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Fév 21 2011

Les Salières de Goshman

Bonjour à tous,

Comme promis cette semaine, voici quelques réflexions que je vais vous livrer pêle-mêle pour que vous puissiez comprendre la genèse de ma version des Salières de Goshman. J’espère que cela vous plaira !

Avec toute mon amitié

Dominique Duvivier

PS : pour rappel vous trouverez ci-dessous une vidéo avec notamment un court extrait de cette routine, sachant que vous pouvez la visionner entièrement dans mon DVD Intimiste 2.

 On me pose sans cesse la question : combien de temps cela vous a-t-il pris pour mettre au point votre version des Salières de Albert Goshman ? Il faut savoir que ça a été une vraie saga pour moi. Avant d’en écrire l’interprétation que j’ai présentée au Double Fond pour la première fois en 2001 (dans mon spectacle Intimiste 2 puis quelques années plus tard dans IntimisteS), j’avais déjà travaillé une bonne partie de ma vie dans « le sens des salières », car Goshman a toujours été une source intarissable d’inspiration pour moi.

Tiens ! Petite précision en passant : je parle de mon « interprétation » des Salières mais Gaëtan Bloom, comme bien d’autres confrères, m’a fait remarquer qu’il s’agit davantage d’une « recréation », ayant apporté des dizaines d’effets différents par rapport l’original, n’en déplaise à quelques taquins (toujours les mêmes, j’en ris encore !). Mais, revenons à notre propos…

Presque une vie entière donc de recherche et de travail pour élaborer ce sketch des Salières de 30 mn, inspiré du show de Goshman (qui durait lui aussi 30 min d’ailleurs, marrant, non ?). Sachez que c’est aussi grâce à ce même show que j’ai imaginé mes routines Running Gag (une étude sur le lapping que vous pouvez trouver dans mon DVD From old to new volume 1) et Les salières sans salières que j’ai jouées dans mon spectacle Intimiste IV. Deux pièces magiques dont il y aurait aussi fort à dire… mais chaque chose en son temps !

Pour être tout à fait clair, j’ai toujours travaillé dans le « sens » de Goshman (du moins dans l’idée de me rapprocher le plus possible de son esprit génial) mais, pour obtenir ce que je voulais exactement de « ma » routine des Salières, je n’ai mis « que » 3 ans. Je dirais pour résumer : 30 ans de maturation et 3 ans d’étude plus précise pour aboutir au résultat que vous connaissez. Des jours et des nuits tourmentés pour parvenir à l’idée que je me faisais de cette « histoire » magique dans mes mains… Je voulais trouver un ensemble de choses, sans cartes si possible (pour aller dans le sens d’Albert qui n’était pas un amoureux de la carte, même s’il en faisait toujours un minimum dans son spectacle, histoire de dire « j’en ai mis » !), qui puissent donner au public l’impression de vivre… tout ! Le plat et le dessert, et même les petits fours, et pendant le café, le pousse-café ! L’ensemble baigné de rires et d’émotions, du jeu, de la convivialité en un mot !

Au début, pour maîtriser un tour tel que celui des Salières de Goshman, je me suis attelé à savoir la réaliser à 100% comme lui, autant que possible. N’en déplaise à ceux qui croient qu’il ne faut pas cloner : selon moi, cloner est, pendant un certain temps, la seule manière d’avancer vers des univers solides, de s’imprégner de ces univers qui en valent la peine. J’ai donc commencé par visionner des centaines de fois les quelques enregistrements que j’avais de Goshman dans son show et j’ai reproduit « bêtement » le moindre de ses gestes, expressions, rythmes… C’est uniquement en pratiquant de cette façon que j’ai pu, peu à peu, envisager les mouvements, les idées, les respirations de Goshman lui-même : tout ce qui fait le secret profond de cette pièce magique géniale. C’est ainsi que j’ai pénétré son univers petit à petit et, qu’en le respirant de l’intérieur, j’ai fini par saisir quelques clés fondamentales de sa magie. Par exemple, j’ai pu noter une chose essentielle : Goshman ne fait que très rarement des tours pour étonner au premier degré. Observez bien et vous verrez que c’est le spectateur qui se fait des films. Lui n’est pas comme on pourrait le croire à première vue, c’est du moins mon impression… J’ai noté aussi la construction très particulière de son show qui lui permettait d’improviser tout le temps, tout en faisant la même prestation. Fascinant ! L’écriture de ses Salières par exemple offre une très grande latitude d’expression : au gré de son envie du moment et des réactions de son public, il bougeait l’ordre des différents modules qui composaient sa routine entière. En fait Goshman avait trouvé le secret pour rester libre de ses mouvements et faire vivre à son public et à lui-même un spectacle enrichi de nouveautés à chaque fois. Grâce à cette forme d’improvisation particulière, il évitait de tomber dans le piège de se répéter, en devenant routinier. Génial, non ?!

