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Déc 01 2008

Pourquoi le magicien perd le frisson ?

Je me suis posé longtemps cette question, ne voulant pas considérer le fruit de mes recherches qui pourtant est éloquent.

Pourquoi ne pas en faire profiter les lecteurs assidus que vous êtes, me suis-je dit. Hop ! je le fais, me réponds-je.

Pour éviter les écueils et les soucis, je ne citerai pas de nom, je ne parlerai que « d’ambiances » et de profils types. Nous sommes dans une minorité infime vu que, comme chacun le sait, la majorité des magiciens n’appartient pas aux familles que je vais citer plus loin… Voici un point important qu’il fallait aborder d’entrée de jeu.

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Globalement ce magicien choisit l’art magique pour de mauvaises raisons. Je parle d’une minorité, souvenez-vous !

Il y a celui qui prend la magie comme support pour draguer, se sentant trop démuni avec sa seule personnalité . D’ailleurs en a -t-il une sans elle ?

Il y a celui qui a besoin de reconnaissance, de puissance…qui recherche à exprimer son ego démesuré.

Celui qui s’aperçoit vite que ses études, son niveau culturel certain ne lui permettront jamais de gagner ce qu’il espérait ni de près ni de loin.

A l’inverse, celui qui constate que son niveau culturel est voisin du bulot cuit à petit feu et oublié sur la marmite. Il prend alors conscience tôt ou tard que la magie est sa seule planche de salut.

Il y a le magicien médiocre mais passionné dès la première heure qui prend conscience que ses théories fumeuses peuvent faire de l’effet…sa plume étant bonne, son niveau culturel magique et autres suffisants pour créer une illusion frappante sur ses capacités magiques qui elles, rappellons-le sont toujours aussi médiocres !

Les boulimiques souvent collectionneurs de tout et de rien. Ceux qui se prennent d’un amour immodéré pour les bouquins, les tours achetés (jamais ou presque déballés), les passionnés de la polémique, ceux qui ont une opinion sur tout, ne sachant rien faire au premier degré. Cette « minorité » réfute le fait d’avoir besoin d’être magicien au premier degré pour pouvoir critiquer tel ou tel performer !

La liste pourrait s’allonger à l’infini, mais je crois que vous voyez de quoi je veux parler. Le mauvais étant toujours à côté de soi, dans son sillage mais en aucun cas soi-même !

Dans cette minorité bien pensante, il y a enfin celui qui se prend au jeu, se fait « un nom » comme on dit et remplace sa petite passion pour la magie par un commerce galopant, lui faisant oublier définitivement pourquoi il s’est fait un nom, le bougre !

Heureusement que je parle d’une infime minorité pour tous ces genres possibles, sinon il y aurait de quoi nous foutre le bourdon, non?

Le magicien désenchanté dont je parle va nuire copieusement à notre art, ne le servant guère dans ce marasme de calculs en tous genre. C’est pourquoi je vous parle de lui  sans plus attendre.

L’intelligentsia va le protéger néanmoins coûte que coûte car elle-même s’est bâtie sur lui qui dans cette minorité est majoritaire, vous me suivez toujours ?

Le frisson, bordel ! Pourquoi nous le perdons ?

Parce que nous pouvons nous identifier à lui, sans malice. On a tendance à le cloner, s’inspirer de lui, croire que c’est lui qui a raison. Funeste, non ?

Ceux qui pratiquent la magie avec passion et talent, charisme, compétence et qui sont des artistes ne sont pas assez nombreux pour faire comprendre que la voie est ailleurs. Alors on fait en sorte ou de laminer certains de ceux-là, ou de les considérer comme des extra-terrestres, ce qui permettra de continuer sur une voie approximative mais plus simple pour se donner l’illusion de progresser sur la « bonne voie ».

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Nous sommes bien d’accord que pour ce qui concerne le frisson, nous l’aurons perdu en route inévitablement mais nous l’aurons remplacé tout de go par des performances techniciennes bien plus simples à obtenir, somme toute !

