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Fév 22 2010

Interview 2ème partie

 

Chers lecteurs,

Voici la suite de l’interview de Thomas. Je vous rappelle que l’interview a eu lieu suite à un spectacle Intimiste 2 au Double Fond en novembre 2003.

Bonne lecture !

Avec toute mon amitié

Dominique DUVIVIER

 

Thomas : Vous avez le trac avant de monter sur scène ?

 

Dominique Duvivier : Il y a deux mots qu’on a tendance à mélanger, c’est le trac et le stress. Quand vous me parlez de trac, sans vous en rendre compte, vous me demandez si je suis stressé. Je ne suis pas stressé. Si j’ai bien appris à faire ce que j’ai à faire- je vais être très prétentieux – d’une manière parfaite (sinon d’ailleurs je ne me montrerais pas car je trouve que c’est la moindre des corrections face au public qui paye pour assister à quelque chose de qualité), si j’ai travaillé mon spectacle suffisamment, si j’ai appris à ne pas être pris au dépourvu, l’adrénaline ne va pas monter chez moi. Par contre le trac, oui je l’ai un peu, comme tous les artistes, parce que le trac est quelque chose d’indéfinissable, une espèce de peur tout en étant une envie… Le trac, je l’ai et je souhaite à tous les artistes de l’avoir. Si on ne l’a plus, c’est mauvais signe : ça veut dire que la tête enfle. Le trac est un excellent moteur. Et pour combattre le stress, pas de secret : il faut faire cent fois ce qu’on a à faire devant un vrai public, avec le texte et le plancher qu’il faut pour mener à bien son spectacle. Grâce à ça le stress disparaît.

 

 

T : Vos spectacles allient magie, comédie, rire, émotion… En dehors d’un bon public, quelle est pour vous la clef de la réussite d’un spectacle ?

 

DD : La comédie, dans le sens du « jeu de comédien », pour moi c’est ça la clef. Et je suis effaré de constater que, sur les millions peut-être de magiciens du monde, il n’y en ait qu’une poignée, vraiment, qui travaille la comédie comme par exemple Tom Mullica, Ricky Jay, Juan Tamariz, Gaëtan Bloom et quelques-uns que j’oublie à la minute mais qui existent. On peut presque les citer de mémoire. C’est incroyable ! Et c’est peut-être pour ça aussi que j’ai plein d’adversaires car il y en a plein qui redoutent d’être obligés de travailler la comédie. Pourtant ça me paraît être vraiment la clef numéro un si on veut mener à bien un spectacle de qualité. Comment peut-on proposer un spectacle d’une heure et demi sans un jeu de comédie qui rythme l’ensemble ? A mes yeux, c’est impossible. S’il n’y a pas de scénario, de crescendo, de coups de théâtre, un ensemble de rebondissements qui sont écrits, ça va être chiant.

 

T : Vous avez fait du close-up votre spécialité. Vous avez créé des milliers de tours. Y a-t-il un tour ou une routine que vous affectionnez particulièrement ?

 

DD : Vous savez, des tours, j’en ai inventé plus de cinq mille. Il y en a plein d’ailleurs qui ne veulent pas le croire, sûrement histoire de m’amener à les leur montrer tous… mais je ne tombe pas dans le piège ! Si un jour ça vous arrive d’en créer autant, des tours (ce que je vous souhaite !), et qu’on vous pose cette question, vous verrez que vous aurez du mal à répondre… Quand on a vraiment trouvé autant de tours et surtout qu’on continue chaque jour à y réfléchir, on peut, au mieux, parler de créations qui ont marqué sa vie. L’Imprimerie, ça a marqué ma vie. La Carte Caméléon, ça a marqué ma vie. Tempête Sous Un Crâne aussi, même si c’est plus récent. Sinon, la Duvivier Coins Box et j’en oublie bien sûr… En fait, le plus souvent, mon tour préféré c’est celui que je viens de trouver.

 

T : Votre série de spectacles Intimiste fait partie de vos plus grands succès. Le fil rouge de ces spectacles est l’hommage que vous y rendez à vos pairs, les plus grands magiciens, ceux qui vous ont le plus influencé. C’est très original et très émouvant…

 

DD : Tellement original que quand j’en ai parlé à mon entourage au début, ils m’ont dit : « Mais tu vas te ramasser avec ça ! »… Je me rappelle que lorsque j’étais encore en train d’écrire mon spectacle Intimiste 2, j’ai rencontré Jean Merlin qui m’a dit (on se vouvoie tous les deux) :

 «   Alors, vous bossez sur quoi en ce moment ?

  Je suis en train de travailler sur le deuxième volet : Intimiste 2.

  Ah, c’est bien. J’avais adoré Intimiste et là vous rendez hommage à qui ?

  Fred Kaps, Ricky Jay… et Goshman.

  Goshman ??? Qu’est-ce que vous allez faire ?

  Je suis en train de me mettre dans la tronche tout ce qu’il fait et je réécris son show parce que je ne peux pas le faire comme lui…

  Dominique, faut pas faire ça ! Si vous le faites, vous allez vous faire huer par tous les magiciens.

  Mais j’ai un module sympa quand même…

  Oui mais faut pas faire ça, vous allez vous planter… »

 

Il s’est gouré. Le public adore cet hommage à Goshman. Moi, j’étais sûr de mon coup. Par contre, là où je n’étais pas sûr de moi et là où mon angoisse a commencé c’était pour la question de savoir si, à notre époque, le public allait être victime de la misdirection autant qu’à l’époque de Goshman. En répétition pourtant tout se passait bien : j’avais Sophie et Adeline à côté de moi, en face Marie-Christine, ma femme, et Philippe… Mais je me disais : « Eux, ils sont de mon côté. Mais avec un vrai public devant moi ?? ». J’ai pris un risque, je me suis lancé et j’ai vu que ça le faisait grave ! Mais c’était un risque, un gros risque…

 

T : Ce spectacle Intimiste 2 marche bien ?

 

DD : Oui très… Pour moi, à ce jour, c’est le spectacle le plus abouti que j’aie monté en solo. Là, j’ai fini d’écrire Intimiste 3 et je termine d’écrire le 4. Je les produirai ensemble en octobre 2004… Je pense que le 3 et le 4 seront à eux deux aussi forts, voire un peu plus forts, que le 2. Pour moi je ne peux pas faire plus fort qu’Intimiste 2. Si, plus fort en tours, mais dans l’écriture d’un spectacle de close-up, c’est le summum… Jusqu’au jour où je vous dirai le contraire ! Mais je me suis battu pour l’écrire, parce que Intimiste 1 avait marché d’enfer ! Je me suis dit : « comment faire mieux ?? ».

 

T : Les suites, c’est toujours risqué…

 

DD : Oui, très. Mais là, je pense que c’est une suite réussie. Parce que même mes détracteurs sont forcés de dire : « Putain, c’est fort ! ». Si eux disent ça, c’est que c’est vraiment bien… (rires)

 

Intimiste2

 

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