Puis, au fil des mois, après toutes ces heures d’observation, d’étude et de travail acharné, je me suis surpris à changer un détail par ci, un autre par là dans la routine. Et c’est à partir de cette période (et seulement à partir de celle-ci) que j’ai commencé à pouvoir tout « casser » et essayer de trouver mon propre chemin à travers ceux de Goshman. J’ai commencé à écrire « ma » routine des Salières, en hommage à cet homme qui m’a bouleversé.

Goshman est une telle sommité pour moi que je pourrais vous en parler des heures… Il y a tellement à dire ! J’y ai tellement puisé de richesses ! Ne vous inquiétez pas, nous trouverons bien l’occasion d’en reparler ensemble…

4 commentaires

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  1. superdesch

    Dite, dite,
    j ai tellement regretté de ne pas vous avoir questionné sur votre relation avec Goshman quand j ai acheté intimiste 2.
    ah les salières! on touche à l Art avec un grand A. De l effet de la créativité, du jeux d acteur et de la magie, le summum.
    Peu importe les discours élitistes que je déteste , de savoir si copié ,inspiré ou pas.
    Si le numéro est bon et l interprète bon, mes yeux d enfant se foutent de savoir si c est inspiré ou copié sur quelqu’un un.
    Merci de faire survivre ce numéro et de l offrir a nos yeux , nous qui n avons pu connaitre Goshman comme vous.
    Moi, usurpateur de la magie, ca me rassure d entendre que la construction commence par cloner pour ensuite y mettre ses respirations, ses mots, ses gestes ses effets. L improvisation est une difficulté supplémentaire qui demande une maitrise de tous les autres éléments
    c est vrai que la force de Goshman est de faire vivre les effets par le public, c est comme la différence entre livre et film. Le spectateur fabrique lui même l effet et les sensations que Goshman a écrit et mit en scène. On ne peut rester passif du spectacle.
    Effectivement pour moi Goshman manque un peu de cartes tout comme intimistes 2 en manque aussi.
    Et si toutes les prestations ne sont pas les mêmes, quand pourra t on au moins voir les intimistes que l on a raté????…

  2. Sbastien THILL

    Ah cette version des salières!
    Enfin une justification de l’objet: préparer un dîner!
    Tellement drôle, ludique, décalé en restant logique… bref magique!
    De quoi découvrir de nouvelles familles d’effets.
    Car derrière l’apparition se cache de nombreuses sous- familles n’est ce pas?
    Et en plus, une nouvelle piste de création: devenir l’autre pour mieux devenir soi.
    Intéressant… comme chaque dimanche!

  3. Cavaflar

    C’est dingue ça….plus vous nous ouvrez de portes plus on a l’impression que derrière c’est encore plus grand…c’est à la limite de foutre le vertige !
    A la fois terriblement attirant ,en même temps un peu effrayant .Ma vision de votre art ,(j’ose pas encore dire « Notre » ..lol) est de plus en plus captivante au fil des lundis et le respect du travail et de l’intelligence qui caractérisent les gens de votre trempe de plus en plus fort. Merci
    Amitiés
    Cavaflar
    Ps : j’ai vu votre fille en spectacle dernièrement c’était …j’allais dire « magique » c’est con n’est ce pas…mais c’est vraiment le qualificatif qui me vient en premier… ..j’ai été cueilli par sa prestation…Le moment le plus fort c’était les anneaux chinois…enfin non japonais… !Parce que c’était pour moi, du bas de ma position, le sommum du ringard de la magie, le truc ou j’irais jamais..genre « magic mystery »…et bien voir ce qu’elle a fait de ce numéro, en terme de pêche , d’énergie et de plaisir…ça donne qu’une envie c’est de se précipiter chez Mayette pour faire l’emplète des machins…j’ai pas fait …faut vraiment que je me calme : ) :) :) ! Donc travail, intelligence…on y revient !

