«

»

Juil 11 2011

Travailler assis

 Carl Valentin : « Peux tu nous parler de ton travail assis, de ta vision par rapport à cela, comment as-tu construit ta magie par rapport au Double Fond. »

Comment parler de cela sans trop me répéter ? Mystère insondable que ma feuille de papier électronique va me livrer au fil des mots que j’y couche dès à présent…J’ai toujours aimé le travail bien fait et, assis, j’ai découvert les joies d’être au même niveau que mes spectateurs. Un convive parmi les convives ! En plus d’être fainéant de nature, j’ai compris le formidable potentiel magique que la position assise m’offrait. Parler de tout et de rien, posséder par exemple un verre mi-plein d’un breuvage comme eux : tous ces aspects nous rapprochent de l’ambiance intime d’un dîner entre amis… d’un dîner tout court ! Me trouver à cette table, assis donc comme un autre, enfermé (je parle des angles) de part et d’autre par un spectateur encore  potentiel pour un instant (je parle par exemple d’un show du type Goshman, où j’ai dès le début une spectatrice à ma droite et une autre à ma gauche), me procure une vision particulièrement « panoramique » de ce que donnera mon spectacle, grâce à ces conditions toutes particulières dont je me suis dotées… 

Assis, je suis un roi. Le roi du monde (du moins à cette table à laquelle je siège). L’apparence ordinaire des choses me donne un pouvoir que les spectateurs, assis comme moi, ne peuvent du coup pas imaginer. Les temps d’avance (que je me fais un point d’honneur de collectionner au fil de l’histoire que je conte), les moyens techniques comme le lapping et autres subtilités liées à ma « condition-d’homme-assis-comme-eux », sont autant de moyens pour subjuguer rapidement mon auditoire, loin de s’attendre à tant de possibilités… Vous l’avez compris, assis, je suis un magicien heureux, car j’accède à une liberté et une maîtrise que seule cette position me permet. Le magicien « vertical » s’est habitué à rester debout et à dû retrouver des techniques pour être au niveau de ses ambitions ! C’est comme ça que je vois les choses. Moi assis, je peux faire tout ce que je veux et les techniques anciennes vont m’aller comme un gant. De plus je vais m’ingénier à en inventer de nouvelles parallèles et de nouvelles tout court, histoire de brouiller les pistes (vous commencez à me connaître, n’est-ce pas ?!)… Bref, je côtoie le bonheur absolu, ce qui va ravir les TAQUINS qui aiment tant me savoir heureux… Retrouver la convivialité d’un repas et, sous ce couvert, créer un mini-show ou un spectacle complet, me donne la possibilité d’emmener le public dans un monde vraiment différent de celui qu’il connaît habituellement ! J’aime créer ce genre d’univers qui part du quotidien, de l’ordinaire qu’on va distortionner petit à petit, pour le rendre incroyable… magique ! Le fait d’être en petit comité se « prête » à ces excès futurs, à ces moments fous dont les gens sont friands. Venir à une table et faire des tours debout est un plus apporté au dîner, c’est une animation. Participer à l’harmonie d’une table en en faisant partie et, à un moment qui semble improvisé, créer  l’événement est tout autre chose !!! Et c’est pour accéder à cette dimension que la magie dite de « table en table » ne peut pas offrir, que j’ai imaginé le Double Fond, pour pouvoir exprimer ce que je voulais au départ. Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières pour arriver à mes fins puisque j’étais déjà convaincu, programmé et rompu à ce concept que j’appelle le « close up de scène » ! J’en rêvais, je l’ai concrétisé. Tous réunis autour d’une table… un verre offert à un spectateur… un rond de bière pour éviter qu’il me salisse mon tapis mais surtout pour créer un « genre » de table, comme au restaurant… Un peu, beaucoup de tchatche… et hop ! Le public se retrouve dans les conditions idéales pour se lâcher complètement et la magie commence !  Voici les bases du Double Fond en tant que salle de spectacle…

Bon, eh bien, j’ai finalement réussi à dire deux ou trois petites choses d’une façon nouvelle sur le sujet, n’est-ce pas ?

