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Juin 01 2009

La recherche

Je viens de terminer un spectacle. Ce show a bien fonctionné. Plus rien à faire dessus, à part terminer de le jouer pendant quelques mois…

Et déjà, je suis sur autre chose.

Etrange sensation de laisser tomber ce spectacle pour me vouer à un autre…

Ce qui est « étrange » à vivre, c’est ce principe de se battre de toutes ses forces pour une « approche différente », de la mener au bout puis de se rendre compte que tout est terminé avec ce projet précis.

Si j’étais comme d’autres, le fait d’avoir écrit un spectacle me suffirait pour la vie entière…

ll se trouve que je ne fonctionne pas de cette manière.

J’envie ceux qui font un numéro de quelques minutes et se sentent en harmonie pour leur vie entière avec !

Pour moi l’harmonie est dans la recherche du nouveau concept, du nouveau spectacle… et lorsque j’ai trouvé, je cherche de nouveau.

Entre chaque période je me pose des milliers de questions contradictoires, mais c’est ma vie, mon mode de fonctionnement.

Chacun porte sa croix.

Certains envient mon « problème », d’autres deviennent fous de me voir faire de nouveaux shows chaque année depuis une petite vingtaine d’années.

Encore d’autres se demandent ce que je veux prouver avec cette attitude.

La réalité est que je ne fais rien de spécial que d’assumer mon état boulimique. Du mieux que je le peux.

DBL FOND 22_02_08 (55)

Je crois qu’il n’est pas mauvais  de vous expliquer ces états « bizarres » qui caractérisent le chercheur invétéré que je suis.

On est souvent seul avec soi-même lorsqu’on cherche et que ce qu’on trouve, prenant une forme concrète, nous amène un cortège de doutes.

C’est le lot du chercheur, normalement constitué.

Vouloir faire du nouveau… et se demander sans cesse si on ne réinvente pas la roue, une fois de plus, une fois de trop ?

Pourquoi laisser tomber un spectacle qui fonctionne parfaitement ? Je n’en sais rien.

La peur de me lasser de jouer quelque chose que je n’ai plus à défendre ?

Ne plus prendre de risques m’indispose.

J’aime le danger certainement.

C’est, encore une fois, le contraire qui serait frustrant pour moi.

J’adore littéralement me retrouver dans la circonstance de ne plus savoir quoi inventer et comment faire pour créer un nouvel opus.

J’ai l’angoisse de ne plus pouvoir obtenir quoi que ce soit mais je récupère cette âme de débutant que je recherche désespérément à chaque fois que j’ai l’impression de l’avoir perdue en chemin.

Il faut savoir que lorsqu’on fait un spectacle bien rodé, on n’est plus impliqué dans les « pourquoi telle ou telle chose fonctionne ». Elle fonctionne et puis c’est tout. Je n’aime pas me retrouver dans une ambiance de cet ordre.

J’aime retrouver de la fraîcheur le plus souvent possible.

Pour retrouver cette fraîcheur je me dois de tout casser ou presque et recommencer comme le premier soir…

Je me pose des problèmes que je n’ai pas… J’aime bien cette attitude.

Par exemple, je suis sur deux nouveaux spectacles en ce moment…

C’est assez jouissif pour moi cette situation.

J’aime avoir du pain sur la planche.

En quelque sorte et de manière générale dans mon travail magique, j’aime me retrouver dans l’insoluble. Ce n’est que de cette manière que je peux trouver des choses qui peuvent me sembler performantes plus tard.

Si, sans presque réfléchir, je trouve une idée intéressante, j’ai le sentiment que n’importe qui pourrait faire comme moi.

Alors, je me remets au travail de plus belle.

Je veux, si possible, trouver des choses qui ne peuvent se voir, se sentir ni se supposer.

C’est ma démarche permanente.

Je ne dis pas que tout ce que je fais entre dans ce schéma… mais je me bats pour y tendre du plus que je le peux.