  4. Bertrand GILLE

    Bonjour et merci pour ce bel article.
    Je vais finir par devenir accro…
    J’ai toujours regretté de n’avoir pu admirer la routine originale en direct… en « live » comme le disent nos amis américains… Mais bien-sûr, j’ai pu admirer la version originale de Mr Goshman sur le net. (« Juste » le côté effet, la routine). Ce n’est pas vraiment pareil et pourtant…
    Je mets le juste entre guillemets car vraiment ce n’est pas « juste » une routine. C’est plutôt une démonstration dans le très bon sens du terme… Pas le sens du démonstrateur à la sauvette de tours vitre fait, mal faits… Non !… Le sens noble du mot, celui qui signifie que l’on assiste à un numéro maitrisé qui pousse la magie dans le domaine de l’art. (Et vlan diront certains… revoilà le débat… « La magie est-elle un art? »… à ceux-là qui râlent et la ramènent souvent sans (trop) réfléchir, j’aimerai dire : OUI! Il est des cas ou la magie est un art. La routine de Monsieur Goshman en est un criant exemple. Fin de ce petit écart dont je vous demande de bien vouloir m’excuser)
    Ce fut sans doute une de mes premières grosses claques magiques. Je regrette parfois de ne pas pouvoir regarder cette routine avec les mêmes yeux non préparés que lors de cette « première fois », avec la même candeur du spectateur qui n’a pas encore pris ce plis ô combien pénible de chercher à comprendre… La « première fois » est toujours celle dont on se souvient le mieux…
    J’ai également eu la chance de voir votre interprétation de ce classique des salières en live. Honnêtement un vrai grand moment. Un de ceux qui, lorsqu’ils sont vécus, font que vous savez instantanément que vous voyez quelque chose de grand. Non, ne rougissez pas, c’est réel. Je le dis à qui veut l’entendre depuis de longues années. Et depuis le temps, il y a des témoins… ;)
    Et c’est la raison principale qui m’a fait acheter Les DVD d’intimiste. Non pas que le reste ne soit pas au niveau. Non non, ce n’est pas mon propos. Simplement cette routine est un peu ma « madeleine de Proust » à moi…
    Pour tout avouer, j’ai acheté ces DVD le jour de la dédicace à la boutique Mayette et depuis, j’ai bien regardé plusieurs dizaines de fois cette routine.
    Et vous savez quoi ? Je ne veux pas faire autre chose que simplement la regarder. Spectateur permanent. Uniquement en spectateur.
    Je pense que je resterai dans cet état pendant encore longtemps… Pourquoi me direz-vous? Parce que je trouve qu’il n’est pas nécessaire de regarder les facettes cachées de cette routine. Il y a des fois ou chercher le pourquoi ou le comment n’est que secondaire.
    En l’occurrence, voir la routine est déjà un cadeau. Et quand je me surprends à regarder ailleurs que l’endroit où la logique voudrait voir aller mes yeux… je m’auto censure…
    Merci donc pour votre travail et avoir ainsi créé votre routine des salières tout en respectant à ce point l’esprit de l’original.
    Vous dites que vous avez travaillé cette routine en vous plongeant dans l’univers de Mr Goshman « en le respirant de l’intérieur ». Soyez satisfait car pour nous, public, cela se respire également à l’extérieur ! Oui, Ce travail transpire. Et je pense que tous ceux qui ont aimé la routine originale et ont pu voir votre routine « en vrai » seront d’accord avec moi.
    Vous dites également :
    « Goshman est une telle sommité pour moi que je pourrais vous en parler des heures… Il y a tellement à dire ! J’y ai tellement puisé de richesses ! Ne vous inquiétez pas, nous trouverons bien l’occasion d’en reparler ensemble… »
    Là aussi, je pense ne pas parler en mon seul nom : Nous sommes tous plus que demandeurs.

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