4 commentaires

Skip to comment form

  1. Sébastien THILL

    Article fort complet comme toujours, être au niveau du spectateur, convive parmi les convives…
    Je crois que tout est dit!
    Comment faire une magie intimiste, si on est debout, qu’on surplombe l’auditoire mais qu’en même temps, on a l’air d’un sommelier ou d’un serveur!
    Et si en plus d’être au niveau des spectateurs, nous étions aussi spectateurs, témoins de notre magie, de LA Magie! (comme le personnage du « Caméléon »!)
    Tellement passionnant, merci pour tout!

  2. Jeannot57

    Bonjour et merci pour votre réponse à cette question très pertinente. Je rebondis tel un Marsupilami sur un passage « un rond de bière pour éviter qu’il me salisse mon tapis » pour vous poser une question (encore une !). Vous est-il déjà arrivé de faire face à des « catastrophes » ou à des « accidents » comme justement un spectateur qui renverse son verre sur votre table, voire vous-même qui cognez votre verre et hop, une inondation ! Ou encore un spot qui s’éteint (le pauvre, il était à bout de souffle). Et un « truc-que-je-me-demande-pourquoi-ça-n’arrive-jamais » : nous sommes des humains, on éternue, on a le hoquet, on peut avoir un rhume, mal au ventre, on peut s’être coupé, avoir un lombago, avoir la crève, bref, tout ces petits aléas avec lesquels il faut bien vivre. J’imagine que ce sont des choses qui arrivent. Au théâtre, à la limite, on peut sortir, mais là, derrière une table avec en plus les « contraintes » du close-up (il y a quand même un peu de matos sur / sous la table)… Comment gérez-vous cela ? retournez-vous la situation à votre avantage ?

  3. cavaflar

    En tout cas, ce que l’on ressent dans la salle, est exactement ce que tu décris, une chaleureuse intimité qui fait qu’on rentre dans une parenthèse dans l’espace-temps ,qu’on à à nouveau 12 ans de temps en temps….c’est Quantique quoi :-)!
    J’ai eu la chance d’assister à la conférence de Mister Houchin dimanche, c’était très enrichissant..très différent des « écoles de la magie » qui sont encore mes DVD de chevet (LOL) mais bon…On retrouve un sens du partage, de la comédie, du respect des « anciens »….une super belle journée en tout cas…Comment sont choisis les « invités » au Double Fond ?….à leur demande ou l’inverse, le choix est fait par Maitre Dominique ou c’est un brainstorming de l’équipe?
    Belle semaine!
    Amitiés
    Cavaflar

  4. Carl Valentin

    Bonjour Dominique, Merci pour cette nouvelle explication par rapport à ton travail au double fond. Pas simple de travailler avec 2 spectatrices à sa droite et à sa gauche, je me suis toujours demandé comment gèrer ce paramètre ? car ces spectatrices privilégiés ont une vision différentes des autres spectateurs, elles ont la vue du magicien…
    Une autre petite question, je trouve vraiment incroyable le fais que tu ne sois jamais « tombé » dans le mentalisme et les effets de magie mentale, je sais que tu as dis un jour que c’étais un peu facile de proposer cela aux spectateurs, (tu l’as écrit d’une manière différente).
    Actuellement le mentaliste est très présent beaucoups de magiciens sont devenu des mages, des sorciers de l’esprit, des Mentalistes
    Je pense que Gary Kurtz à fait une belle reconversion, car il n’est pas dans le coté démonstration, force vis à vis de son public.
    Je pense que toi qui aime « subir » quelques fois ta magie afin de la partager avec le public tu peux également donner de l’interêt a cette magie mentale sans tomber dans le coté « je suis le plus fort » « je lis dans votre esprit »…
    As-tu déjà songé à faire un jour un spectacle de la sorte ? c’est à dire sur la magie mentale ?
    Carl Valentin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *