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Oct 13 2008

Ce qui peut sembler anodin…

Ce qui peut sembler anodin…

Ou le concept «  Fritz »

Fritz ? Ne voyez pas dans ce libellé la moindre couleur raciste ou xénophobe, je vous en prie ! Le mot « Fritz » est là pour appuyer une histoire dite « drôle » que j’ai entendue il y a plus de trente ans ! L’action se déroule dans les tranchées en 1914 et à cette époque nos amis les Allemands -assez conquérants il est vrai- avaient obtenu du Français moyen (et même des autres moins « moyens ») des noms d’oiseaux comme : Fridolins, Fritz… Ceci explique cela !

Cette histoire est devenue pour moi une espèce de concept, au-delà de l’humour et de la chute, qui est intéressante vous le verrez plus bas !

Pour les personnes âgées d’une trentaine d’années au jour d’aujourd’hui, cette histoire sera souvent méconnue voire inconnue. Pour les vieux de mon âge elle sera peut-être plus connue et encore ! Tout cela pour dire que, même si mon « approche » ensuite n’intéresse que peu de gens, vous aurez au moins une histoire de plus à raconter. Pas si mal, non ?!

Nous sommes dans les tranchées en 14… Le froid fait rage.

Peu d’activités dans un camp comme dans  l’autre.

Des soldats meurent chaque jour de froid… ou par balle, obus et autres joyeusetés du genre, créées par nos grands-parents et ceux du camp adverse ! Et un soldat français, plus futé qu’un autre semble-t-il, a trouvé une solution pour tuer des Allemands.

C’est la « démerde » française, bien connue de nos ex-ennemis irréductibles, qui a frappé cet Allemand, qui va se plaindre de ce pas auprès de son Capitaine :

(Je vous fais une version française du dialogue entre ces deux Allemands pour que tout le monde suive le propos et surtout parce que je ne parle pas un mot de cette langue gutturale, si douce à l’oreille !)

«  Mon Capitaine -dit l’Allemand finaud- : un Français use d’un manège machiavélique une fois par jour, à peu près. Il dit tout fort : « Hé Fritz ? ». Comme vous le savez bien mon capitaine, nous autres sommes très polis de nature et très disciplinés et nos mères nous ont souvent appelés « Fritz », prénom fort joli, du reste (moi-même je me prénomme Fritz !). Un homme répondant à ce prénom se lève donc à chaque fois et répond : « Ya ! », par correction. Et ce soldat français peu scrupuleux en profite pour tuer l’homme, étant donné qu’il est debout ! Tous les jours ! Vous vous rendez compte, mon Capitaine ?! Que puis-je faire pour contrecarrer cette véritable hécatombe ? ».

Le Capitaine, gêné mais ayant réponse à tout (c’est un chef tout de même !), donne à l’homme de troupe ce sage renseignement :

« Tu te mets en joue avec ta carabine chargée. Lorsque tu es prêt, tu dis un prénom français commun… Jean fera parfaitement l’affaire ! Tu hurles ce prénom. Un homme s’appelant Jean va se lever. Hop ! Tu tires sur lui. Ainsi tu te seras vengé et tu auras sauvé l’honneur des teutons que nous sommes ! » (pas certain que le Capitaine use du mot « teuton », mais vous avez compris l’esprit).

Le simple soldat attend donc que la nuit tombe et la période habituelle du Français exterminateur arrive. L’Allemand épaule, se met en position et crie : « Hé Jean ? ». On entend une voix de l’autre côté qui répond : « C’est toi Fritz ? » Et l’autre : « Ya !». Et pan !

Marrante, non ?

Si vous ne l’avez pas comprise ou que vous n’avez pas rigolé ou les deux… Laissez en plan ce texte que vous lisez. Rien de bon ne sortira de cette lecture. Croyez bien que je suis désolé de n’avoir pas su capter votre univers. Pardon !

Voilà, ça c’est fait !!

 Alors, maintenant que nous sommes entre nous, raisonnons un peu.

L’idée de retourner le problème contre celui qui n’en a pas compris la genèse est intéressante à plus d’un titre, je pense !

Dans cette histoire de tranchées, notez comme l’Allemand est condamné à perdre, dans la mesure où certaines règles sont immuables pour lui. En l’occurrence la discipline. Le respect  aussi. S’il se lève si facilement par politesse, quoi qu’il fasse pour se dégrever, ce souci le poursuivra. C’est mathématique.

Nous sommes bien d’accord que cette histoire est un point de départ arbitraire pour introduire une réflexion. Elle n’est là que pour servir de soutien à une théorie que j’essaie de développer. Leconcept « Hé Jean, c’est toi Fritz ? » nous sert de prétexte pour illustrer tout un ensemble de situations que nous rencontrons dans la vie et par rebond dans la magied’une façon très utile.

Au fait, si vous vous surprenez avec un léger sourire au coin des lèvres, depuis le début de cet exposé : continuez à lire. C’est bon signe !

Tout d’abord, pour bien comprendre et bien appréhender le concept « Fritz » (je l’appellerai ainsi pour simplifier), notez bien la place qui est la vôtre dans le déroulement des choses : vous êtes toujours l‘émetteur. C’est vous qui tenez les rênes de l’histoire. Vous êtes le maître à bord car c’est vous qui fabriquez le fond sur lequel le spectateur vient « s’empaler » joyeusement !

Exemple concret dans un contexte magique pour éclaircir mon propos :

Imaginons que nous voulions qu’un spectateur désigné nous dise son prénom et que lui décide de ne rien nous dire, prétextant que c’est votre boulot de le deviner !

Si vous répondez par exemple du tac au tac : « Magicien peut-être, mais je ne suis pas devin ! », vous le faites immédiatement redescendre sur terre et, par la même occasion, en ternissant pour un instant une partie des pouvoirs qui vous sont octroyés, vous obtenez son prénom sans autre difficulté. Le tour est joué ! (Nous ne sommes pas encore tout à fait dans la logique de « Fritz », mais déjà nous avons obtenu gain de cause. Merci qui ?!). C’est l’arroseur arrosé, en quelque sorte ! Le spectateur a tenté de reprendre à SON compte une partie de VOTRE idée pour la tourner à votre désavantage. Une simple intervention de votre part à son encontre et hop, tout a basculé à nouveau ! Vous avez pu revenir à votre propos et la démarche malicieuse du spectateur n’a eu pour effet que de servir VOTRE propre scénario.

Le concept « Fritz », c’est une manière de recadrer le spectateur (ou tout le public) sur ce que l’on souhaite obtenir, dans sa version la plus simple.

Cette approche « fritzienne » va très loin. Rappelons-nous le postulat de ce que nous incarnons en général en tant que magicien. Comme je l’ai souvent écrit à d’autres occasions, à partir du moment où nous nous présentons sous le nom de « magicien », le public sait que nous n’en sommes pas un vrai mais, le temps du spectacle, il joue le jeu à croire que nous en sommes un. Et par rapport à ce fait peu banal, nous pouvons nous permettre plein de choses, évidemment ! Si le public accepte naturellement cette attitude, c’est bien qu’il possède en lui certaines croyances, refoulées ou non, qui l’amènent, à son insu, à jouer avec le feu, à partir de ce principe fou qui est : je sais que cette personne n’est pas un vrai magicien mais je veux bien le croire… « juste pour rire ».

Si on souhaite s’y attarder ne serait-ce qu’un peu, on s’aperçoit de la puissance de ce concept et de tous les partis qui peuvent en découler. C’est assez incalculable ! Imaginez par exemple que si le spectateur redevenait récalcitrant à l’occasion d’un effet magique plus « douteux » qu’un autre selon son acceptation naturelle, il suffirait de le remettre à sa place façon « Fritz », car n’oublions jamais qu’il a adhéré au départ à notre postulat de vrai/faux magicien !

 Dans l’histoire initiale qui nous sert de plancher pour exprimer le concept, l’Allemand est quelqu’un de très discipliné, friand -au moins à cette époque- de marches militaires, d’uniformes et de conquêtes. Dans ce climat propice le Français peut se régaler et récupérer facilement la main à son avantage.

Comme nous ne sommes pas de vrais magiciens (je ne parle pas de ceux qui croient en être de réels), nous nous retrouvons logés à la même enseigne que notre public, ce qui arrange tout le monde !

Amitiés

Dominique DUVIVIER

1 commentaire

  1. Alive_In_Tripping

    Vouz m’ avez tué Mr Duvivier !!!
    Tout d’ abord pour m’ expliqué je ne suis pas français mais espagnol. Mon oncle m’ avait expliqué la même blague il y a déja 15 ans de ça avec comme contexte l’ invasion de l’ Espagne par les troupes Napoléonnienes. Voilà 15 ans que je recherchais la chute de cette blague et qui m’ aurais dit que j’ allais la retrouvé sur votre blog !!!
    Mais en plus vous réussissez à utiliser le concept de la chute de cette blague pour en faire toute une théorie à propos de l’ échange magicien/publique tout à fait cohérente.
    Je suis impréssioné !!!
    J’ adore votre phrase « Dans l’idée, on peut dire que le spectateur reprend à son compte une partie de votre idée pour la retourner à votre désavantage…Une question de vous à son encontre et tout bascule pour revenir à votre propos qui rend la démarche du spectateur sans effet ! »
    Mais celle qui m’ a fait rigoler pendant 2 belles minutes est  » il faut savoir que ce genre de cas nous amène à être toujours l’emeteur car nous avons fabriqué le fond sur lequel le spectateur va pouvoir s’empaler joyeusement ! »
    Excellente dévellopement d’ idée pour exliquer le cas des tours ou l’on provoque le spectateur pour qu’ il nous arrose afin de mieux l’ arroser nous même par la suite.
    Merci beaucoup !!!

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