A la prochaine fois.

Dominique Duvivier

4 commentaires

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  1. Georges GRENON

    Bonjour Monsieur Dominique DUVIVIER avec deux grand D.
    Je suis heureux de pouvoir m’appuyer sur un blog tel que le votre qui ne peux être que bénéfique à tous les passionnés de magie.
    Quand j’ai lu dans la revue de la FFAP que celui ci venait d’ être créé je me suis précipité sur l’ ordinateur pour pouvoir le consulter.
    Et je ne suis pas déçu.
    Je sais que ce site ne va m’apporter que du bonheur à long terme.
    Très cordialement.
    Georges BUGUS

  2. Thomas GIBOT

    Bonjour,
    Après lecture de votre article, deux sentiments me viennent.
    Le premier, est de saluer une telle attitude, quasi exceptionnelle après tant d’années de magie. Les faits et la réussite que vous incarnez pourraient laisser penser que vous n’avez plus rien à prouver et que, de ce fait, vous pourriez vous « laisser aller » sur vos différents et nombreux succès. Mais non, vous continuez de vouloir et de repousser les limites et je ne peux qu’être admiratif devant une telle attitude.
    Néanmois, j’ai également un sentiment plus mitigé. En effet, comme vous le décrivez, vous vous lassez vite de votre nouveau spectacle. Vous ne vous sentez bien que dans la nouveauté, la création. Or, pensez vous qu’il y a là un manque d’honnêteté envers le spectateur qui vient voir un spectacle sans savoir que, de votre côté, vous êtes passé à autre chose. Même si votre professionnalisme et votre talent feront que le show sera tout de même « magique », est ce vraiment honnête envers vos spectateurs?
    En espérant vraiment que vous aurez le temps de me répondre.
    Très cordialement,
    Thomas GIBOT,
    Une personne admirative

  3. dominique duvivier

    Cher Thomas,
    Merci pour votre intervention.
    C’est avec plaisir que je vous réponds !
    Concernant votre « sentiment mitigé », vous pouvez cesser de vous tourmenter. En effet, comme souvent dans ma façon d’aborder les sujets quels qu’ils soient, il faut imaginer plusieurs niveaux de lecture dans ce que j’écris.
    Du point de vue strict de la recherche qui est le sujet abordé ici au départ, il est vrai que je me lasse vite d’un nouveau spectacle. Celui-ci à peine fini, je raffole du fait de passer déjà à autre chose. C’est le lot de tout chercheur invétéré, pour le meilleur et pour le pire.
    MAIS du point de vue du « spectacle vivant » c’est tout le contraire ! De la première à la dernière du spectacle, le défi est le même : je dois séduire mon public, lui donner toute mon énergie, tout mon amour pour l’emmener aussi loin qu’il est possible d’aller, très modestement… Je dois lui offrir tout mon être pour le faire rêver, le faire rire, pour lui faire oublier toutes ces difficultés que la vie nous réserve… Bref, à chaque représentation la prise de risque est intacte et il est impossible que je m’en lasse !
    J’espère vous avoir rassuré.
    A bientôt !
    Dominique Duvivier

  4. Thomas GIBOT

    Cher Dominique,
    Avant tout, je tenais à vous remercier d’avoir pris de votre temps pour me répondre. Cela me touche vraiment.
    Quant à votre réponse, même si je m’en doutais un petit peu, je suis pleinement « rassuré ». Du moins, je n’imaginais pas qu’il puisse en être autrement venant de vous.
    Il est vrai que le thème de l’article était la recherche et non celui du « spectacle vivant » comme vous le baptisez.
    Merci encore, donc, pour votre réponse et pour ce blog qui nous fait vous connaître un peu mieux en tant que magicien et homme/
    A très bientôt (le 03/07 au double fond j’assisterai « enfin » à votre dernier volet d’intimiste)
    Thomas

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