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Nov 02 2009

Aucun combat n’est perdu d’avance… (suite et fin)

ALLOCUTION DE STEVE JOBS A L’UNIVERSITE DE STANFORD

Deuxième partie 

 

"Ma deuxième histoire concerne l’amour et la perte. J’ai eu beaucoup de chance. Jai découvert très tôt ce que j’aimerais faire dans ma vie. J’avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d’affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Mac Intosh, et je venais d’avoir 30 ans.

 

C’est alors que j’ai été mis à la porte. Comment pouvez-vous être licencié d’une société que vous avez créée ? C’est bien simple, Apple ayant pris de l’importance, j’ai engagé quelqu’un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l’entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien. Ensuite notre vision du futur a commencé à diverger, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d’administration s’est rangé de son côté. C’est ainsi qu’à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec pertes et fracas. Tout ce sur quoi je m’étais focalisé durant ma vie d’adulte n’existait plus. J’étais en miettes.

 

Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J’avais l’impression d’avoir trahi la génération d’entrepreneurs qui m’avait précédé – d’avoir laissé tomber le témoin lors de mon relais. C’était un échec public, et je songeais même à quitter Silicon Valley. Mais quelque chose a commencé à doucement s’imposer à moi – j’aimais toujours ce que je faisais. Mon échec avec Apple n’avait rien changé à cela. J’avais été rejeté, mais j’étais toujours amoureux de mon travail. Alors j’ai décidé de repartir de zéro.

 

Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d’Apple fut la meilleure chose qui ait pu m’arriver. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l’une des périodes les plus créatives de ma vie.

 

Pendant les cinq années suivantes, j’ai créé une société appelée NEXT et une autre appelée PIXAR, et je suis tombé amoureux d’une femme exceptionnelle qui est devenue ma femme. PIXAR, a réalisé le premier film d’animation par ordinateur en trois dimensions, Toy Story ,  et est aujourd’hui le studio d’animation le plus célèbre du monde. Par un incroyable concours de circonstances, APPLE a acheté NEXT, et je suis donc retourné chez APPLE. La technologie que nous avions développée chez NEXT est devenue le coeur d’APPLE appelé «  renaissance ». Et Lorraine et moi avons fondé une famille merveilleuse.

 

Je sui sûr que rien de tout cela ne serait arrivé si je n’avais pas été viré d’Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête avec une brique. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez. N’abandonnez pas.

 

Ma troisième histoire concerne la mort. A l’âge de 17 ans, j’ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme si c’était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m’est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la glace chaque matin en me disant : « Si aujourd’hui était ton dernier jour, est-ce que tu ferais ce que tu t’apprêtais à faire tout à l’heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours de suite, je me suis dit qu’il fallait que je change quelque chose dans ma vie.

De réaliser que je pouvais mourir bientôt, est ce que j’ai découvert de plus efficace pour m’aider à prendre les décisions importantes. Parce que presque tout – tout ce que l’on attend de l’extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l’échec – s’efface devant la mort, ne laissant que l’essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà tout nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son cœur.

 

Il y a un an environ, on m’a diagnostiqué un cancer. A 7 heures et demie du matin, le scanner montrait que j’étais atteint d’une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était le pancréas. Les médecins m’annoncèrent que c’était un cancer probablement incurable, et que je ne devais pas espérer vivre plus de trois à six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie dans le code médical : « Préparez-vous à mourir. » Ce qui implique de  dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Cela veut dire que vous devez faire en sorte que tout soit bouclé d’ici quelques mois afin de faciliter les choses pour votre famille. Cela veut dire faire ses adieux.

 

J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m’a fait une biopsie, introduit un endoscope dans la bouche, mon estomac jusqu’à mes intestins, planté une aiguille dans mon pancréas et extrait quelques cellules de ma tumeur. J’étais sous anesthésie, mais ma femme, qui était présente, m’a raconté qu’en examinant le prélèvement au microscope, le médecin s’est mis à pleurer. J’avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable chirurgicalement. On m’a opéré et Dieu merci, je vais bien.

 

Je n’ai jamais été aussi proche de la mort qu’en cet instant, et j’espère qu’il le restera pendant encore quelques dizaines d’années. Après cette expérience, je peux maintenant vous dire avec un peu plus de certitude que lorsque la mort n’était pour moi qu’un concept réaliste mais purement intellectuel, que personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au paradis n’ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est la destination finale que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. C’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au nouveau. En ce moment, vous êtes jeune, mais d’ici peu de temps, vous deviendrez petit à petit vieux, et vous laisserez la place aux autres. Navré d’être aussi dramatique, mais c’est la vérité.

 

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.

 

Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog, l’une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d’ici, à Menlo Park, et il l’avait marquée de sa veine poétique. C’était à la fin des années 1960, bien avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes.

 

Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de « The Whole Earth Catalog ». Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. La dernière page montrait la photo d’une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l’auto-stop si vous avez l’esprit d’aventure. Dessous, on lisait : « Restez affamé. Restez fou. » C’était leur message d’adieu. Restez affamé. Restez fou. C’est le vœu que j’ai toujours formulé pour moi-même. Aujourd’hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d’une nouvelle vie, c’est ce que je vous souhaite. Restez affamé. Restez fou.

 

Merci à tous."

 

 

1 commentaire

  1. Matthieu.

    Après lecture des aventures du bonhomme, je reste sans voix. Je préfère me référer à vos propres dires, M.Duvivier :
    « J’aime lire ce genre de choses… Cela permet de relativiser sa propre vie et cela donne des ailes pour continuer d’avancer. »
    Car même si je ne saurai le dire mieux, je pense exactement comme vous.
    Bonne journée.

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