la tristesse est rapport au vide, au manque. Voilà mon trajet de vie : accepter que la vie soit un point d’interrogation joyeux. Le désir de contrôle est mortifère. »

« J’ai mis longtemps à comprendre que le bonheur ce n’est pas refuser le malheur, c’est l’intégrer dans le fil des jours et vivre avec la douleur, les regrets, les manques. Bien sûr, cela fait mal, mais, si on essaie de vivre sans regarder ces douleurs, on se sclérose, on fait mourir des parties entières de nous même. »

« Quand j’ai écrit La part de l’autre, où j’essayais de deviner quel autre homme aurait pu devenir Adolf Hitler, j’ai découvert que le monstre n’est jamais loin parce qu’il est à l’intérieur de nous, de moi. Il suffirait que je me laisse aller à simplifier, à ne plus analyser, à désigner un coupable, à penser que j’ai toujours raison… Le mal fait partie de la nature humaine et nous avons tous un barbare en  nous. Il faut le tenir bien enfermé dans sa cage. Parce que, Hitler, ce n’est pas l’autre. »

4 commentaires

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  1. Sébastien THILL

    Que dire d’Eric Emmanuel Schmitt, humaniste et réaliste, poète et pragmatique, profond et accessible.
    Son oeuvre fait le grand écart pour devenir absolu et universel!
    A lire d’urgence « La part de l’autre », « Lorsque j’étais une oeuvre d’art » (c’est juste obligatoire!), « Oscar et la Dame Rose », « Petits crimes conjugaux »… Que de chefs d’oeuvre, tant en romans qu’en théâtre… De quoi réfléchir, et appliquer ces trouvailles à nos recherches magiques (« Ma vie avec Mozart » est un vrai concept!),merci de nous le rappeler!

  2. Mike l'infirmier

    Effectivement, nous avons tous une part sombre en nous.
    Ne cherchons pas ce mal, ce « démon » judéo-chrétien (tentateur et autres qualificatifs) autour de nous, au risque de ne pas le voir en nous.
    Evidemment je ne parle pas de la notion d’être croyant ou non, rien à voir, mais de notre culture qui s’imprime dans notre inconscient collectif.
    Comme il est dit dans l’interview, si nous ne savons pas regarder ce que nous n’aimons pas en nous (douleurs, vécu, défauts, etc), nous nous oublions en partie.
    Je pense de même que si nous cherchons à lutter contre ce mal parce que nous le refusons (et c’est bien légitime), nous lui donnons un support. Il vaudrait mieux l’accepter, il fait partie de nous, ainsi il n’a plus d’emprise et nous devenons libre de nos actes. Nous avons toujours le choix… quoiqu’en disent certains.
    Pour faire le lien avec la magie, je renvoie le propos vers le thème de la créativité. En sclérosant notre personnalité, nous sclérosons notre créativité, et bien d’autres choses encore…
    A+
    Mickaël

  3. cavaflar

    Mais comment fait Sébastien pour se coucher le dimanche soir après minuit…Travaille pas le Lundi ou bien ?? (LOL)
    « Accepter que la vie soit un point d’interrogation joyeux ! » J’achète! Quelle philosophie magnifique !….….Bon,j’y arrive pas mais je me soigne !
    Quand à Adolph….( je ne peux m’empêcher dès que j’entends ce nom de penser « au fils d’hitler » des frères Jolivet dans les années 70 ça adoucit les pensées !….) Donc, Dieu sait si celui là me fait frémir….pourtant il peignait, dessinait, aquaralisait….j’ai vu une toile de lui sans savoir que c’était de lui…j’ai trouvé ça pas mal…quand j’ai su qui l’avait peint cela m’a mis très très mal à l’aise….Hitler une sorte « d’artiste » quelque part ?? ça interpelle non? limite…ça fout les jetons ?
    Amitiés joyeuses
    Cavaflar

  4. Bertrand GILLE

    j’adore :
     » Voilà mon trajet de vie : accepter que la vie soit un point d’interrogation joyeux. Le désir de contrôle est mortifère.  »
    Merci pour cette découverte

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