Heureusement que la majorité, cette fois enfin citée, ne mange pas de ce pain-là !

Cette majorité dont nous faisons tous partie ou presque a saisi la magie à bras le corps dès sa plus tendre enfance. Notre équilibre était et est toujours sans faille et, riches de ce constat, nous avons travaillé la technique du domaine magique que nous avons choisi. Dans le seul but de se sortir d’elle pour pouvoir exprimer l’art magique qui sommeillait en nous. Nous n’avons d’ailleurs pas conservé des démonstrations assommantes pour tous ces pauvres publics à qui nous infligerions nos « expériences de physique amusante ».

Le frisson nous l’avons tous. La fraîcheur qui va avec. Cette candeur lors de nos premiers « boum » dans

la tête. Tout

y est. Intact ! Les instants où aucune idée n’a perturbé notre plaisir « à se faire avoir ». Aucune piste alors venait nous perturber dans notre joie. Nous en prenions plein la tête et tout était normal. Un magicien est doté de certains pouvoirs, et alors ?

Que croire d’autre ? Ce frisson-là nous l’avons conservé contre vents et marées. Nous l’avons protégé, enrichi sans cesse contre toute agression de l’extérieur. Nous sommes restés frais comme au premier jour. Chaque fois que nous faisons un tour de magie nous nous souvenons de ces premiers instants et nous avons presque la sensation que ce qui se déroule, sortant de nos mains, est semblable à un miracle absolu, sans truc ou artifice. Du coup, on voit le spectateur redevenir l’enfant que nous sommes restés aussi et nous assistons ensemble à une expérience unique qui va faire couler beaucoup d’encre dans les chaumières. On vient encore une fois de faire exister un miracle partagé de tous…et que c’est bon de faire ressentir aux autres ce qu’on ressent soi-même.

Nous ne pensons pas à notre ego, notre force, notre puissance. Nous ne pensons qu’à la prochaine fois. Cette fois où nous pourrons de nouveau retrouver cette alchimie de partage avec le spectateur et soi qui ne font qu’un, celle qui fait vibrer de dedans, celle qui nous fait aller de l’avant. Qui nous gomme, nous fait nous envoler vers  des émotions hallucinantes. La seule qui vaille la peine d’exister. Le bonheur quoi !

Celui qui est resté à la traîne (je parle de celui qui n’a rien compris), n’a plus, lui, le pauvre, l’illusion de ses illusions. On lui ferait disparaître une pièce de monnaie qui se désintégrerait à vue (sans faux dépot), qu’il croirait qu’il y a un système connu caché derrière. Il ne croit plus depuis longtemps celui-là à

la magie. Plaignons-le

de toutes nos forces.

Dépistons ces magiciens désenchantés qui heureusement sont minoritaires pour conserver notre âme d’enfant jusqu’au bout, non ?

FIN

2 commentaires

  1. morteus

    bonjour,
    oui c’est vrai… cet article m’a permis de me poser la question… pourquoi ?
    pourquoi je fais du close-up ?
    A l’age de 11 ans c’était par curiosité (merci le magicien de rue que j’ai rencontré un soir d’été), puis les années sont passées…
    l’art de la magie est pour moi spécifique :
    les enfants rient, s’émerveillent et leur regard pétille… mais les parents c’est la même réaction. C’est tout cela qui me fait frissonner… je sais ce n’est pas grand chose, mais c’est ce que j’aime. Mais j’en suis loin très loin et donc je m’entraine ^^ tout le temps.
    en deux mots le frisson, n’est la que si le public frissonne, car il se transmet entre les personnes. C’est le vrai moment magique…

  2. 3pAsmO

    Merci pour ce texte.
    Je pense exactement pareil, et ca fait plaisir de voir qu’un « NOM » de la magie en parle de cette manière…
    Peace

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